‹ De la réparation des vieilles reliuresChapitre 29 sur 55 · S6 CONSERVATION DES ESTAMPES · texte numérisé non relu

S6 CONSERVATION DES ESTAMPES

ces autour d'un rouleau déjà formé : car, à moins qu'on ne recouvre le tout d'un papier bien replié aux extrémités, on risquerait de perdre sans s'en apercevoir les estampes qui forment noyau.

USTlURlTiei ET lEUUlE PBeTIWIlE DES LIYBBS RAIES.

Ce chapitre intéressera principalement les bibliophiles de la province, qui , ne pouvant, éloignés qu'ils sont des grandes villes, avoir recours à un habile relieur, auraient à cœur de ionner à un bouquin rare un certain air de Indcheur et de dignité joint à une solidité eoBservairice.

Tout ce qui concerne le blanchiment des feuillets, Tenlèvement des taches, etc. , se trou-

ve décrit dans les chapitres qui précèdent. D s'agit ici des livres à partir du moment où les feuillets décousus, isolés, détachés, restaarés et redressés au fer ou à la presse, exigent, pour reformer un volume, un assemblage nouveau.

Quand on voit sur table, dans les ventes publiques, un livre rare grossièrement consn, ignoblement embasané et surtout fort mal rogné, je veux dire beaucoup trop oa tout de travers, il est permis d'affirmer qu'il a passé, à une certaine époque, entre les mains d*un papetier-cartonnier de province, ou encore d'un de nos relieurs parisiens de dernier ordre, qui s'est avisé d'affubler un monument typographique contemporain de Louis XII de manière à lui ôter les dix-neuf vingtièmes de son prix.

Je ne connais pas de vandales d'une espèce pire, plus commune et plus irresponsable, que les gâcheurs de livides en question. Mais on concevra bientôt comment ils sont poussés, en dépit quelquefois d'un bon goût naturel, à se ' livrer à de pareils ravages. On leur offre, après une discussion en règle, 75 centimes, plus ou moins, pour un travail qui, traité avec soin, devrait être payé, on en sera convaincu en li-

^nt ce chapitre, huit à dix fois davantage.

Aussi la punition obligée, inévitable, infligée à cette lésineriez est-elle la dépréciation presque totale du livre à eux confié par un bibliophile bonhomme, qui, de gaieté de cœur, a condamné son vieil ami à une reliure de 75 centimes tout compris.

Le papetier- relieur de province, avec ses immondes cartonnages déjetés, recroquevillés, grimaçants sous une basane encore barbue et mouchetée de pâtés d'encre , forme le digne pendant du petit vitrier barbouilleur en dorures à qui un iconophile encore novice a confié niûvement la réparation d'un rare Albert Durer» et tous deux marchent de pair avec l'architecte miitilateur qu'une aveugle décision attache aux flancs d'une majestueuse cathédrale. Cette trinité redoutable, ennemie née des vieux souvenirs gravés sur pierre ou sur papier, enagâcl;^ ou détruit, sans y mettre aucune malice, au moins les trois quarts. Puissent ces conseils tardifs sauver encore quelques débris!

Le plus irrémédiable des attentats que paisse commettre le relieur de petite ville,

980 RESTAURATION ET. RfiUORB PROVISOIRE

c'est la rognure des marges. Un Simple proj< d'économie d'un centime sur la dimennxmd son carton lui donne lldée de mutiler un char mant in-i"" gothique jusqu'à la limita du-cadr^ d'impression. Encore doitron crieritrbis^fti Noël! quand rextrémitô des lignes u\ pM et rasée sur quelques points. Ceux qui ont ^ipri quelque part , ou deviné par instinct , qafuD marge est bonne à quelque chose, oonseaten à la conserver, mais la taillent avec une iaé galité si choquante que la victime se faitqn tomber de Gharybde en Scylla. Le pltia gfan mérite d'un livre rare est , sans contredit, m) marge non rognée, on, tout au moinsi» peii très régulièrement rognée en tous son». Maû pour obtenir une heurouse régoUaité,' U' i suffit pas de couper en masse' les 'tranchei l'équerre; on peut, avec ce zèle ponr IsLSfm trie , enlever même Jusqu'à des portions i texte. On conçoit, en effet, quelle point n sentiel, c'est de refaire, avant d'égaliser ht W che, le pliage de chaque feuillet ; travail loni minutieux, qui ne doit pas se payeir par cent mes, mais par francs. Je m'occuperai ïnéaV de cette opération importante.

DES LIVRES RARES. fSi

1^ DéreUure des bouquins. -^ Je dirai d*a* boîd, revenant nn peu sur mes pas, qu*il suffit pour défaire un vieux livre de rejeter le carton au dehors, de couper avec soin les cor^ des horizontales qui servent de pivot à la charmère de chaque cahier. Le carton se' sépare 4*mbord; on procède alors à Tisolemetlt des CAhiers. Gomme on n'y peut parvenir à sec, sans avaries, on s^ prendra comme il suit \ on coupera toutes les ficelles tendues le long du pli intérieur de chaque cahier, puis on mettm tremper pendant quelques heures le livre entier dans Teau chaude, laquelle, dissolvant la ooUe-forte - dont le dos est imprégné ^ rend Itération de Tisolement bien plus facile. Le fUPBmter feuillet double marqué d'une lettre et formant la tête de chaque cahier est celui qfui retient le plus de colle mêlée de débris de fi- ^eûe et de cuir; on doit Ten débarrasser avec soin (i). Celui-ci isolé, les autres se désùni-

(I) Quand il s'agit de disjoindre, pour les relier, les cahiers d*une brochure moderne, on ne prend pas toute! ces précautions , vu que le dos de chaque cahier n*att imprégné que d'une légère couche de colle de pAle.

ront sans poino, ot, quand tous les feuilleta seront sépari^s les uns des autres, on les plongera dans un nouveau bain froid pendant douxo ou vingt-quatre heures.

Au sortir de Peau , on ôtera , s*il en est besoin, los taches par les procédés indiquée aux chapitres lY, V el VI, puis on fiera sécher chaque double feuillet sur une corde tendoe; enfin, quand ils seront bien soes et redressée, on passera au travail suivant.

S"* A lùjfmnmî al rognure des margee* — Si toutes les ligne» du texte avaient été disposées par riinprimeur sur chaque cAté des feuillets de manière k coïncider complétemeni, on arriverait à obtenir, par la rognure, des marges d*uno parfaite symétrie ; malheurenteuent, dans los anciennes éditions; les lignes du recto et celles du verso sont souvent loin de se correspondre avec une précision math^ matiquo; c*ust un défaut irréparable, qu'on nomme une mauvaise reitration» Cependant il faut équarrir les marges et leur donner le

En cartsin eu , néanmoins , on ferait bien de passer à rMuohauda ItprsnitrftttilUt double de ehaqnecaUer.

plus de ré^Iarité possible. Les amateurs possèdent rarement une presse à rogner : tant IDioQx.ppur. le livre; il ne s'en portera pas pins mal, tout au contraire. Supposons donc r^xemplaire passablement gâché, et cherchons un remède.

Etalons d*abord tous les feuillets doubles sous nos yeux et examinons-les Tun après Tau- ^Ç. Nous trouverons que la plupart ont été rognés de travers relativement au cadre qui limite le texte. Telle page offrira, je suppose, une marge de tète de deux centimètres, tandis que celle du bas n*en aura qu'un et demi; ce qui produit un très mauvais effet, car la marge inférieure doit avoir plus de blanc que celle du haut. Cçtte inégalité déplorable exerce sur la ligne perpendiculaire des marges latérales dites de goiUtière (1) une déviation si funeste, qu'une portion des notes marginales sera ici intacte , là , entamée.

(I) Ainsi nommées parce qu'elles aboutissent à la tranche longitudinale du livre, tranche qui affecte une forme cintrée , du moins quand le dos est arrondi. La marge opposée se nomme marge de fond.

Ces défauts si choquants n*eoip6oherOQt pu que la superficie totale du feuillet double ne puisse être trouvée taillée à Téquem : il font donc attribuer nécessairement IHrrégulArité à Topération du pliage , mal pratiquée • dès le principe. C*est en effet par cette négligeai originelle que pèche la reliure dans la plupart des vieux livres. Les feuilles sont, engénérri, de nos jours, pliées avec plus de soin.

Quelquefois aussi des feuillets plies avee Attention offrent des iuai|[es très mal équarrieâ, parce qu'une presse à rogner dirigée par nn idiot ou par une maiii trop pressée (en raiMH des 78 centimes qu^elle tefoit pkr Tbitiilie)'a donné k tout le livre la forine d'un quadlrilatèita irrégulier, an lieu de celle d'un rectangle'parfait. Aussi pourquoi un bibliophile s'atisMJl de glisser un précieul volume dans une fournie de paroissiens de pacotille qu'on gftche à la douzaine , moyennant 75 centimes , y compris le carton , la basane velue , For en feuille et le magnifique jaune-serin des tranches?

Quand un livre rare a été traité avec un par reil sans-façon , il n'est plus possible de kii rendre une tournure supportable; et, à' moîM

DBS LITRES RARES. f3S

qu'il Ee renferme un texte intéressant an plus haut degré, il sera toujours vendu à vil prix. ' 1. En examinant un à un les feuillets doubles, fM -finira vsll y a vraiment encore* un peu •d'él^éf par adopter, pour la dimension générale des marges,uiie sette -de moyen terme de rognure* qiû dissimule en' partie cette difforadit^ 'Les marges trop rognées seront destinnées, après la disparition des traces de la cou- ^lewt plus ou moins éclatante qui, à travers la tranche, a bavé sur les bords (voyez le cha- /yitre Décoièriage) y k former retrait dans la -MMe du volume ; celles qui dépassent la limite adoptée seront réduites suivant le projet d*ali|^ementi mais on n'en retranchera que la -pMTtion strictement nécessaire. On pourrait méflie , si le livre est digne de tant de soins, ^rgir les marges des feuillets par trop mutilés au moyen de fragments d*un papier identique , sll est. possible , à celui du livre , pour la force , la teinte , le degré d*encollage et le sens des vergeures ; et, s'il manquait du texte, <on le rétablirait par le procédé indiqué page 168. En un mot, on prendra si bien ses mesures que la dimension moyenne des marges.

les unes élargies, les autres rognées, laUse encore au volume une apparence support^le.

Pour donner à chaque feuillet le plus de symétrie possible, on façonnera un patron , autrement dit un rectangle de carton coupé net ti Téquerre, dans les proportions convenables. Ce carton sera mince, mais assez raide; pn y pratiquera çà et là quelques découpures vers les bords, afin qu'appliqué sur le feuillet double, il laisse voir, de distance en distance, les limites du texte.

On pourrait aussi faire tailler un patron de verre, dont la transparence permettrait de juger mieux encore des distances à conserver sur chaque côté des marges. Un tracé horizontal sur le verre marquerait le niveau de la première ligne supérieure, celle qui sert de point de départ et détermine les lignes d'équarrissement des trois autres marges.

Le patron une fois taillé d'après une sage combinaison, on l'apposera successivement sur chaque feuillet double bien déployé. Le feuillet devra reposer sur un fond ferme et bien uni; puis on tracera autour du patron,, tenu assujetti sur le feuillet, une ligne nette et fine,

Sa moyen d*ane pointe métallique. Quand tous les feuillets auront reçu cette trace, on les ro* gnera Tiin après Tautre avec de longs ciseaux bien ti'anchants, en suivant le tracé avec précîsioiï\- de sorte que leur réunion offrira une pilé'dont les côtés seront parfaitement nivelés. Je ne conseillerais pas d'opérer cette rognure au canif, même le mieux aiguisé, car. les papieirs fins et non encollés se plissent et s'écor-* chent, surtout aux endroits où la partie à supprimer est très étroite. »

On comprend que, rognés ainsi, le^ feuillets doubles formeront, après avoir été plies juste par leilr axe central, une suite de p^gfss à marges régulières ; aussi, quand on les feijdlleiera rapidement, Tœil ne pourra-t-il saisir auquel ressaut, au passage des chiffres de pagin^tiop. . G'est'ce feuilletage rapide quij j^que4e suile , aux bibliophiles à quelle sorte de relieurs uQ bouquin a eu affaire ; c'est souvent ce sjjmi^e examen qui les détermine à le couvrir de pièces d'or ou à le laisser adjuger à vil prix. La rognure soignée est, en effet, le point capital . qui constitue la beauté d'un exemplaire. Â xif^e^ rognure manquée il n'y a point de remède, car

288 nESTAunATioN kt hkliurb provisoire

je n'indiquo ici qu*uu simple palliatif. Et con bioD de malheureux livres gothiques ont Bul cette honteuse , cette fatale mutilation l Gon bien d*in-4° ont été réduits à la dimension d rin-S*" oumémede.rin-12!

Le palliatif que je propose est, en réalité; t seul praticable; quant à Tirrégularité^résul tant d*une correspondanco de texte itteiMl (d*une mauvaise reiiraiion)^ c'est, je lefl pète, un vice d'impression qui ne pout serso tifier, et les bibliophiles les plus intraitabic sont bien obligés d*en accepter les censé (luences.

Un livre ainsi i*ogné aux ciseaux , quelqi soin qu'on y mette, n'offrira jamais unetrai che unie comme celle due & une machine qo tout à la fois , maintient en presse et opère rognure ; mais cette madiine, pour bien fow tionner, doit , surtout quand il faut retranch une portion de marge excessivement étroil ^Xrc parfaite et dirigée par un habile ouvrit Voilà pourquoi j'en interdis l'usage.

Après tout, qu'importe cotte sorte de rudei dans la tranche ? Une tranche bien unie, qus le volume est fermé , s'oppose assurément

DES UTRBS BARBS. M9

Mrpduction de la poBssière, comme à Tenlag^ de rextrémité des marges; mais qui pikbe que le livre rogné aux ciseavx soit MTVé dans un étai, à la manièret des anciitts oissiens ? D*ailleurs , une bibUolbèque bien ié^v. exposée en un lieu sec, n'est^Ue pas hmtelle biei^ suffisante ? Pour moi , biblioln.^iaps prétention, je me contente d'aligner si les marges, une tranche bien nette me il^lant indispensable uniquement qpand un mne estde^n^, oomne un dictionnaire, U feuilletage continuel et rapide.

)**- Béparatûm des traces de coutures amieiiKTis. — Pour unir les cahiers, il faut que feuillets déjà une ou deux fois recousus (ce . lest assez commun ) n'offrent pas , à Tenil du pli , une série de trous telle , qull en obe une sorte de déchirure longitudinale.

«I 0llt pourtant qui en sont réduits, à cet état >)off^le, notamment ceux en tête de chaque lier* Ces avaries sont dues, en partie, à Tu- {e que faisaient les anciens relieurs d'aiiles fort grossières , ou même de poinçons, or percer les trous ; aujourd'hui on emploie Qéralement des aiguilles fines et recourbées.

240 RESTAIinATION RT nELIURE MlO?ISOIRE

Si Ins nncionK trous formaient, sur toute h ligno, une di^chirure presque continue, les feuillets, une fois repliés, ne présenteraient à l*niguillo aucun point d*appui : il faut néces* saironient remédier h cet obstacle. Une bande de papier fin et en même tem))ë résistant, collée t la gomme sur la longueur du pli, estnn moyen d'atteindre le but ; mais , si tous les feuillets jiortcnt une semblable bande, qoi doit se plier en deux , le dos du volume doU" bicra presque d épaisseur, tandis que le cAté npposr restera flasque et sans compacité (1).

Commençons, avant tout, par plier exactement clKupie feuillet : nous jugerons mieux quels sont roux ({ui réclament une bande de renfort. Nous verrons d'abord que le repliage, en corrigeant Tinégalité de largeur des marges de fond, fait que les anciens trous ne se trouvent plus tous précisément dans Taxe du pli.

Il arrive de \i\ ({ue, les flis pouvant passer par d autres points, la couture va devenir pluspra-

(1) S*il sngiPMit d*un livro rarissime, on pourrait es- {inyor do rt^paror ers déchirures au nioyon de pâte de pHpicr. (Voyez p. 13S.)

âctbk* Néanmoins il y anra toujours pins 3*tin feuillet qui réclamera un nouveau point i*appui, parmi ceux principalement qui forment la tête de chaque cahier, surtout s'ils ont éHé décousus, isolés avec trop de précipitation, ou dépouillés, à Fétat sec, des grumeaux de iu>Ue«-forte. Les feuillets du centre, généraleméat moins fatigués, seront suffisamment mainteous par celui qui les renferme.

' En supposant donc qu'on se borne à renforcer le premier feuillet, il en résultera toujours in peu plus d'épaisseur au dos que du côté de la tranche. Je ne sais si les habiles relieurs ont le talent de dissimuler ce défaut au moyen d'un battage adroitement ménagé ; pour moi, je ne connais qu'un palliatif, consistant à laisser au carton de recouvrement un peu plus d*épaisseur du côté de la gouttière; de cette manière le volume, posé à plat, paraît avoir une épaisseur homogène.

J'ai ouï parler d'une invention qu'on pourrait appliquer au cas où la totalité des feuillets serait à peu près divisée en deux par suite de coutures souvent renouvelées. Il consiste à rogner à la presse et de droit fil tous les cahiers

if

du côté du dos, comme s'il s'agissait de former, de ce côté, la tranche du livre» Les cahiers ainsi rasés au même niveau et maintenus en presse, on passe sur la tranche une couche de caoutchouc réduit à Tétat visqueux par une huile essentielle que fournit le caoutchouc luimême ; puis on recouvre cette sorte de colle d'une toile fine ou d'une peau très souple. Par malheur, ce procédé de reliure, signalé dans ma première édition, ne vaut rien , à ce qall parait, car je n'en ai vu aucun produit figurer à l'Exposition universelle de 1855, et personne n'a pu m'en donner de nouvelles. On y a renoncé sans doute par cette raison que le caoatchouc ainsi appliqué perd promptement sa vertu élastique et agglutinative, en sorte que chaque feuillet finit par se détacher faute de soutien. Aurons-nous recours au procédé, chinois, qui consiste en une suite de points de couture , à fil redoublé , et plus ou moins espacés sur une partie de la marge de fond ? Ce genre de reliure, ne permettant au volume de s'ouvrir que sous un angle très resserré, n'est applicable qu'à des brochures minces et sans importance.

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:^Um réparation plus longue , mais plus di- §â% 'ld^n: volume rare réduit positivement à l%lat dé femllets simples, consisterait à coller à^ jour (ft la gomme), sur des cahiers d'un papier lèn,' chaque feuillet isolé, ainsi que je rindique page S90.

^A"^ Couture ordinaire, -— La reliure des eafaiera entre eux doit être exécutée avec une télIé précision que nul ne dépasse l'autre ea àuean sens. Rien de plus aisé que .de coudre r^^lièrement un livre : c'est un travail de pa« tiMce, et, avec un peu d'habitude, un volume , de trente à quarante cdii^s est assez promptmnent -formé. Je ne sais s'il existe plusieurs procédés de couture. Celui que je vais expli«qderme paraît simple et convenable pour ob-^ tenir une Reliure provisoire^et pourtant sOUde; je Tai étudié uniquement par un examen attentif 4e hi structure de plusieurs bouquins que j^i disloqués. '

L'appareil à coudre est si peu compliqué qu'il suffit de lavoir entrevu une seule fois pour pouvoir en reproduire le modèle. Je décrirai celui que j'ai fabriqué pour mon, propre usage.

§44 BESTAURATIOll ET RBLIURB mOTISOlBB

Figurez-vous une caisse plate en eepin, dont le dessus a les proportions d^un tome in-folio, mais d'une dimension un peu jrins grande en tous sens. Les flancs ou côtés ont au plus dix centimètres de hauteur. Cette caisse fort basse peut se passer de fond. A deux des encoignures s^élèvent, séparés par la longueer de la caisse, deux montants ou bandes de se* pin, cloués à plat dans le profil du bois qiî forme un des flancs longitudinaux , et chaque montant dépasse de vingt-cinq centimètres le dessus de cette botte , que nous nommerons plate-forme. Les deux montants sont rinnis par une traverse de chêne clouée sur la trencbe de leur sommet ; on a donc sons les yen une sorte de châssis dressé verticalement, oo, si Ton préfère, le modèle en petit d*un suppoit de balançoire. Vers la base du flanc longitndî* nal, que j'Appellerai la face antérieure, onpei^ cera sur une même ligne une série de trous e^ pacés d'un centimètre, destinés à recevoir des pitons à vis; sur le profil de la traverse on en percera d'autres en correspondance avec cea&du bas, et destinés au même usage.

Notre appareil est construit. Quand M||Be'''

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aurons un volume à relier, jusqu*à Tin-folio inclusivement, nous visserons en haut et en bas 3r 4, 6. ou 8 pitons correspondants, espacées suivant Texigence du format* Dans les pitons 00' passe une fioelle , et Ton en forme une^ sorte de lyre grossière. Ces ficelles, dont la tension dcîi être fort modérée, sont nommés nerfs ou nervure»; elles sont destinées à servir de fi^ chas, de broches, si Ton aime mieux, aux charnières de fil que nous attacherons à chaque feiiitiet du livre.

On peut sans grands frais se procurer un appareil moins embarrassant* Les montants et Ifr traverse pourraient, soit s'abaisser comme ruDse. mobile de certains paniers, soit se dé* mpoter etS0 placer dans un long tiroir établi 8ur:run des côtés. On utiliserait cq tiroir en y rangeant les divers accessoires nécessaires à la couture.

La ficelle destinée à jouer le rôle de nervures idoti être assez fine, à peine tordue et composé d'un chanvre neuf long et tenace. Ai| reste la ficelle commune est assez solide; Tes-» (entiel est qu^elle soit d'un diamètre régulier. Ihaque brin, vu la disposition des pitons infé-^

lume les deux cartons qni doivent la couverture.

Maintenant, supposons quHl 8*ag un in-4o : on tendra six nervures peu près ainsi '^' ^"^ ^^ puis on ] la plate-forme tous les cahiers, snp bien alignés, les dos touchant les ne tète du premier cahier et à la suite devront se trouver deux (on au feuillets doubles d'un papier seml peu près à celui du livre : on compn tôt Futilité de ces feuillets supplénu

La pile de cahiers ainsi disposé< sée par un poids assez lourd , on sur Tensemble des dos réunis , an i trait de crayon vertical, Tendroit passeront les nervures et où seront 1

nervures, autani que possible, assez loin des andens irons.

- Les relieurs , en général , ne se contentent pas d'un trait de crayon; ils pratiquent, à Taide d'une scie , une entaille ou rainure destinée à loger le nerf. Je préfère le laisser en •dehors, à découvert ; il tient fort peu de place qne&d le chanvre est peu tordu , et Ton évi- -le ainsi de multiplier, de ce côté, des avaries, 'des plaies déjà très nombreuses. Dans la plupart des anciennes reliures, le nerf forme' à rextérieur une forte saillie ronde , ou encore esl remplacé par une lanière de cuir assez large, dont l'emploi nécessite quelques modifications dans la couture ; mais nous adopterons exclusivement la ficelle, afin de simplifier l'opération. D'ailleurs, il n'est ici question que de reliures à dos brisé.

Pour procéder à la couture , on place d'abord sur la plate-forme un ou deux feuillets doubles de papier blanc, qui serviront à former les gardes, ht dos de ce premier cahier 9era appuyé contre les nervures au point mar^ que au crayon. Alors, on prendra une aiguille assez longue , fine et recourbée comme une aie-

u'up i^iiaaaiiic cb peu AUducpuiiii; uc

solidement. L*aiguillée ne doit pas courte, il faudrait la renouveler' sans trop longue, le fil s'embrouillerait, prait, contracterait des nœuds. Voici, des dimensions convenables : pour Ti guillée aura 5 fois la longueur du dos 85 centimètres; pour Tin-folio, 3 fc peu près 118 centimètres; pour les intermédiaires la longueur variera ( deux mesures extrêmes.

Le premier cahier, celui dit de gai être solidement rattaché aux nerfs : ( lera donc le fil de couture autour d< mière nervure, soit de droite , soit d (le choix est indifférent) , et, pour

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ffixer, OD engagera Taiguille dans Tépaisseur .de soa diamètre; puis, passant la malo gaoj^ derrière l'appareil, on ouvrira le cahier à-angle dvpit) ayant soin, surtout quand il s'agit d'un cahier épais, de ne laisser. en, dehors aucun feuillet double , car cette négligence coûterait plus tard beaucoup de temps à réparer.

. Le cahier étant donc maintenu ouvert, on .engage Taiguille dans le dos extérieur, à l'endroit marqué au crayon, puis on la retire du côté du pli intérieur. Plus les cahiers sont fournis, comme dans l'in-iS, plus aussi le^ feuillets sont sujets à se déranger, à perdre ralignemenl, ou à échapper au passage de Taiguille, qui, si elle est mal maintenue , ne sort pas toujours précisément dans Taxe du pli, mais quelquefois sur la marge de fond ; ce.qui occasionne des déchirures , ou tout au moins empêche le fil de prendre son point d'appui.

On pourrait percer d'avance les trous ; mais comme ils seraient sujets à dévier de leur di-^ rection par le dérangement des feuillets, au moment où Ion ouvre le cahier, le mieux esl d'engager et de retirer l'aiguille par voie de tà^nnement; avec un peu d'habitude on arrive,

980 RESTAUBATION ET MLIURE nOVlSOlAB

à la diriger bien et vite, sani être obligé d*n Mrveiller sans cesse la sortie à Ilntérieur dto pli. A la rigueur, on disposerait derrièra Viïf^ pareil on miroir qui refléterait les érohilions de Taiguille ; mais, je le répète , le procédé le plus expéditif s'acquiert par Texereice. ' Quand Taiguille a traversé avec piérision le pli intérieur, on en ramène la pointe, par na mouvement que régie la routine, vis-è«*vîs de la seconde nervure, puis on perce le papier.

Quelquefois la pointe vient s*engager an miiieo du lierf, ce qui n'offre aucun inconvénieit pour le premier cahier, qui doit être solide* ment fixé ; mais , pour opérer sur les antres avec régularité, et se ménager la possibilité de les serrer plus tard, il faut que la pointe as fasse qu'effleurer le nerf, sans le transpercer. Alors on tire sur le fil avec assez de force povr qnll s'applique bien à l'espèce de rigole inté^ rienre que forme le pli ; on l'y maintient de h main gauche, tandis que de la droite, après l'avoir enroulé autour de la nervure, on le repasse dans le même trou, ou du moins sdf ap point très voisin. L'essentiel c'est que Taigitilto ne traverse jamais le fil même qu'elle dirifib

/tiof^i ;§E8 .LIVRES RARK8. SH

ctr «tt'Ct. cas die ne poorrah ph» aTUiee^.

Sn^fteésal il fiint allongier droit el"vi?eniiiit IhoginUéci; 'Sinon elle «'embarrane dans ses fUQpresTspinlesv il sajformédesnœnès com^ {diqMsvst ron perd beaucoup de tenps à Aih broniller€e-€faaos(l). < i* . ^ *: .Onouttiniie de la méni& manièreyi et, lorsiqa'en :iitteint la dernière nervure, cn^j enroule lé fia, cpi'onf ait passer à ^iraverale nerf (it«^igit ici des fHiiUet& de garde), pins ontCvrèle «il ■Miyen dHm nœnd, pfécanlion à observer qoaHl arrive à Tune on rantreiexlrémité de chacpie >; mais ces nœuds ^doivent être pen^errte, >t Lob feuillets de garde oonsn^i on^j&etmla ]date-forme le dernier cahiendu volun^car oa ^it nécessairement par le titre)v et onieMlie âe la même manière à la nervure, sauf qii!on «vimence par TextrémitéopposéerelativemeÂt àvla jMremièrei opération^ et ainsLdèiSuitei|ii9^ i^i^à la couture totale. Avantée condreunn^ft-

(i) Pour réYÎter, on est quelquefois obligé, surlônt quand Tûguillée est longue, de quitter le cahier, iNh&tèlrpciser la main gauche entre les éîireonVdhttiorii «A^uirevîeBtsiir1»-nêine« ' ( >? -' ^»

9SS RESTAURATION ET «BUURR PROVIiOIRE

veaa cahier; on doUs'assurer si chaque feaiUet est à sa place, si la lettré de chaque cahier est bien à son rang, car, le volume une fois consUf on ne peut remédier à cette transposition qa*à condition de tout refaire. Un cahier oubUéfeut^ à la rigueur, s*intercaler, pourvu que le dos da volume ne soit pas encore consolidé par une couche de coUe-forte. Quant à quelques {èuilt: lets transposés dans un livre relié, il est possible de les remettre à leur place ; J'en ai indiqné les moyens page 76. Lorsqu'on a affaire àuo livre orne de vignettes ou de cartes, iifautsoii*^ ger, avant la couture, à les incorporer aoi cahiers auxquels elles se rapportent, afin de coudre le tout à la fois. ..î ^

Quand une aiguillée tire à sa fin, oii la fixao solidement autour de Tun des nerfs ; on rattà^ cbe la nouvelle , soit au nerf, soit au bout qni dépasse celle qui précède , ayant soin que le nœud lienne bien et soit extérieur. JL^estim^ portant de vérifier si les cahiers se relient à la nervure tous au même point; s'il arrivait que la trace de crayon fût effacée, il serait toujoun facile de les superposer exactement à vue d'œi| et de les maintenir dans cette position.

1 ;j . BES LIVRES RARES. VS3

i Lorsque tous les cahiers sont cousus, on les presse les uns contre les autres^ on rapprocher leurs charnières et Ton serre les nœuds qui attachent le dernier (le cahier de garde) ; puis V<m eoope les nervures, d'une part au nhreau des (Hlons inférieurs , de Tautre au-dessus du livre , à une distance telle , qu^l reste cinfvm ' six oentinètres de nervure excédante (f ). Cette pile de cahiers ainsi réunis n*offre pas enèbre un tMt solide : les charnières sont Iftdies, surtout vers le centre; les fils onttn^dejeUtflMiseodiile n'est pas assez compact. On transportent le volume en cet état sur une table, qurlerece**vra à plat, de manière que le dos en dépasutlë * bord de deux millimètres; puis on alignera do ' nouveau les cahiers en tous sens, et ¥on y M^ perposera une planchette chargée d'un poids lo -

. (I) Aa lîea de oooper d« suite les aenrtmt, ^oel* qaékÂM oa les utilise, si l'espace le pemet, pour la coatore d'un second volume ; mais, entre cette nouvelle pile de cahiers et celle déjà cousue, on devra placer fllusieur^ ais, d^une épaisseur collective d'au moins dix ' cciktiaiètres , afin qaTû reste à chaque volume des Untafà ^ de no-vure suffisants pour- y raliachér les ciflebs.^ "

SM RESTAURATION ET RBLIURS. PROVISO

plas lourd possible, et appuyant sur ii surface. Si Ton possédait une presse à ' pourrait Tutiliser en cette occasion.

Le volume ainsi bien comprimé, on ai sur le dos des cahiers une couche de col (Voyez la note page 484) assez épaiss ne pas pénétrer le papier. On remplit o; rement de colle les intervalles ou silk existent entre chaque cahier ; mais, pour accumuler la matière gélatineuse, qui pe revenir favoriser la production des vers, mieux remplir ces vid^ avec des brins di et les bouts de fils qui dépassent.

Quelques relieurs ajoutent^ diV^m; coUei, pour prévenir les vers, une pincée ( blanc d'arsenic, ou de tout autre poiso gique. Je ne sais si cette substance prod fet qu'on en attend; peut-être, mêlée à 1 lui ôte-t-elle un peu de sa ténacité. Di les vers ne s'attaquent guère qu'à des li cumulés dans un local humide et abai

Pour mieux encore rattacher entre c les cahiers, on appliquera tout aussitO colle une toile fine ou une peau soupb sans rien déranger, on laissera sécher, ]

Si OU 48 faeares, le Yolome sons une presse à vis, si Ton eu possède âne, oa simplement sons un ais chargé de poids* . 5^ Cartonnage et parcheminage*' -^ Ponr aclimrer cette reliure sans prétentioû , jon taU^ leta deux cartons (nommés plats) de làoyenne épaisienr, qui déborderont an peu les trois trmiches du volume ; on amincira à la lime et Ton iMittra au marteau le cété qui dût se rat* tacher aux nervures, mais on laissera aux l>ords opposés toute leur épaisseur. Le renforcement des plats, do côté de. la gouttière, peut même passer pour une compensation nécessaire daiH le cas où le dos du volume serait épaissi par des bandes de soutien appliquées sur lesplisde nombreux feuillets.

Pour relier les nervures aux plats, on les y engage, de telle sorte ^nlntrodliites par Tori* fie» extérieur de trous pratiqués dans le cartoii (k ua centimètre environ du bord), elle» ressortent du côté opposé, celui qui touche la garde. C'est sur la face intérieure du platqu'on rabattra l'excédant de nervure ; on Téparpillera sur le carton, imprégné, à cet endroit, d'un peu de colle-forte. Cet éparpillement évite une tmf

forte saillie, et fixe plus solidement rextrémilé du nerf, puisqu*il s*étend en éventail sur uneplus grande surface. On évitera d'étirer trop la nervure, et dVncoller la partie qui, destinée à former charniôre, doit conserver sa souplesse. On passe quelquefois le nerf en sens invene»

c'est-à-dire de Tintéricur du carton au recto, où on le fixe, & moins qu'on ne le fasse rentrer à l'intérieur par le second trou. La première méthode est plus simple, et laisse, je crois, aa livre relié plus de facilité à s'ouvrir. Quelque procédé qu'on adopte, on devra aplatir an mu^ tcau le bourrelet formé autour du trou ; on consolide ainsi le point d'attache, et l'on aplanit la surface du plat. Au reste, malgré tous ces soins, nos livres n'auront jamais cette flexibilité parfaite qui est le cachet des bons relieurs. Gomme ces reliures provisoires n'ont rien à démêler avec le luxe, je ne parlerai pas ici de l'art d'amincir (1), d'appliquer et de dorer les

(1) CVst UD contre-sens, à mon avis, d*ainiDcir les peaux précUcmcDt à rcndroit où la reliure fatigue la plus : conséquence du goût des bibliophiles, qui préfèrent en général Téléganoe i la lolîdité.

maroquins. Cette dernière opération exige»

pour être bien exécutée, une sorte de talent artistique. Je me contente, en attendant que la fantaisie me vienne de faire revêtir mon livre plus richement, de dissimuler le carton sons une simple toile brune assez fine, sous un vieux parchemin plus ou moins épais, ou enfin (c'est là mon plus grand luxe) sous une soie mince et souple, moirée, ou émaillée de dessins aux vives couleurs , telles qu*en fournissent les reliures chinoises. Mais le plus souvent c'est de parchemin que je me sers , puisque je recherche la solidité avant tout : c'est donc par la manière de l'appliquer que je terminerai ce chapitre.

La feuille de parchemin, d'une dimensidn en rapport avec celle des plats, plus celle du dos, excédera la surface totale, en tous sens, cTau moins deux centimètres; un tracé au crayon indiquera la place précise que doit occnper chaque partie du volume. On donnera au parchemin, en l'exposant à la vapeur d'eau^ ' on autrement, unemoiteur telle, qu'il ne puisse, en séchant, se rétrécir à l'excès, mais contracte assez de flexibilité pour se replier sans

peine. Il lie doit pas adhérer aux nervures du dos, mais à une mince bande de carton qui les couvre sans y être collée, et forme un dos brisé (1). Cette bande aura en largeur Tépaisseur du livre ; on la reliera aux plats au moyen de papier Joseph. Il serait bon de la doubler d*avance, h Tintérieur, d*un papier fort et colié à Tétat humide ; on compenserait ainsi la traction que le parchemin doit exercer quand il sera sec sur le dos à rcxtéricur. On étalera ensuite sur la bande une couche de colle forte convenablement fluide; et, dirigé par la ligne de crayon, on placera le dos du volume au milieu du parchemin étendu; puis, on encollera successivement l'un etTautre plat, qu*on appliquera sur la peau. Alors, fermant le livre, on effacera avec la paume de la main les rides et les boursouflures produites par des bulles d'air, en môme temps qu'on étirera modérément

(1) 11 n>Bt pas ici question des dos bombés, qui se fsçonnent aroo une pièce de bois concave , opénUon qoî entraîne la forme en govtiière de la trancbe longitodiiii]» du livre. On ne donne cette forme en général qu*aux vo« lûmes rognés à la presse; ils n*en sont que plus lolidei*

la peau vers les bords. Cette opération achevée, CD mettra de la colle sur les bords intérieurs du carton, du côté delà gouttière, et Ton rabattra les portions excédantes du parchemin, qui s'y fixeront.

Tout aussitôt, après avoir au besoin remouillé la peau, on la repliera sur le verso des plats, du côté des haute et basse marges, et tout à la fois, à Tintérieur du dos brisé, mais là avec certaines précautions nécessitées par la disposition de cette partie du livre. La colle forte ne saurait s'étendre régulièrement à l'intérieur de la bande : le mieux serait peut-être de s'en passer. En même temps qu'on rabattra le parchemin sur les plats , bien encollés d'avance , on engagera entre le dos du livre et le dos brisé la portion de peau qui doit s'y loger, et qui , on le conçoit , ne peut dépasser la première nervure ; on la raccourcirait si elle était trop longue.

Dans ma première édition, je conseillais de pratiquer des entailles dans le parchemin, à l'endroit où le dos forme équerre avec les plats quand le volume est fermé ; aujourd'hui, je supprime ces entailles. On se donnera un peu

plus de peine, mais la reliure aura plus dW semble et de solidité.

On pourra, tandis que le parchemin est encore moite, former une sorte de bourrelet, destiné à protéger le dos brisé contre la poussière. Ce bourrelet, nommé coiffe, servait, dans les vieilles reliures en vélin, à recouvrir la trancha* file, à laquelle se rattache le signet; il élût formé quelquefois à Taide d*un bout de corde sur lequel on le moulait.

On s'occupera ensuite de façonner les coins.

On leur donnera plus de tournure et de régularité au moyen de quelques taillades dont It pratiqueindiqueraropportunité. Dureste, ponr compléter ces explications, je n*ai rien de mieox à faire que de renvoyer Tamateur à Tinspection d'un bouquin bien parcheminé. Le point eisentiel à observer dans toutes ces opérationi successives , c'est de conserver au parch^miB un état de moiteur, de souplesse convenable, et de le remanier jusqu'à ce qu'il adhère bia partout et recouvre le carton sans grimactf sur aucun point. On s'arrangera, bien entendn« pour l'appliquer de telle sorte que sa sorto Ja plus unie et la plus luisante , celle dite b

fleur ou côté du poil , soit exposée aux regards.

Pour terminer, on humectera les feuillets de garde contigus aux plats , de manière que le papier se dilate bien (1), et après en avoir imprégné de colle de pâte toute la surface, on les fera adhérer au carton ; ils cacheront ainsi H limite des replis du parchemin , et exerceront une tension intérieure qui contrebalancera celle du dehors.

Si Ton craignait que cette tension fût insuffisante, on pourrait, avant de coller les gardes,' appliquer sur le carton, à la colle forte, un carré du même parchemin (préalablement humecté) :' il en résulterait qu'au sortir de la presse, l'équilibre étant rétabli , la couverture ne grimacerait en aucune façon (2).

Le collage des gardes terminé, on laisse sé-

(1) Ces feuiUets seront un peu plus courts sur les troif gens que ceux du livre, sinon, yureffetclela dilatation, ilit dépasseraient le niveau des tranches.

(2} Je crois que les anciens relieurs ne collaient les gardes que plus tard, quand le parchemin et les plats étaient bien secs; c'est peut-être la méthode la plus oonvenable. Le parfait collage des gardes est une opévmlion difficile dans les reliures soignées.

presse, soit entre deux uis de bois serr poids de dix à douze kilograuiiues londeinuin , si lu température est favo retirera son volume bien sec, bien api sez bien tourné, on attendant une rel savante. Kn tôte du dos brisé ou iii titre (sur un fond de teinte carminée tient ii le mieux faire ressortir) ; au ajoutera la date do Tédition.

On voit des bouquins parcliemin^ ce sont, en réalité, des brochures de temps. En ce cas , le carton est ivt ainsi que lu couverture, dont les plis s( nés, je le sup|)ose, sans le secours d dite. Le tout est rattaché au corps par des cordonnets de parchemin, qu nervures mêmes. La garde seule est

de ce genre de reliure provisoire : il leur suffira de les examiner quelque temps pour les comprendre; mais en imiter le solide n^^Ii^^ n'est pas chose facile.

Il existe aussi des reliures desXVI^etXYII* siècles, formées d'un parchemin très épais, tantôt lisse comme la porcelaine, tantôt rugueux comme la peau de truie , qui peut-être en est la base. Cette sorte de cuir corné unit la souplesse à la solidité , et Ton se demande comment on parvenait à maîtriser à ce point une matière si rebelle. Ces reliures, particulièrement exécutées en Hollande, sont celles de toutes qui ont le mieux résisté au temps et à Tusure. Ma reliure provisoire est bien mes- <j[uine, comparée à un tel modèle, dont les échantillons sont aujourd'hui recherchés ; néanmoins, elle pourra braver encore des siècles, surtout si Ton y ajoute un étui ; et, comme les mai^s auront été rognées régulièrement et le moins possible, il sera toujours temps plus tard de porter le volume au Bauzonnet de Tépoqîie, qui, s'il y a vraiment assez d'étoffe, pourra le remanier et en faire un bijou de bibliothèque.

On a plus d'une fois essayé dé réIiiplaëMf dans la reliure, les peaux et le carton; on i substitué au cuir et au parchemin la toite; tî soie et le velours; au carton^ le bois, nvôtre; la corne, etc. J'ai souvenance d'avoir vu, vers 1825, des livres revêtus, cuirassés, si Toi préfère, sur le dos et sur les plats, de léoUles

de ferblanc, moirées à l'aide d'un a6ide,'j^ifis peintes et vernies, le tout ajusté, je cfoiâ^t au moyen de fils de fer on de laiton. Cette' îfi^ gracieuse quincaillerie , qui promeUail ani livres une sorte d'immortalité (matérielle), o'a

pas obtenu le moindre succès, vu qu^elle leur donnait la tournure vulgaire d'une boite ft serrer dés allumettes.

De nos jours on couvre les paroissiens de luxe et les livres de mariage d'épaisses plaques d'ivoire sculptées en relief, du moins d'un côté ; les bibliophiles se garderaient bien de placer ces rugueuses carapaces côte à côte avec leurs précieux maroquins, dont elles écorcheraient les surfaces , où l'or pétille en capricieuses arabesques.

Peut-être un jour tirera-t-on parti pour If reliure du caoutchouc ou du gutta-percbii

d^^ matières sujettes à se ramollir et à se défoj^mer sous Tinfluence d'une chaleur peu in- }fns^. Il est à espérer qu'un industriel parviendra à les incorporer à une composition qui en retiendra les qualités précieuses : la souplesse et la résistance au frottement.

Je signalerai, p. 277, quelques ouvrages sur ja reliure bons à consulter. J'y renvoie le lec- U^r, et je termine cet essai en renouvelant le souhait (déjà exprimé dans ma préface) qu'un .praticien plus éclairé que moi, qu'un savant complet, et non pas un tiers de savant comme je le suis, entreprenne, sur le sujet que je viens de traiter tant bien que mal , un travail bien supérieur au mien, surtout sous le rapport im* portant des questions chimiques.

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