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CHAP. II. MAINTIEN DE LA DISCIPLINE

les hommes; enfin, un étal de misère éternelle destiné aux méchants et le bonheur réservé aux justes: telles sont les doctrines que toutes nos églises évaugéliques acceptent en substance et dans leur véritable sens.

2. Il n'est pas non plus, au milieu de nous, d'église évangélique qui n'envisage une bonne vie comme condition indispensable pour être admis au nombre de ses membres; et par une bonne vie, on entend une vie dans laquelle il n'y ait rien qui contraste formellement avec la profession du christianisme. D'où il suit qu'elles n'hésitent point a exclure de leur sein tout individu qui ne se conduit pas d'une manière convenable. Sans doute qu'il y a néanmoins dans nos congrégations des personnes qui devraient ne pas s'y trouver; mais c'est que leurs fautes n'ont pu être démontrées à l'église selon les formes de procédure établies par Jésus-Christ. Cependant, il est à croire que le nombre en doit être relativement peu considérable.

3. Nous avons peu d'églises évaugéliques, si même il en est une seule, où la simple «foi historique» suffise pour être admis à la sainte table, encore que cetle foi orthodoxe, mais purement intellectuelle, fût accompagnée de dehors irréprochables. Nous prenons au sérieux ce qui est dit de la nouvelle naissance, ou de la naissance par le Saint-Esprit, et nous ne pensons pas qu'à moins d'être « né de nouveau » , il soit permis de recevoir le corps et le sang du Seigneur.

6 LA HBMGION EN AMBRIQUB. L1V. V

Il peut y avoir quelque diversité d'opinions entre les chrétiens évangéliques sur les signes auxquels on reconnaît la conversion d'une âme, mais ils veulent tous que, de quelque manière, ou ait pu acquérir la conviction qu'il y a eu passage « de la mort à la vie.» Selon leurs principes, et c'est l'opinion presque universelle, le Seigneur a institué la cène en faveur des pécheurs convertis, ou régénérés, et Ton doit autant que possible l'administrer à eux seuls. Aussi nul de nos pasteurs ne manque d'enseigner clairement quelles sont les dispositions du cœur que requiert la participation à cette cérémonie, et ils le font en des termes qui ne permettent pas que des pécheurs irrégénérés se croient autorisés à prendre la cène. Et puis, quand vient le moment de faire en commun le repas sacré, c'est avec les plus vives instances qu'on exhorte les indignes à s'en tenir éloignés.

Si, malgré toutes ces précautions, nous avons encore et toujours de mauvais communiants, cfo se tromperait étrangement si l'on y voyait de leur part l'effet d'une vile hypocrisie. Il n'y a rien dans nos circonstances qui puisse tenter à la simulation de sentiments religieux qu'on ne possède pas. Non-seulement la fréquentation de la cène du Seigneur ne se rattache point chez nous, comme en certains pays de l'Europe, à la jouissance des droits civils, mais encore ce n'est un déshonneur pour personne de n'appartenir à au* cune église. Il ue nous vient pas un instant à la pensée d'envisager comme un mécréant et un malhonnête homme, celui que l'église a excommuuié, si l'on veut

CH^i II. MAINT! KN DE LA DISCIPLINE.

se servir de ce terme, OU celui qu'on ne voil pa& trois ou quatre fois Tan, et, comme on dit, aux grandes fêles, s'approcher de la cène du Seigneur. 1 liais Voici ce qui arrive. Nos pasteurs et les autres fonctionnaires ecclésiastiques auxquels est remise la disciplide, ne se prétendent pas infaillibles. Ils ne jugent paà des coeurs. Ils ne prononcent que sur ce qui frappe les yeux. Penchant toujours pour le jugement le plus charitable, il ne se peut faire qu'ils n'admettent assei fréquemment dans l'église des gens non convertis; or ces derniers y demeurent jusqu'à ce qu'ils s'en rétirent d'eux-mêmes, ou qu'ils changent de domicile; à moins toutefois qu'ils ne se fassent exclure par une immoralité manifeste.

Après tout, rien n'est plus rare dans nos églises que les pécheurs scandaleux. On ne les y souffre pas longtemps, une fois que leurs habitudes coupable^ sont dévoilées; sous ce rapport l'Amérique fait un contraste frappant avec ce que j'ai vu en d'autres parties du monde. Nous ne savons pas ce que c'est que cette foule qui remplit lès temples à Pâques ou à Noël, et qu'on n'y revoit plus tout le reste de Tannée. On y trouvérait bien étrange encore ce que font, m'at-on dit, ceux qui, en quelques églises prolestantes d'Europe, attendent hors do temple que le service! de là cène ait commencé, et qui, entrant alors, se hâtent de ressortir dès qu'ils ont reçu le pain et le vin qu'on

1 C'est ainsi qu'en Suède un homme n'est pas admis à témoigner devant un tribunal, s'il n'a pris Ta cène dans l'année.

LA HELIGION EN AMÉKIQLI-.

y distribue à toul venant. Comme s'il pouvait y avoir quelque efficace dans ces simagrées et dans ces profanations ! Grâce à Dieu ! nous n'avons rien qui approche d'une semblable impiété. Et toutefois nous devons gémir de ce qu'un trop grand nombre, hélas! des membres de nos églises ne manifestent pas toute la spiritualité, toute la dévotion, tout le zèle qu'on aurait le droit d'attendre de leur part. Que serait-ce donc si, au mépris de la discipline la plus élémentaire, nous autorisions le monde à prendre la cène du Seigneur, n'importe avec quelles dispositions! Ah! ce n'est pas sans raison que nous nous efforçons de tenir l'église séparée de la masse incrédule. 11 faut qu'on sache bien qu'il y a une différence, et une différence considérable, entre ceux qui sont de Christ et les hommes qui, cherchant leur bonheur sur cette terre, y bornent au fond tous leurs désirs,

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