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PROCÉDÉS POUR OBTENIR DES DUPLICATA DE PAGES MANUSCRITES

Les banquiers, notaires, hommes de lettres, négociants, etc., qui tiennent à posséder des duplicata de lettres ou de manuscrits envoyés à rimprimeur, achètent des presses dites à copier, à vis ou à cylindre ; ce chapitre a pour but de leur apprendre à s*en passer, et de réduire Fart d'obtenir des doubles à des procédés fort simples. Notons d'abord que , pour réussir, une forte pression est inutile : f ai doublé plus de deux mille pages couvertes d'une écriture fine, par les moyens que je vais décrire. Le matériel nécessaire est peu compliqué, en voici la liste : un rouleau en bois de frêne ; une ou deux plaques, soit de verre, soit de zinc laminé ; une provision de papier mince non encollé et, autant que possible, d'une p&te bien homogène ; enfin quelques feuilles d'étain ou de fine toile cirée ; mais , à la rigueur, ces derniers accessoires ne sont pas indispensables.

On donnera à l'encre commune, la première venue, noire, bleue , rouge , etc. , un certain

DES BUPLICATA. Bl

degré de viscosité, en y faisant dissoudre un morceau de sucre ordinaire. Il en faut si peu , qu^uii fragment du poids de six à sept gram«mes suffirait peut-être à la préparation d'un demi-litre de liquide. Après quelques essais et en procédant par petites quantités, on trouvera le point convenable. On doit en augmenter un peu la dose dans le cas où Ton se proposerait de prendre un double, non pas immédiatement, mais au bout de vingt-quatre heures. Grâce à cette addition, lencre contracte la vertu de céder à un papier, humide à un certain degré, une partie de sa substance, tout en conservant néanmoins assez de vigueur pour que Toriginal reste parfaitement lisible après avoir fourni une empreinte.

L'écriture se reproduit de toute nécessité à l'envers, sur le papier à doubler; en conséquence, plus ce papier sera fin et diaphane, plus il sera facile de distinguer les caractères sur la face opposée. Du reste, un imprimeur à qui on livrerait ces doubles lirait très bien, par habitude , le texte , sur la surface où il apparaît en sens inverse. On réussirait soi-même à le lire dans le même sens ; au besoin, on le

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redresserait en le plaçant devant un miroir.

Tel est donc, au résumé, le mécanisme de la duplication d'une page: 1** Écrire avec une encre légèrement visqueuse; 9^ y appliquer un papier fin et humide ; 3^ presser, avec une force modérée mais égale, sur les deux feuilles superposées. Parlons maintenant des soins à prendre pour être sûr du succès.

Afin de simplifier la question, nous supposerons une page à Fétat de placard, autrement dit une feuille couverte de lignes d'un seul côté. Le papier qui reçoit le texte doit être lisse et bien encollé. S'il était tant soit peu absorbant, l'encre sucrée le pénétrerait en partie, et le dédoublage serait impraticable, à moins peut-être qu'on n'y ait mis un excès de sucre ; mais cet excès, rendant le liquide trop épais , l'empêcherait de couler et de s'étendre aisément sous la plume.

Une page écrite , on en pose le verso , soit immédiatement, soit quelques heures plus tard , sur un fond uni et assez élastique , par exemple sur une main de papier buvard. Il s'agit ensuite d'obtenir une empreinte de l'écrit sur une feuille de papier fin, non encollé

et humecté au degré convenabk. Cette dernière eondition est le point essentiel , mais elle est assez difficile à remplir pour les novices ; j'indiquerai un moyen infaillible pour réussir.

Sur le marbre d'une cheminée ou d'une eommode, ou encore sur une vitre, une plaque de zinc, d'étain, etc., on étend un morceau de toile préalablement trempé et légèrement tordu, de sorte que Teau n'en ruisselle pas. On aligne sur cette toile une pile de douze feuillets de papier à prendre des doubles , et l'on recouvre le tout d'un second linge qu'on mouille, en s'y prenant comme il suit : on l'applique sur une plaque, de verre ou de métal, qu'il déborde en tous sens ; on en rabat , du edté opposé, les bords excédants; puis on recouvre la pile avec cette toile ainsi tendue et susceptible de recevoir, au besoin , une nouvelle dose d'humidité , à l'aide d'une éponge imbibée d'éau. On chargera la plaque d'un poids quelconque, si l'on tient à accélérer le mouillage du papier. Appréhende-t-on un excès d'humectation? On laisse sécher un peu la toile, tendue sur plaque avant de la poser, ou encore on ajoute à la pile deux ou trois

feuillets secs. Au bout de quelques jours de pratique , chacun saura régler Topération selon ses projets. Du reste, eût-on la meilleure presse sous la main , on ne serait nullement dispensé d'acquérir cette expérience. On comprend que , pour préparer un grand nombre de feuillets, il suffit de mouiller plus fortement les deux toiles.

Au bout d'une heure environ, tous les feuillets superposés seront également imbibés.

Leur surface devra offrir des ondulations, des rides , des sortes de vagues régulières. Cette apparence résulte de la dilatation du papier contrariée par une légère pression. Avec un peu d'habitude, on sera bientôt à môme de juger si le papier est mouillé à point, rien qu'à l'aspect de ces rides , que le passage du rouleau fera disparaître. En cet état^ le papier à prendre des doubles peut servir, soit suMe* champ, soit quatre, huit, douze heures plus tard, selon la saison et surtout l'état hygrométrique de l'atmosphère. Toutefois, il est évident que plus l'encre est fraîche , moins le papier exige d'humidité, et vice versa. L'hiver, une pile de feuillets conservés dans une t^am-

b?e sans feu, garde un degré convenable de moiteur pendant plusieurs jours, tant Thumîdiftè est lente à $e dissiper, par cette raison que les tranches du papier sont les seules jpàr^ ties en contact avec Tair et exposées à Tévaporation.

Revenons à l'opération . L'original, écrit d'un seul côté , étant posé sur un fond élastiqiie;, on prend le premier feuillet de la pile, sur laquelle on replace aussitôt la toile mouiN lée.. Ce feuillet, d'une dimension un peu plus large que celle du manuscrit, doit y être légèrement superposé ; on le recouvre, à son tour, d'une feuille sèche, souple et imperméable, d'étain, de toile cirée , etc., puis, sur le tout, on fait glisser vivement et l'on ramène à soi le rouleau (dont la longueur dépassera un peu la largeur des feuillets) , ayant soin d'ap* payer, avec un effort uniforme , sur les deux poignées latérales. Alors tout est fini ; on n'a plus qu'à séparer l'original de la copie et à les laisser sécher l'un et l'autre à l'air libre.

J'ai parié d'un seul placard ; si l'on en a à imprimer douze, le même coup de rouleau suffira. Sur la première couple , on superpose

les onze autres disposées dans le même ordre. II n'est même pas urgent d'interposer entre chaque couple une feuille imperméable , dont le rôle a pour unique but d'empêcher le verso du feuillet original de retenir une faible empreinte des lignes de celui qui le précède.

Quant h moi , ennemi des complications , je me borne à couvrir le dernier feuillet de la pile (qui est un papier humide) d'une toile cirée. Le coup de rouleau donné, j'isole chaque couple , et environ une demi-heure après tout est sec.

Si l'on possédait un papier à prendre les doubles d'une finesse , d'une transparence exceptionnelles, on parviendrait, en posant deux feuillels humides sur l'écriture, à obtenir du même coup une seconde empreinte ; mais ce triple , à moins que l'encre ne fût très colorée et suffisamment visqueuse, offrirait des caractères pâles et à peine distincts. On peut aussi opérer d'une autre manière : tirer deux épreuves successives de l'original ; en ce cas , le papier destiné à recevoir la première empreinte doit être peu humide. Mais je dissuadé l'amateur d'ambitionner des triples , vu que

presque toujours ils manquent , du moins sur certains points , de netteté et de vigueur.

Plusieurs tours de rouleau successifs ne produisent souvent d'autre effet que de rendre confuses , en en doublant les traits , les lettres de l'original : ce qui arrive pour peu que les couples se dérangent sous la pression exercée. Un seul tour fournira une empreinte satisfaisante , s'il est donné avec un effort bien régulier. Quand on appuie plus sur une poignée que sur l'autre, l'impression n'est pas uniforme sur chaque point. Une bonne presse offre , es ce cas , une garantie de succès; toutefois, avec un peu de pratique, on arrive, à 1 aide d'un simple rouleau , au même résultat. Pour le manœuvrer avec fermeté et régularité, il faut que son calibre permette aux mains , repliées autour de ses poignées, d'opérer sans obstacle. Dans le cas où le faible diamètre du cylindre s'opposerait à la liberté des mouvements , on placerait tout l'appareil , original , papier humide, etc., sur une sorte décaisse ou plate-forme d'une dimension telle, dans le sens de la largeur , que les poignées du rouleau (ou ses extrémités, s'il n'y a point de poi*

gùées) débordassent , adroite et à gauche, de manière à offrir de la prise et à permettre de peser uniformément. En règle générale, qu'on se serve ou non de cet accessoire , le fond sur lequel on promène le rouleau doit être assez bas pour qu'on ait la faculté d'opérer à bras tendus. Si la table qu'on a à sa disposition était trop élevée , on s'exhausserait soi-même à Taide d'un tabouret ou de toute autre msuiière. Ces observations s'adressent à ceux qui tiennent k une certaine perfection ; mais quand op n'a d'autre but que celui d'obtenir un double, utile à consulter seulement , en cas de perte de l'original (accident très rare), on peut y mettre moins de cérémonie. Pour moi, j'ai sauvent négligé la plupart des précautions recommandées ci-'dessus. Je prenais une feuille humectée au point convenable (condition essentielle , je ne saurais trop le répéter) ; je retendais sur ma page, écrite depuis un espace de temps plus ou moins court, et j'y passais immédiatement un rouleau, quelquefois même un simple fragment de bâton à peine cylindrique , voire une bouteille , et j'obtenais des résultats à peu près satisfaisants. Mon papier à^

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doubles était , au besoin , un vulgaire papier Joseph qui avait servi d^enveloppe à des bougies. Je ne plaçais jamais de feuillet imperméable sur le papier humide , lequel s'enrou** lait autour de mon cylindre ; je Ten détachais^ et tout était dit.

. • L'habitude est une puissance singulière ! Un nageur exercé violera impunément une partie des règles de Fart de la natation et., néanmoins, réussira à se soutenir sur Teau.

Par cette même raison, j'ai souvent obtenu d'excellents doubles avec des matériaux gros^ siers et par dés procédés fort imparfaits^ Il y a quinze ans que j'ai renoncé à la presse dite de Watt; mais, tout en la mettant de ci^té, je n^en honore pas moins le nom célèbre qui s'y rattache. C'est une invention assurément ingé^ nieuse que celle qui part d'un, principe si sim^ pie : dédoubler l'encre d'un manuscrit au moyen d'un peu de sucre qu'on y mêle. Quant à la presse, elle n'a rien de neuf en elle-même, et je crois avoir prouvé qu'on peut aisément s'en passer.

La question n'est pas épuisée. On peut désirer prendre le double d'un feuillet écrit des

deax cdtés; raisonnons en ce sens. Le point difficile n^est pas de tirer les doubles ^ mais bien de parvenir à écrire au verso , sans que le recto, déjà couvert de lignes, en éprouve de dommage. Sur quel fond appuyer ce côté chargé d'une encre visqueuse? Sur un t)apiér buvard? ce papier, bien que sec, 'en retiendrait une partie. Sur un fond imperméable?

les caractères y resteraient en partie adhé-' rents , et seraient écachés rien que par Teffet de la pression de la main qui écrit. Je ne con* nais qu'un moyen : dédoubler de suite la première page , laisser sécher l'original (c'est l'affaire de quelques minutes au soleil); puis écrire au verso et recommencer l'opération. Si l'on a des feuilles humides d'une assez grande dimension, on prendra, du même coup de rouleau , l'empreinte de la seconde et de la troisième page.

Je signalerai ici une encre violette, dite communicative , de la fabrique de M. Leblé jeune, à Cany (Seine-Inférieure), dont il y a des dépôts chez plusieurs papetiers de Paris. Elle n'est ni sucrée , ni visqueuse ; elle sèche auissi vite que l'encre ordinaire , et néanmoins

conserve, pendant environ bdt heures (et même davantage , si l'on met le manuscrit à Tabri de l'air et de la lumière) , la propriété de déposer une empreinte sur du papier fin non encollé et humecté par le procédé indiqué plus haut. Je suppose qu'il entre dans la composition de cette encre une substance déliquescente susceptible , avant son absorption com* plète dans la pâte du papier, de redevenir fluide sous l'influence de l'humidité. Cette encre , vu ses propriétés , se prêterait parfaitement au dédoublage simultané de deux pages adossées.

Quelques mots sur les pages manuscrites dont on désire avoir l'empreinte, non plus sur des feuilles volantes , mais sur un registre. Ce registre sera formé du papier fin et non encollé dont j'ai parlé plus haut. On en humecte les feuillets, quel qu'en soit le nombre, en les plaçant entre deux linges, plus ou moins humides, selon la quantité, et isolés des cahiers contigus au moyen de feuilles d'étain.

Les pages écrites intercalées, on ferme le registre et l'on passe le rouleau sur la couverture, à moins qu'on ne possède une presse à vis.

Supposons maintenani qu'on ait tracé avec Fencre de M. Leblé une lettre de deux feuil* lets , écrits au recto et au verso. Dans cette condition , veutr-on obtenir, sur le registre, le dédoublement simultané des quatre pages?

L'opération est praticable. Âpres avoir isolé avec une feuille d'étain deux des feuillets du registre préalablement mouillés , on glisse le tout dans le pli de la lettre. Mais on conçoit que , de quelque façon qu'on s'y prenne , Tordre naturel des pages sera interverti.

On a imaginé plusieurs autres systèmes désignés sous différents noms , d'origine plus ou moins grecque , pour obtenir facilement une ou plusieurs épreuves d'un texte manuscrit.

J'ai essayé, notamment, il y a douze ou quinze ans , d'une encre visqueuse, qui dépo* sait sur une toile cirée l'empreinte renversée de mon manuscrit. Cette toile jouait un rôle assez analogue à celui d'une pierre lithographique. On y appliquait une feuille humide qui , sous la pression d'un cylindre , prenait l'empreinte redressée des caractères ; on possédait un double. L'épreuve enlevée , la toile cirée retenait des traces de chaque ligne ; on

semait sur ces traces une poudre grise et sèche, qui , entre autres ingrédients , contenait de Tacide gallique. Cette poudre y adhérait , et comme elle avait la vertu, vu sa déliquescence, de se changer en un liquide noir , quand elle était exposée à la vapeur aqueuse ou simplement à llialeine de l'opérateur, l'empreinte des lignes, déposée sur la toile cirée, se chargeait d'une nouvelle couche d'encre artificiellement formée. Puis on recommençait indéfiniment et toujours avec succès , à en croire le prospectus.

Par malheur, cette poudre , qui coûtait fort cher, s'altérait dans le flacon, pour peu qu'il fût mal bouché ou exposé trop longtemps à l'air humide; bref, elle perdait son état pulvérulent , elle s'agglutinait ; une partie restait attachée à la surface de la toile, en dehors des limites du texte. On avait , il est vrai , un blaireau doux pour balayer le superflu ; néanmoins une partie notable résistait opiniâtrement à l'action du blaireau, se liquéfiait et faisait tache; la troisième épreuve était déjà bavochée, et ce défaut croissait à chaque nouveau tirage. En définitive, l'invention, toutingé*

nieuse qu'elle fût , n'eut pas de succès , que je sache , en raison de ces inconvénients.

Je citerai encore le moyen suivant pour obtenir à sec le duplicatum d'un écrit ou d'un dessin. La plume ou le crayon dont on se sert exige comme première condition une assez grande dureté. Le papier sur lequel on trace les caractères doit être peu épais ; il est posé sur une autre feuille dont le verso porte un enduit gras, soit noir, soit de toute autre couleur. Cet enduit , sous la pression de la plume ou du crayon dur, se décharge sur un feuillet placé dessous. Tout le monde connaît ce papier à décalquer dont on se sert pour prendre l'empreinte d'un timbre. Lorsqu'il s'agit d'avoir le double d'un dessin, on le remplace le plus souvent par un papier couvert d'une simple couche de plombagine.

L'inconvénient du système est de fatiguer la main quand il est question d'écrire de suite une douzaine de pages, et de revenir cher^ .vu que le papier à timbres n'est pas d'un long service. Ceux qui vendent sous di^rs noms cet appareil , connu depuis fort longtemps , vous prouvent aisément qu'on peut obtenir

jusqu'à trois ou quatre copies du même coup; seulement ils oublient d'ajouter qu'à ce métier un homme de lettres, d'une certaine fécondité, gagnerait bientôt un effort au poignet.

Demanderons-nous à la photographie un nouveau mode de duplication d'un manuscrit ?

On peut répondre : il est tout trouvé. Placez une page écrite depuis une heure, depuis un siècle si vous voulez, sous le regard de l'objectif d'une chambre noire : vous obtiendrez, à l'aide d'an papier rendu sensible à la lumière par un sel d'argent, une copie renversée^ de la grandeur désirée, véritable cliché, générateur du nombre de copies que vous souhaiterez.

Je pourrais signaler ici plusieurs autres systèmes qui dispenseraient de l'emploi d'une chambre noire ; mais à quoi bon? Toutes ces opérations exigent tant de âoins, qu'on aurait bien plus tôt fait, quand on n'a besoin que d'un double , de recopier l'original. D^ailleurs les

feuilles préparées au sel d'argent sont d'un

prix assez élevé, et l'on en gâte beaucoup quand on n'est pas bien exercé. Il ne faut donc pas songer à la photographie , du moins à cette heure. M. Niepce de Saint-Victor, qui chaque

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mois découvre quelque nouvelle propriété de la lumière, nous viendra peut-être en aide pour arriver au résultat désiré. La puissance électrique pourrait bien aussi devenir la base d'un nouveau système.

Le soleil, depuis Tépoque où il s'est mêlé de donner un coup de main àTindustrie humaine, n'a pas fait les choses à demi : il s'est montré d'une générosité presque sans bornes. Si un jour, grâce à quelque procédé ingénieux, on lui imposait le rôle de secrétaire , on en obtiendrait, c'est probable , plus qu'on ne cherche. D'abord il n'exigerait pas, je suppose, que l'écriture du manuscrit fût fraîchement tracée ; il en accepterait la date, quelle qu'elle fût, et sans aucun doute, ne la reproduirait pas dans la limite d'une seule copie, mais la multiplierait à un nombre indéfini d'exemplaires.

Toutefois, qu'on ne s'imagine pas que la découverte de Gutenberg risquerait d'être compromise. Gomme le jour où elle apparut au monde-, elle resterait toujours neuve et sans rivale. Sous peu d'années , la lumière (secondée peut-être par l'électricité) nous procurera

des faoisimile dé nos vieux livres ; mais elle les reproduira tels que les auront créés les pressés de telle ou telle époque ; fidèle miroir, elle ne dissimulera aucune de leurs naïves imperfections. Tout ouvrage qui veut renaître plus parfait, relève de Tinvention des caractères mobiles, la seule qui retrace les idées humaines mot par mot , lettre par lettre ; qui permette . les heureuses substitutions , les transpositions, les corrections du style; qui fournisse au génie la puissance de donner à Tunivers son dernier mot. Quand donc on désirera multiplier un écrit non plus par deux, mais par cent ou par mille, le plus simple sera de recourir à Timprimerie, que rien ne remplace : car la mobilité des caractères est Tâme de cette sublime invention. La lithographie ne doit pas lui être comparée, puisqu'elle exige un manuscrit immuable, fixé sans appel, sous peine de grossières ratures. Ajoutons que Tensemble des mots et des lettres est dépourvu en général de cette uniformité qui rend si facile la lecture d'une page imprilnée.

On a imaginé des systèmes autographixiues plus ou moins analogues à la lithographie, qui

permettent à chacun de multiplier soi-même , sur zinc , ses manuscrits , sans rembarras de lourdes pierres , d*une presse et d\ine longue opération de repolissage. Mais à l'homme dt lettres ou d'afFaires , préoccupé de mille com* binaisoDS didées , la manipulation d'un appa->reil matériel quelconque finit toujours par paraître trop compliqué. Il préférera s'adresser au lithographe ou à l'imprimeur.

En résumé, je réduis à trois classes le mode convenable de la reproduction d'un écrit. As* pire-t-on à l'avantage de retrouver, en cas de perte, son texte original t Un double suffit; on se le procure par un moyen des plus sim-« pies : l'encre sucrée ou déliquescente. Veut-on le multiplier & petit nombre pour le commutti-* quer à quelques amis ? On a recours au décalque sur zinc, att procédé Raguei^au, ou , si Ton redoute l'embarras de l'encre d'impression et du nettoyage des plaques, on s'adresse à un lithographe , qui décalquera le texte sur pierre ou sur métal , selon la nature de l'en* cre employée, •et le multipliera à souhait.

Enfin , a-t-on l'intention de donner k un manuscrit une grande publicité ? Il n'existe en ce

cas qu'un digne interprète de la pensée , le seul capable d'en perfectionner Texpression selon les limites de la capacité de Tauteur : rimprimerie. Il est à regretter que la presse typographique ne soit pas abordable k toutes les bourses ; c'est un obstacle qui a sans doute causé la perte de plus d'un ouvrage , dont la publication eût tourné , sous un point de vue quelconque , au profit de Thumanité.

J'ai souvent dirigé mes idées vers la solution de ce problème : susciter à l'imprimerie une rivale moins exigeante , plus à la portée des modiques fortunes ; mais l'invention de Gutenberg est si simple dans sa grandeur, que c'est folie de vouloir lui faire concurrence. Voici le moins impraticable des systèmes que j'avais imaginés : diviser une pierre lithographique en une trentaine de bandes étroites, mobiles , destinées à recevoir chacune une ligne. On les rangerait dans un châssis analogue à ceux où les imprimeurs encadrent leurs pages composées. On pourrait ainsi , dans le cours d'une page , remplacer ou transposer, non pas une lettre ou un mot , mais des lignes entières. Une telle disposition offrirait assuré-

ment un certain avantagé; mais je me suis refroidi en songeant aux frais que cette complication ajouterait au prix courant de la lithographie. J*ai donc continué à m'incliner, comme par le passé, devant Tinimitable résultat de remploi des caractères mobiles , et j*ai inhumé sans regrets mon idée , encore à l'état d'embryon. Que la terre lui soit légère !

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