‹ De la religion (volume 2)Chapitre 49 sur 109 · LIVRE Xril, CHAPITRE VIII. Q · texte numérisé non relu

LIVRE Xril, CHAPITRE VIII. Q

connues. On confiait aux récipiendaires des faits qu'ils avaient ouï raconter ailleurs , des fictions qu'ils avaient lues dans tous les poètes, des hypothèses qui étaient dans la bouche de tous les philosophes. Les courses de Cérès, les malheurs des dieux, les combats des Titans, étaient représentés sur le théâtre, gravés sur le marbre, chantés dans des hymnes publics. Les systèmes de cosmogonie étaient contenus dans des ouvrages ouverts à tous les profanes. On n'apprenait point par l'initiation les opinions philosophiques; mais quand on était philosophe , on les y reconnaissait. Ce qu'il y avait de secret n'était donc point les choses qu'on révélait, c'était que ces choses fussent ainsi révélées , qu'elles le fussent comme dogf-

cependant plusieurs de ces choses renferment des énigmes dont les profanes ne doivent point se moquer. Vraiment , réplique Momus , je n'ai pas besoin de mystères pour savoir que les dieux sont des dieux, et que ceux qui ont des têtes de chien sont des chiens. 6 Ce passage est important, i° parce qu'il atteste la figure 'de plusieurs divinités dans les mystères, et a° parce qu'on voit les mêmes railleries dirigées contre les mystères et contre le culte public.

gS DE LA. RELIGION,

mes et pratiques d'une religion occulte, qu'elles le fussent progressivement , de manière à laisser toujours en perspective des révélations ultérieures, qui dissiperaient en temps opportun toutes les objections, et qui lèveraient tous les doutes. Ce qu'il y avait de fixe , ce n'étaient point les doctrines, c'étaient les signes et les mots de ralliement communiqués aux initiés , et les cérémonies qui accompagnaient ces communications (i).

Les impies qui furent poursuivis pour leurs indiscrétions sacrilèges, Diagoras(a), Arista-

(i) Arrien, dans Épictète, blâme un homme qui justifiait sa doctrine , en affirmant qu'il n'enseignait que ce qui était enseigné dans les mystères. Oui, lui répond-il , tu enseignes les mêmes choses, mais dans un autre lieu, sans les cérémonies, sans la solennité, sans la pureté, sans le respect religieux qui les rendent utiles. Sénèquk (Epist. ,95), en comparant la philosophie à l'initiation, dit que les préceptes étaient connus des profanes , mais que les plus saintes cérémonies étaient réservées aux seuls adeptes. Peut-être aussi leur apprenait-on quelques noms différents donnés aux dieux.

(a) Aristoph. Aves , 1073-1074; Schol. , ib. Lysias coutr. Andocid. Athenag. de Légat.

Page 1