‹ De la religion (volume 3)Chapitre 55 sur 152 · LIVRE I, CHAPITRE V. G · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V. G

l'ont épurée, elle a jeté loin d'elle tout ce qui pouvait effaroucher la raison (^6). C'est la religion de toutes les nations éclairées : c'est le culte du peuple dominateur.

L'autre n'a ni la protection du pouvoir, ni l^ppui de traditions antiques. La poésie ne lui a prodigué aucun ornement. Elle n'est point accompagnée du cortège brillant de la philosophie. Elle n'a point contracté d'alliance avec les profondeurs imposantes de la métaphysique. Elle a pris naissance dans une contrée obscure , chez un peuple odieux au reste des hommes , et même dans la fraction la plus dédaignée de ce peuple, objet du mépris universel.

Qui ne croirait que la première doit triompher sans peine? Tous les hommes éclairés le pensent ; tous sourient , quand un bruit sourd et confus leur apprend l'existence de quelques fanatiques , épars , inconnus , persécutés.

D'où vient que l'événement trompe ces superbes prévoyances? C'est que le sentiment religieux, séparé de la forme ancienne, s'est réfugié dans la nouvelle, et pourquoi? Parce que la forme antique , malgré les épurations qu'on voudrait bien lui faire subir, lui rappelle lés

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époques où il l'a rejetée, impatient qu'il était de ses vices et de ses imperfections. Le nom de ses dieux se rattache à des souvenirs de £;rossièreté et d'ignorance. Froissée en tout sens par les investigations humaines, elle est dépouillée de son charme, et, pour ainsi dire, profanée. La forme nouvelle, au contraire, est vierge de tout souvenir fâcheux. Le nom de son fondateur et du dieu qu'il enseigne ne rétrace aucune époque où elle ait blessé le sentiment religieux. Il s'y voue donc avec enthousiasme : il adopte son étendard ; c'est par la bouche de ses sectateurs qu'il parle. Ils lui doivent cette conscience de force et de certitude qui contraste dans leur langage avec la timidité et l'hésitation du langage de leurs adversaires. Les apôtres de la forme nouvelle marchent entourés de miracles , incontestables par cela seul, que ceux qui les affirment sont pleins d'une inébranlable conviction. Les défenseurs de la forme ancienne s'appuient avec embarras sur des prodiges dont eux-mêmes doutent, copies effacées d'inimitables modèles. Les premiers se servent sans crainte et de la raison et de la foi , de la raison contre leurs ennemis, de la foi pour leur propre doctrine;

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