‹ De la religion: considérée dans sa source, ses formes et ses développementsChapitre 2 sur 67 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

De ce qu étaient les mystères .chez les nations soumises aux prêtres.

Il y a dans le cœur de l'homme une temlanee à entourer de barrières xîe qu'il sait comme ce qu'il possède. L'esprit de propriété se montre égoïste , aussi bien pour ce qui tient à la science que pour ce qui tient à la richesse. Si ce penchant de l'homme n'était combattu par d'autres penchants, il refuserait à ses semblables tout ce qu'il pourrait leur ravir ; mais la nature a mis le remède à nos défauts dans nos défauts mêmes. Comme elle nous a forcés par nos besoins à nous faille part mutuellement de ce qui nous appartient, elle nous a contraints par notre amour-propre à faire un échange réciproque de nos connaissances ; cependant la disposition primitive subsiste et agit avec d'autant plus de force que l'intérêt est plus important ou que la science est plus relevée.

Les philosophes de l'antiquité avaient dans leur philosophie , indépendamment de tout dogme religieux , une partie occulte , désignée en grec par le même nK)t que les mystères de la religion (i).

(i) r<X«ti| Etym. Magn.

Pythagore chassa de son école, pour quelques révélations indiscrètes , Hipparque, qu'il remplaça par une colonne (i) , et ne laissa ses ouvrages à Damo , sa fille , qu'avec l'interdiction formelle de les faire connaître aux profanes, interdiction qu'elle respecta , malgré sdn indigence et les trésors qu'on lui proposa pour la séduire (2). Zenon, Platon, et, qui le croirait? les Epicuriens, philosophes superficiels et grossiers , avaient des secrets qu'ils ne communiquaient à leurs disciples qu'après des épreuves presque semblables aux initiations (3). A peine le christianisme se fut-il formé, que les chrétiens divisèrent la partie publique de la partie secrète du culte divin (4).

Il n'est donc pas étonnant que des corporations, accoutumées à traiter avec dédain le peuple qu'elles avaient subjugué, l'aient tenu toujours éloigné de ce qu'elles possédaient de plus précieux, et aient interdit toute participation , soit aux découvertes qui faisaient leur orgueil et fondaient leur puissance, soit aux théories qu'elles avaient établies sur ces découvertes. Aussi rencontronsnous des mystères chez toutes les nations. Dio-

(1) Jamblich , de Comm. Mathem. Villois. Anecd. grxca , p. 3iG. Clem. Alex. Strom. V. Escbbnbach , de Poesi orpbica. {2} Gale, Opusc. mythol.

(3) Glem. Alex. Strom.

(4) V. Thiers, Expos, du saint sacrement, liv. I, eh. 8, et Pellicia de Ecoles, christ, primas^ medi» et noviss. œtat. Politia, I, 2 et £ui?.

ilTRfi 2i:in^ CHAPITAB II. O

dore (i) nous vante ceux des Chaldëens, Diogène Laerce (3) ceux de TEthiopie. Suidas (3) nous apprend que Phérécyde avait puisé quelques-unes de ses opinions dans les mystères de la Phénicie. Sérodote (4) nous transmet des détails nombreux plutôt qu'instructifs sur ceux de l'Egypte. César (5) parle , bien qu'avec moins d'admiration , de ceux des Druides. Les Mages de la Perse (6) célébraient les leurs dans des antres obscurs : et ceux des Hébreux, contenus dans leur cabale , <mt servi de prétexte aux extravagances des rabbins , et fait le désespoir des commentateurs modernes. Sans adopter leura rêveries, il nous semble prouvé que, dès l'antiquité la plus reculée, ce peuple malheureux et mécontent avait déposé dans des mystères ses espérances pour cette vie et peutêtre pour l'autre , je veux dire l'attente d'un libérateur conquérant de ce monde, et quelques vagues notions d'un monde futur (7).

Ce n'est pas néanmoins sou» ce point de vue que les mystères, auxquels les castes sacerdotales ad« mettaient par Fimliation les membres des autres

(1) DiOD.Lib.XVII.

(3) Suidas, art. Phérecydei

(4) HiROS., passim.

(5) De Bello Gallico, VI.

(6) F1RMICU8.

(7) Basvage , Hist. des Juifs. Buxtorf , Bibl. rabbin.^p. 1S4. Hox«- TiHGEK, Bibl. orient., p. 33. Maiuokid, More Neyoch.

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castes^ doiTent) à notre avis, être envisagés.. On a cru par erreur qu'ils se composaient de la éocrtrine secrète des prêtres. Sans doute ces prêtres, suivant la tendance que nous avons reniarquée(i)) combinaient toujours la partie populaire des cvûr tes avec leurs hypothèses et leurs découvertes : les fétiches d'abord, des dieux moins grossiers ensuite, devenaient pour eux des symboles ; mais ces symboles étaient leur langue , leur propriété particulière. Il n'entrait nullement dans leurs in-** tentions, conmie il n'était nullement de leur intérêt^ d'en communiquer le s^is aux profanes.

En conséquence , l'admission des initiés à la connaissance de ce que le sacerdoce appelait des mystères , n'impliquait point l'enseignement de sa doctrine, ou pour mieux dire de ses doctrines secrètes, car on a vu qu'il en avait plusieurs (2). Tout constate que les mystères révélés par l'initiation n'étaient que des représentations dramatiques, des récits mis en action, des descriptions remplacées et rendues plus sensibles par des images ; tels ils se célébraient sur le lac de Sais (3). Les prêtres avaient pensé qu'en frappant les sens ils produiraient des impressions plus fortes qu'en s'adressant uniquement à l'imagination et à la mémoire ; mais les initiés n'avaient d'autre avantage

(i) V. t. m, p. iSetsuiv.

(2) V. t. III, loc. cit.

(3) Hebod. II, 171.

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