‹ De la religionChapitre 130 sur 248 · LIVRE IV, CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XII

fois reconnu, ceux qui l'exercent ont en leur faveur, et le sentiment religieux qui réside dans le fond des âmes , et cette action constante et irrésistible de l'habitude, qui porte les hommes à respecter l'objet des respects de leurs ancêtres, et l'influence plus inégale, selon les époques, mais non moins indestructible de ces superstitions de détail , compagnes de toutes les heures, solutions de tous les doutes, explications de tous les phénomènes, apaisements de toutes les craintes; et enfin la logique sévère elle-même et le raisonnement rigoureux.

En effet, lorsque la religion est indépendante, le sentiment religieux peut s'armer . contre les usurpations du sacerdoce. Il se croit revêtu d'une mission intérieure: il est, dans sa conviction intime, sa propre autorité. Mais quand la lutte s'engage , non pas entre les consciences , m^is entre les pouvoirs , le sentiment religieux jdoit se déclarer pour celui qui prend ie mieux les formes de là conscience, et qui, étant sans armes visibles, ressemble aussi le moins au pouvoir. En se rangeant du côté de la force, le sentiment religieux mentirait à sa nature. Il n'y a rien de commun entre la force et lui. S'il lui

I rend hommage , il descend au rang des calculs humains, et périt par ce suicide.

Mais ce n'est pas dans ce sentiment seul que le sacerdoce attaqué par l'autorité trouve un défenseur. La raison, que les lois de sa nature contraignent à marcher constamment de la donnée première à ses conséquences et du principe à l'application , lui prête l'appui d'arguments incontestables.

Dès que l'homme a besoin, pour communiquer avec les êtres invisibles, d'intermédiaires privilégiés, la toute-puissance appartient de droit à ces intermédiaires. Pour repousser les prétentions de ces favoris exclusifs du ciel, il faut supposer que la religion est la propriété commune de tous. Chacun, portant alors dans son sein le flambeau destiné à l'éclairer, compare la lumière qu'on lui offre à celle qu'il possède. Mais lorsque le . monopole de cette lumière est accordé à un petit nombre, comment l'ascendant de ce petit nombre aurait-jl des bornes? A quel titre le pouvoir temporel réclamerait-il une indépendance , inutile, si elle est d'accord avec les décrets célestes, dont les prêtres sont les interprètes; criminelle, si, elle diffère de ces décrets?

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