CHAPITRE VII
ÉGLISE METHODISTE EPISCOPALB.
Ce corps nombreux et puissant professe les doctrines des méthodistes wesleyens d'Angleterre, et sur tous les points importants il suit leur système ecclésiastique. Son origine remonte à l'an 1766 , qu'un M. Philip Embury, après avoir prêché quelque temps l'Evangile au milieu des wesleyens du nord de l'Irlande, vint en Amérique avec quelques personnes de sa société, et ouvrit à New-York, dans sa propre maison, des réunions d exhortations et de prières. Celte ville, à ce qu'il paraît, comptait alors bien peu de chrétiens vivants et zélés; mais avant qu'il fût longtemps, l'association méthodiste y avait fait de notables progrès. Au bout de quelques mois il fallut
-ib<H!> m"»..! ■■ .•>• - " • '.-.). '-' ! ' :;!;: :'î> ' On l'a aussi débarrassée de fonctions judiciaires qui s'exercent toujours mai par, un corps trop nombreux, < t encore plus mal si ce corps cumule avec le pouvoir judiciaire, le pouvoir législatif.
( Traducteur).
202 RBUpiON RN A*ÉRIQBB. LÎY. %l
louer une vaste salle pour le culte, et la congrégation, s'acçjçut encore p^r, les, prédications, d'un capitaine Webb, converti en Angleterre, qui, se trouyant alors en garnison à Albfmy, faisait de fréqu^n^visilÉis. au petit troupeau de New- York.
Bientôt il y eut de semblables réunions en divers lieux de Long-Island, à Philadelphie et ailleurs. En 1768, on bâtit à New- York un vaste édifice destiné à ces assemblées; ce fut la première église méthodiste que vil l'Amérique. L'année d'après, sur la demande qu'on en tit à Wçsjey,, il qnyQya deux, de : ses prédicateurs, MM. Richard Boardman et Joseph Pillmore, qui se fixèrent à New-York. Dans le même temps, un autre prédicateur méthodiste, qui avait, comme Embury, fait ses premières armes en Irlaude, débarque au Maryland, s'établit dans le comté de Frédérick, où il tient des réunions, soit chez lui, soit chez des personnes pieuses du voisinage.
Répondant à de nouvelles instances , Wesley fit encore partir d'Angleterre, en 1771, MM. Francis Ashbury et Richard Wright. Par les travaux de ces deux hommes, du premier surtout, le méthodisme ne cessa de gagner du terrain jusqu'au commencement de la révolution. Cet événement retarda sa marche, au moins en quelques lieux, non-seulement par un effet même des circonstances, mais encore parce que la qualité d'anglais , et d'anglais nouvellement débarqués, excita contre Ashbury et les siens la méfiance des révolutionnaires.
Mais, au v retour de la paix, une grande porte s'ou-
CBAP. VII. ÉGLISE MKTHOIMSTK KPISCOPALE. 203
vr il devant eux, et ils surent eu profiter* Jusqu'à**» momefii ils avaient borné leurs efforts à ranimer la prêté dans le sein de l'église ôpiscopale, et rien n'était plus éloigné de leur esprit que de sortir de sa comnvunion. Cependant, à mesure que la piété se ranimait Ghea tes Imqjtws, on smiail tout ce qu'il manquait k celle du cleggé y sans compter d'ailleurs que, soit avamt la rÔMoLuliou^ soil pendaat la guerre, le nombre des pasteurs était déplus en plus insuffisant. Aussi écrivit->on à Wéslôy afin qu'il envoyât en Amérique des ministres consacrés, qui pussent administrer les sacrements à ses disciples* Il se montra d'abord foricontraire à qetle idée ; mais, lorsque, la révolution eut achevé sou cours, il crut pouvoir faire pour nos contrées ce qu'il eût envisagé comme illégal tant qu'elles étaient/sous la dépendance de la métropole. Il fit donc partir, en. qualité de surintendant des églises raétm>disles d'Amérique, ledocUCoke, ministre régulièremeut consacré dans l'église anglicane, en lui adjoignant AIM. Richard) ^halcoat et Thomas Vasey v que le doct. Çoke luUméme, assisté du llév. M» Creigh4x>n, avait ordonnés prêtres au moment môme de leur départ commun* en septembre 1784. Ces trois frères étaieut porteurs d'une lettre de Weslqy aux prédiqateurs et aux sociétés méthodistes d'Amérique, lettre dans laquelle il exposait les motifs, qui lui ayaient.permis de déférer enfin, à leur demande, les infpr,njrapj, d'ailleurs qu'il avait donné au doct. Coke et 4 M. Ashbury la, charge de surintendants de toutes les sociétés d'Amérique qui suivaient ses instjtq^ns, et à
MM. Whatcoat el Vasey celle d'anciens, avec autorité d'administrer le baptême et la Cène du Seigneur.
Les députés de Wesley ne furent pas plus tôt arrivés, que Ton convoqua à Baltimore une conférence des prédicateurs méthodistes. Elle s'ouvrit le 25 décembre 1784, el se composa de soixante membres présents; il y eut une vingtaine de prédicateurs * qui ne purent s'y rencontrer. Un de leurs premiers actes fut de confirmer , par une élection unanime, les deux surintendants nommés par Wesley; puis le doct. Coke et ses deux collègues, qui avaient reçu en Angleterre Tordre de la prêtrise, ordonnèrent M. Àshbury, d'abord comme diacre, ensuite comme prêtre, après quoi ils le consacrèrent en qualité de surintendant. Cela fait, les deux surintendants ou évêques, nom qu'ils ne lardèrent pas à prendre et qui leur est demeuré, ainsi qu'à leurs successeurs; les deux évêques, dis-jc, consacrèrent douze des prédicateurs présents à la conférence.
C'esl ainsi que l'église méthodiste épiscopale des États-Unis jeta les bases de son organisation , il y a soixante-deux ans, el qu elle se sépara définitivement de l'église dans la communion de laquelle elle était demeurée jusqu'à cette époque. Dès lors, ce fut une société indépendante, qui devait bientôt acquérir une valeur numérique bien supérieure à celle de l'église d'où elle est sortie. Au jour de ses petits commencements elle comptait 86 ministres et 14,986 membres.
Les actes de la conférence de 1784 furenl d'une haute importance. L'église naissante adopta vingt-"
cinq articles qui devaient constituer sa confession de foi. Voici quels eu sont les titres :
« De- la foi en la Sainte-Trinité; de la Parole ou du Fils de Dieu , qui a été vrai homme ; de la résurrection de Christ; du Saint-Esprit ; que la Saiute-Ecriture renferme tout ce qu'il faut pour le salut ; de l'Àncien- Testament; du péché originel; du libre arbitre; de la justification de l'homme; des bonnes œuvres ; des œuvres de surrérogation ; des péchés commis après la justification; de l'église; du purgatoire; qu'il faut parler dans l'assemblée une langue entendue du peuple; des sacrements; du baptême; delà Sainte-Cône; qu'il faut distribuer au peuple les deux éléments de la Cène ; que Christ a offert uu seul sacrifice pleinement accompli sur la croix; du mariage des ministres; des rites et cérémonies des églises; du gouvernement politique aux Etats-Unis ; de l'emploi que les chrétiens doivent faire de leurs biens; du serment. »
Sur presque tous les points, ces articles expriment les doctrines que reçoivent les protestants éclairés. Ce n'est au fond qu'un extrait des trente-neuf articles de l'église anglicane, avec quelques modifications. Les omissions toutefois n'y sont pas sans importance. Aiusi l'on n'y saurait trouver le dix-septième article, sur la prédestination et l'élection , et c'est tout simple, puisque les méthodistes wesleyens n'admettent pas cette doctrine. Par la même raison, il n'y est point parlé de la persévérance des saints. Mais dans tout ce qui tient d'ailleurs aux doctrines essentielles, on ne peut rien trouver de plus clair que ces articles, ni de plus
$06 La religion en Amérique. tiv. vi
conforme i te Parole de Dieu. Qu'cto voie, ^ar exemple, ce qui est dit du péché Originel : « Le péché originel n'est pas simplement l'imitation d'Adata, cétoine le prétendent vainement les pélagiens; mais c'est la corruption naturelle de tout homme. Transthis naturellement de génération en génération depuis Ad4m , le péché prive l'âme de toute justice originelle , et fait que, de sa nature , l'homme est endiri au mal , et cela sans relâche. »
Au sujet du libre arbitre : « L'état de l'homtone, ensuite de kehote d'Adam, est tel que, par ses forces naturélles et par ses œuvres, il ne peut ni se convertir, ni se disposer à la foi , en priant Dieu ; d'où il résulte que nous ne saurions faire des œuvres bonnes et agréables k Dieu , si la grâce de Dieu en Christ ne nous prévient pour nous donner une bonne volonté, cl si elle n'est ouvrière avec nous, une fors que cette bonne volonté nous a été donriée. »
Tel est le langage des articles. H n'y a rien 1k que nos bienheureux réformateurs n'eussent approuvé. J'en dis autant des autres doctrines fondamentales : la justification par la foi , les bonnes œuvres , les œuvres de surrérogation , les sacrements.
Outre ces vingt-cinq articles , les conférences ont admis tout un code de régies en trente-cinq sections. Ces règles, dues à Wesley dans l'origine, subirent en Amérique de notables modifications. Elles portent sur l'économie entière de l'Eglise, sur le genre de vie que doivent mener ses ministres et s^s membres, sur
CHAP. Vil. ÉGLISE MKTBODIME KPISIIOPALE. 207
la meilleure manière de prêcher l'Evangile, elc.
Traitant de la méthode à suivre quant à la doctrine de la perfection , la section vingt-deuxième donne dès directions qu'on ne sera pas fâché peut-être de trouver ici : « Exhortons fortement et en ternies explicités les fidèles à marcher vers la perfèclîon. Pour que nous parlions tous de la même manière , nous posons nettement cette questidn : Défendrons-nous celte doctrine de ta perfection , ou Vabandonnerons-hdus t Nous sommes tous d'accord à la défendre; én entendant par là, comme nous l'avons toujours fait, la délivrance de tout péché, délivrance qui s'obtient par un entier amour pour Dieu et les hommes, amour que le Saint- Esprit înet au cœur des fidèles. Les papîsles disent qu'on ne peut parvenir à cet état qu'après àvoir été purifié par le feu du purgatoire. Quelques-uns, pensant mieux dire, estiment que l'àme atteint la perfection dès qu'elle sfe sépare du corps; d'autres le veulent un peu avant de moutir ; un instant après ce sérail trop tard. N'esi-cfc pas ainsi? Pour nous, nous sommes d'accord à croire qu'avant de mourir nous pouvons nous Voir sauvés de tout péchë proprement dit, par où nons entendons les dispositions coupables ; car pour ce qui est de ne jamais parler, penser ou agir d'une manière répréhensible , c'est ce que nous ne saurions espérer tant que nous habilous nos maisons d'àrgile. Voilà donc une chose entendue quant au fond. Mais, quant aux circonstances; la conversion est-elle graduelle ou instantanée 1 telle est l'une et l'autre. Les prècherons-nous dtiric toutes les deux ? Oui , nous devdtis
prêcher la conversion graduelle et y insisler avec force. — Mais n'y a-t-il pas de bonnes raisons pour que nous insistions aussi sur la conversion instantanée? Si cet heureux changement doit s'effectuer avant de mourir, ne faut-il pas encourager tous les ûdèies à le rechercher? Bien mieux, il le faut, parce qu'une expérience constante démontre que plus on recherche cette conversion entière et subite, plus l'œuvre graduelle du Seigneur se fait avec facilité dans les âmes. Celles-ci s'attachent d'autant plus à croître dans la grâce, elles n'en sont que plus zélées pour les bonnes œuvres et que plus assidues au culte divin; tandis qu'on observe précisément les effets contraires lorsqu'on cesse de vouloir sur le champ l'entière délivrance. Par celle espérance, par l'espérance, disonsnous, de ce changement total, on est sauvé d'un salul qui s'accroît par degrés. Détruisez cet espoir, et le salut s'arrête, ou plutôt il rétrograde de jour en jour. C'est pourquoi , voulons-nous produire chez les fidèles la conversion graduelle, insistons fortement sur la conversion instantanée. »
Pour de plus amples détails sur les doctrines de l'église méthodiste épiscopale , je renvoie aux quatre volumes de Sermons de Wesley et a ses notes sur le Nouveau-Testament, qui sont la véritable confession du corps entier. Quant ù la discipline, telle qu'elle ressort du code en trente-cinq sections dont j'ai parle tout-à-l'heure, je vais en donner une esquisse. On verra quel admirable système d'organisation ecclésiastique celte société doit à son fondateur.
1. Il y a d'abord la société ou la réunion de tous les membres de l'église qui résidenl en un même lieu.
2. Chaque société forme un certain nombre de classes f composées de douze à vingt individus , qui se réunissent une fois par semaine pour leur édification mutuelle. Ce sont là comme les écoles normales de l'église méthodiste.
3. Le ministre qui a la surveillance générale des classes d'une société, établit sur chacune d'elles un conducteur ou directeur (leader), dont le devoir est de visiter tous les membres de sa classe une fois par semaine, pour s'informer de l'état de leur âme, et pour recevoir ce qu'ils ont à cœur de donner aux pauvres ou à l'église.
4. Chaque société a ses économes établis par la conférence trimestrielle , sur la présentation du pasteur (ruling elder). Ils réunissent dans une caisse générale les collectes qui se font pour l'entretien des ministres et des pauvres , et pour les frais du service de la Cène. Ce sont eux qui exécutent les paiements relatifs à ces objets.
5. Il y a de plus des curateurs qui ont à leur charge les propriétés de l'église et les tiennent en ûdéi-commis. Dans les états où les lois exigent qu'il en soit ainsi, c'est la congrégation qui les nomme; ailleurs ils sont établis suivant les régies de la discipline.
6. La plupart des sociétés ont des frères exhortants , c'est-à-dire, comme le mot l'indique, des frères qui reçoivent de la conférence trimestrielle la permission
il. 44
de tenir des assemblées deslinées aux exhortations et à la prière; il faut qu'ils aient reçu du prédicateur en charge une première licence.
7. Ne reçoivent le titre de prédicateurs que ceux qui ont obtenu l'autorisation de prêcher; mais celte autorisation n'emporte pas celle d'administrer les sacrements. Il y a des prédicateurs itinérants, ou voyageurs, et des prédicateurs sédentaires (local preacher). Les premiers donnent tout leur temps au ministère et sont entretenus par ceux auprès desquels ils travaillent; les seconds s'entretiennent généralement par leur industrie particulière , et ne prêchent guère que le dimanche. Les uns et les autres sont munis d'une licence qui leur a été délivrée par un pasteur (presiding elder), sous l'autorité de la conférence trimestrielle; mais ils ont dû premièrement être recommandés par leurs classes ou par l'assemblée des conducteurs ou directeurs. C'est ainsi qu'au moyen des classes et des assemblées des directeurs, ces pépinières de l'église, le peuple a l'initiative dans le choix de ses guides spirituels. Quand un frère a reçu , comme je viens de le dire , sa licence de prédicateur, les conférences annuelles peuvent l'appeler au service de prédicateur itinérant ; et après avoir passé de la sorte deux années en faisant par-devers lui certaines lectures et certaines études déterminées, il est apte à recevoir l'ordre du diaconat. Deux ans encore de prédications et d'études le préparent pour l'ordination supérieure de prêtre ou ancien. Telle est, chez les méthodistes, la manière dont se forment les ministres de l'Evangile, et vérita-.
blement elle ne produit pas des résultats aussi misé* rables qu'on pourrait bien le croire.
8. Le diacre, muni de son diplôme signé par un évêque, est autorisé non-seulement à prêcher, mais encore à solenniser les mariages , à administrer le baptême, à assister les anciens dans la célébration de la Cène du Seigneur.
9. Aux anciens appartiennent toutes les fonctions des diacres, et de plus, comme on vient de le voir, celle d'administrer la Sainte-Cône.
10. Parmi les anciens, il en est qui portent le nom de présidents; ils ont sous leur charge un certain nombre de localités, formant dans leur ensemble ce qu'ils appellent un district. Leur devoir est de visiter chaque localité une fois tous les trois mois, d'y prêcher et d'y administrer les sacrements; de réunir en conférences trimestrielles les prédicateurs itinérants et les sédentaires, les frères exhortants, les économes et les directeurs de classes. En l'absence de l'évêque, ils ont le droit de recevoir, d'examiner, de suspendre et môme de destituer les prédicateurs, en suivant les règles de la discipline. C'est l'évêque qui nomme ces présidents de districts.
1 1 . Les ëvéques eux-mêmes sont élus par la conférence générale, devant laquelle ils ont à répondre de leurs mœurs et de la manière dont ils remplissent leurs fonctions. Ils parcourent sans cesse le pays, veillant sur les intérêts temporels et spirituels de l'église. Ce sont eux qui président les conférences annuelles, chacun dans son ressort. Ils doivent consacrer, en qualité
de diacres ou d'anciens, les prédicateurs élus à ces offices par la conférence, et ils assignent à chacun leur slation. Comme il y a plusieurs évêques, ils se partagent naturellement le pays, et ne se réunissent que dans la conférence générale. Du reste, l'épiscopat chez les méthodistes est un office ou une fonction , et non un ordre.
12. La réunion des directeurs se compose de tous les directeurs des classes d'une localité, ou autrement d'une slation. Elle a pour président le prédicateur de la station. C'est là qu'on remet aux mains des économes le produit des collectes hebdomadaires, qu'on rend compte de l'état des classes, qu'on fait rapport sur les individus qui sont tombés en faute, et qu'on s'informe des pauvres et des malades.
13. Les conférences trimestrielles, composées, comme nous l'avons dit, de tous les fonctionnaires ecclésiastiques d'une localité, jouent dans le système un rôle fort important, puisque c'est à elle qu'il appartient d'accorder les licences de prédicateurs, et de recommander à la conférence annuelle ceux qu'on désire pour ministres itinérants. C'est d'ailleurs à ces conférences trimestrielles qu'en appelle tout membre de la société qui croit avoir à se plaindre des décisions du corps des directeurs ou de tel autre comité local.
14. Pour former les conférences annuelles on réunit les prédicateurs itinérants , les diacres et les anciens d'un certain district. Ce corps exerce le pouvoir exécutif et judiciaire,. suivant les règles que lui prescrit la conférence générale. Chaque année on y examine
CHAP. VII. ÉGLISE MÛT1I0MSTK ÉPISCOPALK. 213
la conduite des prédicateurs itinérants; on y décide l'admission des candidats à cette charge ; on reçoit les griefs des membres de la société contre les prédicateurs sédentaires; c'est là qu'on élit aux charges de diacres et d'anciens les individus qu'on en juge capables. La conférence annuelle possède sur ses propres membres un premier droit de discipline, en vertu duquel elle peut les suspendre de leurs fonctions et les destituer, conformément aux lois de leur église.
15. La conférence générale s'assemble tous les quatre ans. Elle se compose de délégués des conférences annuelles. Elle a le droit de modifier la discipline, sauf dans les points où cette faculté lui est expressément refusée. C'est elle qui nomme les agents du comité de publication , les éditeurs de journaux et les évêques. Elle prononce en dernière instance sur les appels des prédicateurs frappés par quelque arrêt d'une conférence annuelle. En général elle soumet à son contrôle tous les actes de ces conférences; puis elle examine l'administration des évêques durant les quatre années écoulées ; et, s'il y a des plaintes contre un évêque , c'est elle qui lui fait son procès, le censure, l'acquitte ou le condamne. La conférence générale, comme on le voit, est la plus haute magistrature de l'église méthodiste épiscopale.
16. Les repas de charité sont des réunions accidentelles, où les membres de la société font en commun, et durant une heure, un simple repas, de pain et d'eau, et où ceux qui s'y sentent disposés, racontent ce que Dieu a fait pour leur âme. Ces réunions furent
imaginées par Wesley, à l'intention de ressusciter en quelque sorte les agapes de la primitive église. Elles ont pour but de rapprocher les uns des autres les sociétaires, do développer en eux l'amour fraternel et de leur apprendre à s'édifier mutuellement.
17. Pour faire face aux dépenses qu'exige l'entretien des prédicateurs, on a recours aux collectes. Elles fournissent de quoi les indemniser convenablement, et même de quoi faire une retraite aux prédicateurs que l'âge rend incapables de continuer leurs travaux. Sans entrer dans des détails inutiles, je dirai seulement que les ministres itinérants reçoivent aujourd'hui 100 dollars (542 francs) pour eux-mêmes, autant pour leur femme, 16 dollars par an pour chacun de leurs enfants âgés de moins de sept ans, et . 24 dollars pour ceux qui sont entre sept et quatorze. Outre cela, les économes de chaque station sont invités à pourvoir d'une maison les prédicateurs mariés, et môme de leur bonifier une certaine somme pour l'entretien de leur ménage. À cet égard, on ne fait au* cuue différence entre les prédicateurs, les diacres, les anciens, les présidents et les évêques; tous reçoiveul le même salaire ; seulement, on rembourse aux derniers leurs frais de route. Enfin, les veuves de ministres ont toutes une pension de 100 dollars.
Sur quoi, je dois faire observer que ces chiffres sont ceux que la conférence générale a fixés; mais je me doute qu'en bien des localités le produit des collectes ne permet pas qu'on y atteigne.
J'ai dit plus haut combien cette église comptait, il
y a cinquante-huit ans, de ministres et de membres : des uns 86, et des autres 14,986. Voici comment les choses se présentaient en 1841 :
6 évôques pour 32 conférences annuelles.
3,587 ministres itinérants, tout entiers au ministère. 6,393 prédicateurs sédentaires , aidant les précédente par de fréquentes prédications.
852,918 communiants. .
En 1843, ces chiffres se sont élevés comme suit :
Ministres itinérants. . . 3,988 Prédicateurs sédentaires. 7,730 Communiants. .... 1,068,525 Rien de changé dans le nombre des évéques et des conférences. 1
Quant au nombre des personnes qui sont, de manière ou d'autre, sous l'influence de cette église, c'est-à-dire qui fréquentent les prédications de ses ministres, l'évêque Soûle l'évaluait à 5,000,000, en août 1842. Il est sûrement permis de s'écrier après
1 Ainsi l'accroissement de l'église méthodiste aux Etats-Unis serait dans la proportion de 1 : 71, durant la même période à peu près qui nous donne pour l'église épiscopale protestante un accroissement de 1 : 6, pour les presbytériens de 1 : 8, et pour les baptistes de 1 s 10. Il est vrai de dire qu'il y a une grande différence entre une institution qui commence et une institution déjà ancienne. Cependant, voici soixante-seize ans que le méthodisme est prêché en Amérique. Il n'y est donc plus si nouveau ;' et nous voyons que le nombre des communiants qui se rattachent à cette doctrine s'est accru de 215,607 individus dans les deux dernières années réunies , c'est-à-dire d'un cinquième, tandis que la population totale des Etats-Unis n'a dû s'accroître, en ces deux années, que d'un seizième, ou même d'un dix-septième. ( Traducteur. )
216 LA RELIGION BN AMÉHIOUB. LIV. VI
cela: quelle œuvre de Dieu! Enveloppant tout le pays dans son vaste réseau, celle église porle l'Evangile jusques aux lieux les plus reculés et les moins peuplés du terriloire américain.
Elle a fait d'énormes sacrifices, ces dernières années, pour augmenter le nombre de ses temples ; mais ses prédicateurs itinérants n'en continuent pas moins, eu mille localités, de prêcher dans les écoles, dans les salles des tribunaux, et en maisons particulières.
Quand on considère l'ensemble de l'œuvre de Dieu aux Elals-Unis, et qu'on voit de quelle manière admirable les moyens et les instruments s'y adaptent à la nature et à l'étendue des besoins, on ne peut que bénir le Seigneur dont la miséricorde dispose toutes choses avec taut de sagesse. Et s'il s'agit du méthodisme en particulier, il est impossible de ne pas reconnaître que, par la puissance de son organisation, par le zèle, le dévouement et l'habileté de son clergé, il est destiné a exercer l'influence la plus salutaire sur notre prospérité religieuse et même sur la stabilité de nos institutions politiques.
J'ai dit ailleurs ce que les méthodistes font pour les missions domestiques, pour les traités et livres religieux, et pour les écoles du Dimanche ; plus lard, nous verrons la part qu'ils prennent aux missions étrangères.
Longtemps on leur a reproché la négligence qu'ils apportaient à l'instruction de leurs ministres. On les accusait de vouloir à toute force un clergé ignorant. Il est vrai que, si leurs hommes d'élite ne furent pas
CHAP. VU. ÉGLISE MÊTHODISTB ÊP1SCOPALE. . 217
proprement hostiles à la science, ils avaient une juste frayeur des ecclésiastiques savants, mais non convertis, tels qu'en fournissent d'autres églises. Toutefois prenons garde d'exagérer. Dès les premiers temps de leur existence, on les a vus instituer des séminaires. Ils en eurent un entre autres au Maryland, qui fleurit de 1787 à 1795, époque où il fut détruit par un incendie. Pour le remplacer, ils eu fondèrent un autre à Baltimore ; mais il subit une destruction pareille, et avec le collège, une église attenante. Cette double catastrophe entraîna une perte d'environ 90,000 dollars, et eut pour effet 'dedécourager pendant un certain temps. Mais voici quelques années que les méthodistes ont mis décidément la main à l'œuvre. lis ont fondé vingt et une académies, outre onze collèges, dont il en est deux qui portent le nom d'universités. Ils ont d'ailleurs quatre journaux religieux qui se publient sous les auspices de la conférence générale, quatre autres sous celles des conférences annuelles, sans compter plusieurs entreprises particulières du même genre. Ce fait prouve, tout au moins, que la société ne craint pas la diffusion des lumières et qu'elle trouve dans sou sein bon nombre d'écrivains «t de lecteurs.