‹ De la religion (volume 2)Chapitre 84 sur 109 · LIVRE XV, CHAPITRE I · texte numérisé non relu

LIVRE XV, CHAPITRE I

ments qui le raniment et le consolent. Loin de repousser, il invoque. Il ne nie pas, it ignore; et tantôt échauffée par le désir, tantôt empreinte de résignation, son ignorance n'est pas sans douceur. Mais la négation de toute puissance supérieure à nous, de toute communication avec cette puissance, de tout' appel à sa bonté et à sa justice contre l'injustice et la perversité, le renoncement à un monde meilleur que le nôtre , à un monde de réparation et de pureté , aucune société ne s'en contentera.

Il faut donc en revenir à l'un des deux états compatibles avec notre nature, la religion imposée, la religion libre.

Lequel des deux est le meilleur?

L'Inde , l'Ethiopie , l'Egypte , la Perse offrent l'exemple du premier de ces états. Tout progrès est interdit à l'intelligence , tout avancement est un crime, toute innovation un sacrilège. La religion ne dépose point les hideux vestiges du fétichisme , la figure des dieux reste informe, leur caractère vicieux. La morale est faussée , la liberté proscrite , le crime ordonné. Vénale à la fois et menaçante, la religion , prodigue de terreurs , est avare de consolations. Celles qu'elle accorde , elle

les vend. Froissée entre les mains de ses maîtres, avilie dans l'ame de ses esclaves, elle est pour les premiers un instrument qu'ils dégradent, pour les seconds, un joug qui leur pèse. Objet de calcul sans bonne foi , ou d'obéissance sans examen , elle corrompt ceux qui en profitent, comme ceux qu'elle opprime. Elle condamne la crainte à l'hypocrisie, et traîne au supplice la sincérité, donnant une prime à ce qui est abject, et réservant le châtiment au courage.

Une caste oppressive exige successivement de l'homme le renoncement à ses penchants, à ses affections, à ses vertus, à son intelligence. Elle applique à la croyance le même principe qu'à tous les autres genres d'offrandes. La foi devient d'autant plus méritoire, que le dogme qui la réclame est plus difficile à croire ou à comprendre. Le sentiment religieux, dans son exaltation , favorise cette exigence du sacerdoce. Il se plaît à immoler à son dieu ses facultés les plus précieuses. Le même fanatisme qui a obtenu du père l'holocauste de son enfant, de la vierge celui de la pudeur, obtient que la raison suicide s'abjure elle-même. L'erreur ou la vérité, n'importe, sont également imposées. L'homme et ses facultés dis-

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