LES AMIS , OU QUAKERS
Celte communauté, qui apparut pour la première fois en Angleterre vers le milieu du XVII* siècle, prit part de bonne heure a la colonisation de l'Amérique. Nous avons vu comment son fondateur, George Fox, visita plusieurs de nos provinces méridionales, où il aunonça, dit-il, sou message à des gens bien disposés. Mais les prosélytes que gagnaient ses doctrines pacifiques, eurent de telles persécutions à essuyer, que leur secte ne put réellement prendre une certaine assise que plus tard et grâce à la protection de l'illustre Penn.
On suppose qu'ils ont maintenant, aux Etais-Unis,
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environ cinq cents congrégations, principalement dans le sud-est de la Pensylvanie, au New-Jersey, à Rhode- Island , au Maryland ei eu Virginie. A Philadelphie même ils comptent six ou huit congrégations, ou réunions considérables. Rien n'est moins facile que de déterminer quelles furent précisément les doctrines de Fox et en général des premiers quakers. Ils parlaient tellement de la lumière intérieure et du Christ en nous, et si peu de la divinité proprement dite du Sauveur, de l'inspiration et de l'autorité divine des Ecritures, que beaucoup de leurs contemporains, parmi les hommes pieux, se crurent autorisés à douter s'ils recevaient les doctrines du salut. Mais les écrits subséquents de Penn, de Barclay et d'autres, écrits auxquels on peut joindre ceux de plusieurs auteurs vivants, attestent que la grande majorité des quakers instruits ont été et sont encore animés de la foi qui sauve.
Cependant, un schisme déplorable est venu, ces dernières années, ternir la pureté de cette association chrétienne. Un quaker de Long-Island, nommé Elias Hicks, répandit, de son vivant, et par ses écrits et par ses prédications, des doctrines de la nature la plus dangereuse : une espèce de déisme trempé de fanatisme. De là une scissiou en deux corps distincts, dont chacun prétend avoir la succession des quakers primitifs. L'un s'appelle les quakers orthodoxes, l'autre les hicksites, du nom de leur fondateur. On ne connaît pas exactement leur force respective; mais il est à présumer que les orthodoxes forment les trois ciu-
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quiôraesde la masse, ou autrement que le. nombre de leurs congrégations est d'environ trois cents.
Je ne reproduirai pas ici ce que nul n'ignore au sujet des singularités de celte classe de chrétiens; la simplicité de leur mise, le refus de se découvrir la téle, même devant les rois, l'usage qu'ils ont de tutoyer tout le monde, leur refus aussi de prêter serment et d'être soldats, ou plutôt de se servir jamais d'aucune arme.
Ils n'ont pas de ministres à gages, ou, pour parler avec eux, « de mercenaires. * C'est mal agir, pensent-ils, que de vouer des jeunes ^ms k cet office el de les y former par des études spéciales; car nul ne doit prêcher que celui que l'Esprit de Dieu y pousse
dans l'occasion. Aussi leurs assemblées demeurentelles parfaitement silencieuses, jusqu'à ce que l'un d'entre eux se sente excité de la sorte à parler ou à prier pour l'édification commune. Cependant il est peu de leurs congrégations où il n'y ait quelques individus de l'un ou de l'autre sexe, qui ne portent le nom de prédicateurs ou de ministres, à raison de ce que l'Esprit les anime à parler plus souvent que d'autres. Quaud il en est parmi eux qui se sentent invités par l'Esprit du Seigneur a voyager dans l'iutérêt du règne de Dieu, ils se font donner une approbatiou par l'assemblée mensuelle ou trimestrielle. Ces ministres ambulants ne reçoivent pas non plus de salaire; mais s'il le faut, il ne manque jamais de quaker riche qui les aide par des présents.
Leurs-diverses églises sont d'ailleurs sous la surveil-
lance de ces assemblées, ou réunions mensuelles et trimestrielles dont je viens de parler. Les mensuelles se composent de congrégations assez rapprochées les unes des autres pour qu'elles puissent facilement se fondre chaque mois en une seule; les trimestrielles comprennent les congrégations éparses sur un territoire plus vaste. Il y a, de plus, une réunion annuélle ou se rendent les quakers répandus plus au loin ; là se trouvent souvent des hommes appartenant à plusieurs Etats de l'Union. Ces réunions annuelles sont, je crois, au nombre de huit.
Les Amis ont une Société de traités , une Société biblique, et des écoles du dimanche. Ils ont fait quelques faibles tentatives pour amener les Indiens à la connaissance de l'Evangile.
Les traits caractéristiques de ces gens, amis de îa paix , sont en Amérique les mêmes qu'en Europe : beaucoup de frugalité, des mœurs simples, une moralité sévère , les soins les plus tendres pour leurs pauvres, l'horreur de l'oppression sous toutes ses formes. Voilà ce qu'on peut dire en toute assurance des orthodoxes. Quant aux hicksites, qui se sout écartés d'une manière si grave de l'Evangile, il est à craindre qu'on n'ait pas à leur rendre un témoignage aussi avantageux. L'erreur ne saurait produire les mêmes fruits que la vérité.
Loin d'avoir fait en Amérique de rapides progrès, comme les autres églises, le nombre des quakers y est stationnaire, si même il ne décline. Et quand on pense combien d'entre eux négligent l'instruction de leurs
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enfants, quand on considère ensuite qu'ils se privent des bienfaits du baptême et de la Sainte-Gène (car ils ne célèbrent pas ces deux sacrements), on ne saurait être surpris du peu de prospérité dont ils jouissent en tant qu'église.