‹ De la religion (volume 3)Chapitre 10 sur 152 · XXII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXII PRÉFACE

sa suprématie, abdiquant ainsi ses titres les plus beaux , s'écartant de sa destination véritable, se renfermant dans une sphère qui n'est pas la sienne, et se condamnant à un abaissement qui est contre sa nature. L'intérêt bien entendu doit détruire tout ce qui est contraire à l'intérêt bien entendu. Si l'homme, dirigé par ce mobile, triomphe des passions qui l'entraîneraient en sens inverse de cet intérêt, il doit surmonter également toutes les émotions qui l'en distrairaient de même. Si l'intérêt bien entendu est assez puissant pour vaincre le délire des sens, la soif des richesses, les fureurs de la vengeance, il l'emportera plus facilement encore sur des mouvements de pitié, d'attendrissement, de dévouement, combattus sans cesse par des considérations de prudence, d'égoisme et de peur. Nous pourrons sans doute, en écoutant les préceptes de l'intérêt bien enten-

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(lu, renoncer à des jouissances présentes; mais ce sera pour obtenir des avantages futurs. Nous devrons nous abstenir de tout cfe qui nous nuirait d'une manière durable; et cette règle, la seule morale de l'intérêt bien entendu , devra s'appliquer à nos émotions généreuses et à nos vertus, comme à nos passions personnelles et à nos vices.

Il n'y a pas un noble mouvement du cœur contre lequel la logique de l'intérêt bien entendu ne puisse s'armer. Il n'y en a pas un qui, suivant cette logique, ne soit faiblesse ou aveuglement. Il n'y en a pas un que l'intérêt bien entendu ne foudroie de ses calculs exacts et de ses équations victorieuses.

Me direz -vous que l'intérêt bien entendu s'oppose lui-même à cette dépravation de notre nature , puisqu'il nous invite à rechercher la satisfaction intérieure que donne, au milieu de l'infortune, l'accom-

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