L*ART DE RESTAURER LES ESTAMPES
DÉD0UBU6E ET BEDRBSSiGS DES ESTAMPES.
Quand une estampe est en parfait état sous tous les rapports, on n'a qu*à la conserver sous cadre ou en portefeuille, comme je Tindiquerai au chapitre XII. Je suppose , dans tout le cours de ce traité, une estampe qui a tous les défauts possibles, et je la fais passer successivement par telle ou telle opération capable de
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ramener à figurer sans trop de désavantage à côté des estampes naturellement bien conservées. C'est donc poui^ prendre les choses dès Torigine que j ai rédigé d'abord le présent chapitre.
,Déidoii;bbige. -^BQB^conp d'estampes, celles surtout composées de plusieurs feuilles, telles que les vieux plans de villes, se rencontrent ordinairement doublées, c'est-à-dire renforcées d'une feuille de papier ou de toile ; quelquefois même elles sont triplées (1). Quand ce renfort a été mal appliqué, et c'est un cas fort commun , il faut d'abord procéder au dédoublage^ soit pour le supprimer, soit pour le rétablir plus habilement. On commencera par plonger l'estampe danânn-bain.d'eàn froide, la chaleur.
(1) Beaucoup d'anciens dessins sans inscriptions sont rëi^fbités de 'plusieurs feuiUes superposées, forimuit un véritable carton. Quanc) on désire vivement connaître le sujet qu'ils représentent, on peut, si leur nature ne Vy oppose pas, recourir au dédoublage. On trouve quel- (juefois au verso du dessin Tindication du stget , une date ou un nom d'artiste. On a reconnu par ce moyen plus d*tiii aédien portrait d'édifice détruit ou deperson-
sauf en certains cas que je signalerai, ne con* tnbuant en rien au succès. Ce bain, dont TeiTet est très innocent, doit avoir .une durée de 12 à S4 heures, plus ou moins, suivant la ténacité ou Tépaisseur de la couche de colle qui a servi au doublage. Au bout de cet espace de temps, si le dédoublage était difficile à pratiquer, la nature des papiers ou celle de la colle serait, comme je le démontrerai. Tunique cause de cette difficulté.
. Bassines. — > Les vases les plus commodes pour cette opération sont des bassines en forme de quadrilatère oblong avec des rebords hauts de quelques centimètres. On peut en avoir de plusieurs grandeurs; ce point est une affaire d'emplacement. La dimension moyenne et la plus usuelle comporte 73 centimètres de long sur 56 de large. Il est peu de feuilles d'ancien format qui dépassent cette dimension, ou bien elles se composent de plusieurs morceaux.
Les bassines les plus généralement employées sont de zinc ou de cuivre étamé, matières très convenables tant qu'il s'agit de leur faire contenir de l'eau pure ; mais il est souvent
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nécessaire de mêler à Teau un acide ou d'antres agents chimiques qui attaquent ces métaux, surtout si i*on fait chauffer le liquide. Le platine satisferait à toutes les conditions, mais son prix est infiniment trop élevé. Je conseillerai donc aux amateurs de se procurer, en vue de certaines occasions qui seront signalées, ane bassine de porcelaine non vernie. On en trouve aujourd'hui de toutes faites dans le commerce, à Tusage des photographes.
Pour vider commodément, sans être obligé de la déplacer, une grande bassine non munie d'un robinet, on peut se servir d'un siphon de verre assez court qu'on remplit, pour Yamorcer^ du liquide même de la bassine, en Ty posant à plat. Ce tube de verre, en forme d'U à jambages inégaux, une fois amorcé , on bouche avec le pouce Torifice du jambage le plus long; puis on relève le siphon, on applique l'ouverture de la branche la plus courte au fond du liquide, et l'on maintient l'autre en dehors de la bassine, dont un des côtés doit affleurer le bord de la table qui la porte. Dès qu'on ôte le doigt de l'ouverture bouchée, l'eau aspirée s'écoule dans un récipient quelconque placé au-dessous.
On devra aussi se procurer quatre supports de bois reliés par des traverses ; on y posera d'aplomb la bassine quand il y aura nécessité, comme il arrive souvent, de tenir chaud le liquide qu'on y a versé. En ce cas on place sous le fond de la bassine un réchaud contenant des charbons allumés. Avec quelques briques superposées on obtiendrait au besoin une disposition analogue.
Bien des vases , au reste , peuvent recevoir les estampes de petite dimension. J'ai souvent fait usage de plats oblongs et aussi de cylindres de verre nommés flûtes. L'un des bouts de ces gros tubes est ouvert ; l'autre est un fond arrondi en forme de calotte. On le maintient debout en engageant le fond bombé dans du sable que contient une caisse.
J'ai aussi, en certaines occasions, employé, pour les grandes pièces , ces pots de terre hauts et cylindriques qui servent à mettre une ou deux voies d'eau (1). Dans ces sortes de va-
(1) Quand il s'agit de dédoubler ou de désunir d'immenses estampes , composées d'un grand nombre de feuilles , telles que les anciennes cartes géographiques,
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ses on roule Testampe avant de l'y plonger , ce qui n*a aucun inconvénient : Testampe se dé^ roule d'elle-même , et Teau tarde peu à s'infil* trer à travers les intervalles des circonvolutions. Mais on conçoit que, dans le cas où le liquide devrait . tenir en dissolution quelques substances chimiques assez chères, cette forme de vase entraînerait à un excès de dépense.
Une bassine où la gravure est posée ùiplat exige bien moins de liquide , puisqu'on peut à volonté en diminuer ou en hausser le niveau.
Quand on a laissé tremper pendant vingts quatre heures une estampe doublée, on remar^ que que Teau a pris une couleur )aune , assez foncée quelquefois pour ressembler k une dissolution de réglisse noire : c'est la teinte enfumée du papier qui a été entraînée en grande partie. Il faut retirer la gravure avec beaucoup de soiii, crainte de déchirures. Si le papier est solide^ on Tenlève soit à plat, soit roulée, ^ns la moindre difficulté ; on la dépose et on Té* tend sur une table, après l'avoir égouttéa.; la
on les met tremper dans un tonneau y dans une baignoire, etc.
table ou la planche qui la reçoit doit être bien nette et bien unie.
^ On étendra Testampe , en certains cas que j*indiquerai^ sur un marbre de commode, une ^aoe polie oi^i une toile cirée.
Le cété gravé ou recto (i) doit toucher la table, de sorte qu*on ait sous les yeux le papier qui adhère au verso. Voici le motif de ce procédé: en règle génénile , lorsqu'on dédouble on pq^ieiÇv môme à sec, c*est toujours celui de dessus qui est le plus susceptible de se lacérer ; celui de dessoqs, s^'il est- solidement maintenu pendant le dédoublage , risque à peine quel* ques écorchures.
Quand les papiers juxtaposés sont tous deux assez forts et formés d'une pâte bien encollée (absorbant difficilement une goutte d*eau), IV pération marche toute seule ; il suffit de soulever par un coin le papier supérieur ; la colle détrempée reste déposée, à partage à peu près égal , sur les deux surfaces qui adhéraient. Il
(1) J^emploierai toujours le mot recto pour désigner Vmdroit de Testampe , et le mot verso quand il 8*agira de Vmoers ou o6té blanc.
1i Dl^DOtintAOK RT nieDURMAOR
faut néanmoln» agir toujoum lantamant : car, «l la gravura était trour^a ou Incéri^a an aertaina endroit*, un dédoublage trop prompt élargirait laa troua ou prolongerait le» déahlrurea.
Bl ta faulUe qui doubla une aatampa tirée aur papier encollé était au contraire formée d*une péte abaorbante , elle ne ae détacherait paa toujoura d*una aaule pièce ; il faudrait, Teatampe étant bien maintenue, Tenlever par lambeaux, ou même la réduira an une aorte de bouillie pour obtenir le dédoublage (1).
Pour cette opération comme pour beaucoup d^autrea, je neconnaia qu*un bon outil, le aeul, pour ainNi dire, IndiNpanaable à Tamateur:
c*eat une de ce» lame» flexlblea , amincie» et arrondie» à Taxtrémlté, dont lea peintre» font
(1) Unn grAvuro tiréo Ktir paplor non mmWé unio k un papior qui Vê%i nu eunimlrA l)oiiu«oup Kflmaoa tou- Jouri ; lo dédoubUgo ait dlftiûlU «t exlgo baauecup de paUanoa. Dam la oai , hourouN«m«nt fort rftra , où Toa aurait à N4p»rer doux OHiampoK (Ulo0ii4§i , égalomaat pr4oieuNOi, on dovrAli Agir Untomeni ei prondra toutai Ion préoftuilon»! poimlblaM pour quo ni Tuna ni Tautre na fat parduo. On Ioh lalKiAralt trompor dani da Teau malntanua ottauda ai légi^ramont loidulAn.
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uife pour ramasser leurs couleurs sur la pa* lelle, el les vitriers pour appliquer le mastic* Quand ou s'est habitué à la manier, ou s'en sert pour décoller, couper le papier, relever et aplanir les plis, etc.
Quand le papier qui doublait Testampe est enlevé sur toute la surface, on entraîne au moyen de la lame la mqeure partie de la coUe qui .est adhérente au verso, et, si Testampe se compose de plusieurs morceaux , on les isole en glissant avec précaution Fextrémité de la lame entre les deux parties qui se touchent ; mais cette dernière opération serait inutile si on voulait doubler de nouveau Testampe.
La raison de la difficulté du dédoublage peut tenir quelquefois à la composition même de la colle employée, par exemple quand elle contient de Talun ; mais le plus souvent elle provient de la nature du papier. Supposons une gravure tirée sur un papier mince et non encollé ; admettons que précédemment elle a été lavée au moyen d'un liquide dangereux par un réparateur ignorant ; enfin qu'elle a été contreœllèe sur un papier qui réunit les mêmes désavantages, de sorte que la colle aura pénétré
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assez profoûdément dans l'épaisseur des deux feuilles superposées; ajoutons, si Ton veut, des trous , des lacérations , des plis très com^ pliqués en tous sens : voilà le cas le plus critique où se puisse trouver une estampe au «ortir de la bassine. Si Ton avait plongé dans Teau, sans précautions préalables, un pareil assemblage, on courrait grand risque de ne plus étaler sur la table qu'une masse informe, tournant en bouillie à chaque mouvement de la main, et presque aussi difficile à manier que les anciens pofiri d'Herculanum , ces rouleaux de mince écoroe réduits en paquets de cendre.
J'ai deux ou trois fois été aux prises avec un pareil embarras ; le vif désir de conserver l'estampe m'a seul inspiré le moyen de triompher. Ce n'est qu'après l'avoir laissée sécher à moitié, et à force de patience et d'adresse, que j'ai pu réussir miraculeusement à la sauver ; mais , au lieu de détailler les moyeps de sortir d'un si mauvais pas, j'indiquerai plutôt celui de le prévenir.
Au lieu de tremper l'estampe , on étendra à sec le recto sur un marbre, ou sur une toile cirée, bien à plat, autant que les plis le per-
DES ESTAXFU. IS
mettront ; pois sar la feûUe àfmhhotê eoUée au verso on passera doucement une éponge fine légèrement humectée , de manière qne le pa« pier contrecoUé seul absorbe l^ean; an bontde quelques minutes on Tenlèvera par parcelles, en raclant, au moyen de la lame, arec beancoup de précaution, de penr d*écordier le bmd de Testampe ; k rapproche dVne lacération on d*nn trou, on redoublera de soins.
J*ai souYont employé ce moyen poor dédoubler ou décartonner les dessins à la f/nuttlke on au pastel, qui ne peuvent être hanectés an recto. Mais ce procédé est extrêmement long quand la surface est large ; j*en vais signaler un pins expéditif. Il consiste à laisser tremper Testampe pendant douze ou vingt-qnatre heures avec les précautions suivantes : soit qn*on la mette à plat dans une bassine on qnVm la plonge roulée dans un vase cylindrique, on applique le recto, avant le mouillage, sar une forte toile ou sur un papier épais et bien encollé. Cette toile ou cette feuille auxiliaire doit outrepasser les bords de Testampe, car cette partie excédante servira à la retirer de Fean sans inconvénients. On étale le tout k plat sur
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une table, et, après en avoir 6té l'excès dliumidité avec un linge ou du papier buvard, on détache avec légèreté, au moyen de la lame, le papier qui double, le seul qu'on ait sous les yeux. ■ ,
Il est rare , lorsqu'on a affaire à une estampe de grande dimension , qu'on n'en écorche pas un peu çà et là le verso , ce qui forme des éclaircies quelquefois si minces que l'encre d'impression semble n'avoir plus de papier pour appui. Ces éclaircies occasionneraient au recto des points disparates et désagréables dans le cas où l'estampe ne serait pas de nouveau doublée. On verra plus tard les procédés à suivre pour renforcer les éclaircies; mais le mieux est de tâcher d'éviter qu'il ne s'en forme.
Quand après un long et pénible travail le papier de l'estampe a été réduit à l'état simple, on enlève de la superficie du verso le gros de la colle au moyen de la lame ; opération qu'il faut renouveler une ou deux fois: car, une couche de colle détachée, une autre semble sortir des pores du papier. Pour enlever le tout complètement, le moyen le plus prompt , c'est de plonger l'estampe (bien entendu avec un papier
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de soutien) dans de Teau maintenue bouillante, qui entraînera toute la partie visqueuse de la colle, nommée gluten.
On gagnerait du temps à jeter de suite une estampe doublée dans Teau bouillante. Pour moi, je préfère Teau froide, qui réussit le plus souvent. L'excès de chaleur humide dispose certains papiers très fins et non encollés & se réduire en bouillie au sortir de la bassine.
On conçoit que, si on a le dessein de doubler Testampe, il est inutile d*ôter toute la colle, puisqu'il faudra en ajouter une nouvelle couche : on se borne en ce cas & racler les parties saillantes que pourrait former Tancienne.
Quand on veut conserver & Tétat simple l'estampe dédoublée , on en écrase les plis avec le plat de la lame ; on remanie à plusieurs reprises le papier, l'étirant comme font les tapissiers pour tendre un tapis ; on remouille au besoin à l'éponge humide ; enfin, s'il n'y a ni écorchure, ni trous, ni éclaircies, on met en presse comme je vais l'indiquer.
Bedressage^ ou Mise en presse, — L'estampe étant encore à l'état de moiteur, on en applique le verso sur une table (je parle dans la suppo-
i8 DÉI)0UBLA(;K KT nBURESSA(;K
sition où toute la colle aurait été enlevée) (4); puis on étend sur le recto , qu'on a sous les yeux, vingt ou vingt-cinq feuilles de papier buvard d'une dimension assez grande pour déborder l'estampe. Par dessus on pose à plat soit un carton épais et bien sec, soit une tft* blette de bois bien unie qu'on surcharge de cinq poids, un au milieu et un à chaque coin: Ces poids doivent peser environ deux kilos chacun ; on peut les remplacer par des cubes de marbre, par des flacons de verre contenant du plomb de chasse, etc. J'ai redressé plus de quatre cents estampes de cette manière. Peur accélérer le séchage, je renouvelais quelquefois le papier buvard au bout de quelques heures.
Repassage» — Ce procédé est applicd[>le surtout aux pièces de petite dimension, poum que l'épaisseur du papier soit bien homogène et qu'elles ne conservent au verso aucune trace
(1 ) S'il restait au vei so quelques parcelles de coU^» lestampe , lorsqu'elle serait sèche, adhérerait au bois sur certains points. On peut retendre sur un marbre; mais la dessiccation sera plus lente, puisque le marbre ii*ab8orbe aucune portion d'humidité.
DES ESTANPIilS. 19
de colle. Dans ces conditions, on peut repasser au fer chaud. Il faut, pou^ éviter un degré ûé chaleur qui roussirait Testampe, essayer le fer sur an papier sec et bien Tessuyer. On he l'ap^ pËque qu'au verso, et cette simple opération suffit pour enlever les rides. Si les plis sont très prononcés et rebelles^ on les humecte lé* gèrement, en les exposant à la vapeur d'eau avant d^ appuyer le fer. Si Ton juge à propbs de repasser au recto, il e^t important d'intérposor entre le fer et Testampe un papier Joseph^ sinon la gravure risquerait de contracter une sorte de poli assez disgracieux.
Lorsque ces deux systèmes de redressage ne suffisent pas, on a recours à un troisième plus parfiùt, mais qui n'est pas toujours applicable. Quand l'estampe a une grande marge, on l'hti-' mecte, et on la colle, par les bords seulement, sur un fond de carton. À mesure qu^elie sèche, les moindres plis s'effacent, et elle se tend comme la peau d'un tambour. Si le papier était trop fin, ou d'une pâte peu tenace, il faudrait s'abstenir, car il risquerait dé se déchirei* en séchant, retenu par cette énergique tension. Quand la marge manque à l'estampe, on colle
SO DÊDOUBLAGB, KTC, DK8 ESTAMPES.
tout aulour (au verso) des bandes, dont une portion y restera adhérente losqu*ou Taura détachée du carton. Pour les détails de cette opération, je renvoie au cbap. VIII, où il est traité du doublage des estampes à fond imdu.
Les procédés indiqués dans ce chapitre sont infaillibles quand on les exécute bien. Je recommande aux amateurs de ne point se dépiter dans le cas où, encore peu exercés, ils n'auraient pu obtenir du premier coup des résultats satisfaisants. En attendant une veine de patience, je dirai plus, un moment dlnspiration, ils devront resserrer Testampe telle quelle , sans négliger surtout de bien s'assurer de la présence de tous les morceaux qui la composent. L*eau de lavage peut quelquefois détacher et entraîner des fragments d*Un grand intérêt ; en certains cas, on fera bien, avant de la jeter, de la passer à travers un taoûf de toile métallique.
Du simple bain à Teau froide de vingt-quatre suffit le plus souvent pour édaircir une vieille estampe , de sorte que celle que Ton a ■MMÙUée, dans le but d'en opérer le dédoublage, acquière en même ten un degré de blanchi- WÊ/Oki convenable: mais si, après deux ou trois jours de mouillure, elle parait encore d'une Innte trop foncée et nuisible aux effets du burin, on peut, pour la blanchir davantage, avoir recours aux siriistances chimiques qui ont la jMPopriété de désenfumer les estampes les (dus
ii UKANCinMICNT
l)iNlrOoH, pourvu quo cotte iainto ait pour origiuu, commu il urrivo ordinairomont, rnction (lo riiydrogônu sulfurd qui »o roncontro dam Tair. Cos liquides Hont ; \q deutoopyde d'hydro-' (ivne ou mu oj^ygénée^ lo gazo chlore dissout dans Toau , nulln les composés de chlore et de hasoHalcaliuoH. Jo pourrais ajouter Taction du soleil sur le papier mouillé, procédé mis en usage pour le blanchioient des toiles, et qui réussirait également sur le papier; mais il est Tort lent : j'en reparlerai dans une autre occasion. (Voyez ch^p. IV, Tachent dhuile.)
D&utoiXiyde d'hydro<j<\m. — C'est un liquide dont la préparation est tr()s compliquée ot la conservation difiloile. M» Thénard, qui Ta découvert, en parle au long dans le second volume de son Cours de chimie. On ne le trouve jamais tout préparé chez les plus fameux fabri* oants do produits chimiques, vu son altération rapide, do sorte que le prix pour une petite quantité reviendrait fort cher. J*en aurais cependant fait Tessai, si je n^étais convaincu que ce liquide peut être remplacé, pour le but que nous nous proposons, par des substances moini coûteuses et plus faciles à conserver.
Gaz chlore dissout dans leau. — Les propriétés du chlore en dissolution sont aujourd'hui très connues. On verra ù Tarticle bécoloriage de quelle manière il agit sur les couleurs végétales et autres. Un célèbre collectionneur (M. Hennin) se sert depuis quarante ans du chlore liquide pour blanchir ses estampes. Or, comme elles sont dans un parfait état de conservation, son système doit faire autorité. Le fait*est que le chlore blanchit au degré qu'on veut les estampes, sans altérer le moins du monde Tencre d'impression, même à l'état de concentration, même au bout de vingt^quatre heures.
Je n'oserais en conseiller l'usage à l'état gazeux qu'avec beaucoup de réserve, car on lit à ce sujet dans le Cours de chimie du professeur Dumas (tome IV, p. 44), à propos de la fabrication du papier : « Le^ chiffons fins « doivent être blanchis au chlorure de chaux « liquide, et non au chlore gazeux : ils sont « bien moins altérés et donnent un papier plus <c nerveux et moins cassant. Il faut laver les « papiers avec attention, car le chlore qu'ils « retiennent se convertit bientôt en acide
u chlornydrique^ qui détruit peu à peu la fibre « du papier. »
Il faut user avec la même circonspection de la dissolution concentrée de chlore (1). Quand on l'emploie mêlée à dix ou douze fois son volume d'eau, il ne peut y avoir aucun danger, surtout si on trempe ensuite Testampe pendant douze heures dansTeali pure. Le chlore étendu d*eau dans ces proportions décompose assez rapidement à froid la teinte foncée des estampes, à moins que cette teinte ne provienne d*ane substance huileuse ou de certaines couleurs à base métallique.
La préparation, chez soi, du chlore liquide, est très facile, mais fort désagréable, à cause de son odeur pénétrante, qui prend à la gorge, altère les papiers de tenture et dépolit plu* sieurs métaux Le mieux est de se le procurer tout fait, à raison de SO cent, environ le litre, chez les marchands de produits chimiques. On
(1) Une dissolution (ou solution) est concanCrée quand Teau qui dissout un gaz, un sel, ou une matière quelconque, en est saturée , c'est-à-dire n*en peut plus distendre aucune parcelle. v
DBS EST AIDEES. f 3
doit le conserver dans un flacon à boncbon de Terre qui ferme hermétiquement^ et coller sur le flacon une feuille d'étain, car le chlore liquide se décompose rapidement par le contact de la lumière, même très faible.
Quand on verse le chlore dans la bassine, il faut opérer près d'une cheminée allumée ou en plein air. On peut couvrir la bassine d'une plaque de zinc pour retarder Tévaporation du gaz; ou encore indter l'opération usitée pour le blanchiment des toiles : jeter dans le bain quelques morceaux de craie (carbonate de chaux), qui absorberont la vapeur libre du chlore ; ou enfin, ce qui revient à peu près au même , et supprime toute complication, on emploiera le liquide suivant.
Chlorure de chaux. — Les Anglais blanchissent depuis longtemps leurs toiles au chlorure de chaux liquide. On blanchit chez nous, par le même procédé, des papiers dont on n'a pas toujours lieu de se féliciter, sans doute parce qu'il y a abus. Le chlorure de chaux s'achète en poudre fine et sèche ; quand il est en masse pâteuse, c'est qu'il a absorbé l'humidité de l'air. Du reste, le prix en est peu élevé ;
avec un demi-kilogramme on a de quoi éclairdr bien des gravures.
Voioi la manière de l'employer : on jette environ cinquante grammes de cette poudre dans une bouteille remplie d'eau aux deux tiers; on agite fortement, et, quand le liquide est éclairci et l'excédant de la matière déposé au fond du vase, on eu verse dans Teau pure que contient la bassine, ayant soin de s'arrêter quand la dissolution commence à se troubler.
On délaie le résidu dans une nouvelle quantité d'eau, qu'on réserve pour une autre occasion. On recommencera ce délayage jusqu'à ce que le chlorure ait perdu toute sa puissance (i). Les premières eaux chargées de chlorure sont naturellement les plus concentrées : aussi les faut-il mêler à quinze ou vingt fois leur volume d'eau pure dans la bassine. Il vaut mieux risquer d'être obligé d'en ajouter que d'en mettre un
(1) Une dissolution de chlorure de chaux doit nécessairement s'altérer à la lougue si le vase qui la contient est mal bouché ; eUe attire à elle les miasmes de Tair, et perd , en les décomposant , une partie de sa force.
DBS ESTAKPBS. Vi
exoàs ; obserfation qui s'applique à toutes les antres substances chimiques do&t j'iadiquerai r^npbi.
L'eau tenant en dissolution cette quantité de chlorure n*altère nuUement, même après un asses long séjour, le noir d'impression; mais, sekm Topinion d'un habile préparateur de chimie, trop concentrée, elle prédisposerait le papier à devenir cassant. Il iaut surveiller de près Topération, et retirer Testampe dès qu'on la trouve suffisamment édaircie.
On se méfiera donc du chlorure, ainsi que du chlore, comme d'un ennemi perfide , et on Tonifiera k l'état le plus bible possible, mais assez fort pour obtenir l'effet désiré. Je ne saurais trop recommander de ne jamais l'employer à chaud: car, à cet état, mélangé même de beaucoup d'eau, il attaquerait le tissu du papier et la partie grasse du noir dlmpression.
Cependant il est des cas, que je citerai à l'article Déeobriage^ où il faut le fme agir à l'état assez concentré; mais en même temps j'indiquerai les moyens de prévenir ses ravages ultérieurs, supposé que le fait soit positif. On doit absolument, si l'on ne préfère essayer l'eau
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oxygénée, recourir au chlorure de efatux pour les estampes enfumées au point d'être preeqie indéchiffrables. En tout cas, on se conteotera de les édaircir, et non de les rendre Manches comme la porcelaine ; puis on leur fera perdre dans un bain légèrement acidulé le chlore qu*elles pourraient retenir, et qui plus tard se convertirait en acide chlorhydrique.
Par bain acidulé, eau acidulée, je veux dire une portion d acide chlorhydrique (dit autrefois muriatique , puis hydro-chlorique) mêlée à S5 ou 80 fois son volume d'eau. On pourrait ici me faire une objection. Je prétends préve^ air la formation d*une substance par Vemploi de cette substance elle-même. Voici rexplioa^ tien : si Ton trempe un papier imprégné de chlorure de chaux dans une dissolution très faible diacide chlorhydrique, tout le chlore qui était uni à la chaux se dégage, et la chaux libre, en contact avec Tacide, se combine avec lui pour former un sel soluble dans l'eau. Ainsi Ton n*a plus à redouter la formation ultérieure de Tacide en question, dont le séjour attaque^ rait le tissu du papier, puisque Tun des deux principes qui le constituent , le chlore « a corn-
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pléiement dispara. Toutes les estampes qae j'ai ainsi traitées , il y a plus de dix ans, sont dans nn bon état de conservation. J'atais eu soin, au reste, de les retremper pendant quelques heures dans l'eau pure au sortir du bain addulé.
Pour annuler les restes du chlorure de chaux dont Testampe a été imprégnée, on réussit , je crois, également par Tusage du vinaigre, acide faible par lui-même, mais capable de décomposer ce chlorure, c'est-à-dire de mettre le chlore en liberté, et de s'unir à la chaux pour formm* avec elle un sel calcaire.
Un préparateur de produits chimiques m'a conseillé Fammoniaque étendue d'eau comme moyen de prévenir la formation ultérieure de Tacide chlorhydrique dont parle M. Dumas.
Sans aucun doute l'ammoniaque (alcali volatil) annule l'eiïet de tout acide ; mais, puisque celui-ci ne se forme que plus tard , je ne comprrads pas l'action de l'alcali , à moins de sup^ poser qu'il reste, comme le chlore, dans le tissu du papier, et ne s'évapore pas. L'emploi de l'eau acidulée me semble plus immédiatement efficace ; elle ne combat pas un dommage, mais elle le prévient.
Eau de Javelle. — Nommée chimiquement chlorure (on hypochloritey de potasse (i\ cette eftu se vend à bas prix chez tous les marchands de couleurs. La potasse qu'elle contient, outre le chlore, doit avoir une certaine action sur le noir d'impression : c'est ce qui a lieu, en effet, même quand Teau de Javelle est étendue de six à huit fois son volutne d'eau .
J'ai à pll^sieurs reprises fait une expérience assez intéressante sur les trois liquides chloreux destinés au blanchiment. Je les employais à un degré approximativement égal de concentration, et laissais tremper dans chacun d'eux, pendant douze heures, des fragments de lithographies et de gravures anciennes ou modernes, sur bois ou sur cuivre.
Voici le résultat : dans le chlore liquide et le chlorure de chaux, nulle altération du noir; papier très blanc, mais peut-être portant en lui un germe de destruction qu'un bain acidulé
(1) La teinte rosée qui U colore quelquefois est , dit- OD, due à un sel de manganèse. L*eau de Javelle incolore n*en est que plus pure. Le même nom désigne , je crois, dans le commerce, le chlorure de sovde^
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peut prévenir. Quant à l*effet de Teau de Javelle, il était déplorable. Les fragments de Viei^ les estampes sur bois ou sur cuivre , au burin ou k Feau-forte, étaient très altérés. Le noir était devenu grisâtre, terne, sans cohérence; entraîné par le liquide , il maculait les intervalles des tailles. J*ai vu un jour un feuillet de livre (impression de 1561) réduit à unetra<^ à peine visible; une belle épreuve dlsraêl Silvestrea subi le môme sort.
Quant aux fragments de lithographie et dlih^ prlmerie modernes, ils sont sortis de Teau de Javelle avec le noir aussi brillant qu'avant Tim* mersion. Ce résultat fait Téloge de Tencre de nos graveurs et de nos imprimeurs (1); les fabricants de papiers mécaniques me semblent seuls avoir fait des progrès désespérants.
La teinte grisâtre que Teàu de Javelle com-
(1) Cette eDcre est un composé d*huile de lio cuite et de résine, sorte de vernis dans lequel on délaie un sixième de son poids de noir de fumée. J'ignore la composition précise de lancienne encre d'impression. Abraham Bosse, dans son Traité de la gravure^ cite le noir de lie de vin et Thuile de noix comme éléments de son encre à graver.
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munique au noir d'impression se ravive peutêtre un peu dans de Teau légèrement imprégnée d'acide chlorhydrique; le noir que le chlorure de chaux a terni y recouvre à llnstant même son éclat primitif. C'est qu'ici il n'y a aucune altération de Tencre ; elle est voilée simplement par un dépôt calcaire blanchâtrct que Tar oide décompose à l'instant.
Conséquence naturelle de cette expérience :
je n'emploie jamais Teau de Javelle, mais le chlorure de chaux, sauf en certains cas de décoloriage dont il sera question en leur lieu.
Le chlorure de chaux liquide (je ne saurais trop le répéter) ne devra jamais s'employer, surtout à l'état concentréf autrement qu'à froid, sinon l'on risquerait de communiquer au papier de l'estampe un germe de destruction plus ou moins prochaine. Si l'estampe, malgré son immersion prolongée dans ce liquide, conservait encore des places jaunâtres , ce seraient des taches d'une autre nature que la teinte générale. (Voyez l'article Taches^ ci-après.)
Blanchimentpartiel. — Souvent une estampe n'exige qu'un blanchiment partiel. Dans celles composées de deux morceaux, c'est quelquefois
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le milieu qui a jauni , peot-étre parce qa*on les aTait réunis avec de la colle de graine de lin , usitée an XVII* siècle ; le pins sonvent c'est nn des coins, on nn des côtés, qni, débordant un livre on nn carton, a reçn Hmpression de Pair.
Pour éviter de blanchir tonte la surface, on peut s*arranger pour ne tremper dans la bassine que la portion enfumée. Si Fenfnmage n'avait atteint qn\me place fort restreinte et rapprochée du centre de l'estampe , on ferait agir le chlore sur cette sorte de tache isolée par Vnn des procédés indiqués plus loin (page 48).
Après un blanchiment partiel par le chlore on le chlorure de chaux, il faut toujours, bien entendu, retremper cette partie de l'estampe dans de l'eau acidulée, puis la laisser plusieurs heures dans l'eau pure, afin de prévenir ou an moins d'atténuer l'effet des substances employées.
On se trouve quelquefois dans la nécessité de raccorder les endroits trop éclaircis avec la teinte jaune générale. On se sert, pour atteindre ce but, de réglisse noire ou d'une couleur bistre quelconque en dissolution plus ou moins
84 nUNOIlIMBNT tlKH ËgTAMPR».
concentrée, tnôlée en certaini cas d'un peu d'encre commune. On raccorde au pinceau, ou avec une éponge irempôo dans la dissolution, ou autrement, en ayant soin de ne pas dépasser la limite de la place à raccorderi
On pourrait peut>étre rétablir la teinte en exposant la portion trop blanchie de Testampe à la vapeur (formée d'une maniijre factice) do rhydrogène sulfuré; mais les exhalaisons de ce gax sont si désagréables et si dangereuses que je n'ose en conseiller l'emploi dans une chambre, à moins qu'il n'y ait une chi^minéo bien chauffée et d'un tirage parfait.
COmSKATIMS tflÉlALBS SUl LULÈVEIEIT
IffiS TAGISS.
Ayant d'aborder les moyens de faire disparaître on d'atténuer les taches qui déshonorent un limre ou une précieuse estampe, je dois dire qnli convient en certains cas, fort rares au reste, de les consenrer. Par exemple, si je possédais une missive adressée à Charles IX pendant la nuit de la Saint-Barthélémy et imprégnée de traces de doigts sanglants, je me garderais bien d'enlever ces traces qui, leur authenticité supposée bien établie, décupleraient le prix de
Tautographe. Si le conservateur de la bibliothèque Saint-Laurent, à Florence, faisait effacer sur le manuscrit de Longus la flaque d'encre de Paul-Louis Courier, il commettrait presque un acte de vandalisme, parce que cette tache est une célébrité littéraire.
Choisissons des exemples plus vulgaires. On trouve souvent sur une estampe, sur un bouquin, une signature ou une inscription quelconque qui peut être un autographe bon à conserver. J'ai rarement effacé ces signatures ou ces notes d'anciens possesseurs inconnus ; je trouvais je ne sais quel plaisir à respecter ces souvenirs du passé.
C'est ainsi que divers objets de curiosité offrent certaines défectuosités, qui complètent, à mon avis , l'intérêt qu'ils inspirent : telle est une statuette de la Vierge (d'argent ou dHvoire) dont le visage et les mains ont été à demi effacés par le contact répété de lèvres pieuses. Faire restaurer ces parties frustes, c'est dépoétiser un débris du moyen âge. J'aime mieux lui laisser ces cicatrices de la ferveur, ce cachet de l'antique piété du cloître. Un livre d'heures sur vélin du XV* siècle, usé, sali par la prière.
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a, selon moi, acquis ane jMUtn^ yénérable. Ici ene tache de dre jaune ; là une tète de saint maculée par Tempreinte étoilée d*une larme dé- YOte : ne sont-ce pas là des taches à respecter? Au contraire, un pâté d^encre, une souillure huileuse, attestent uniquement la négligence, et doivent être enlevés.
Peu de temps après la publication du présent onwage (1846), je reçus la visite d'un fort adroit réparateur de vieux livres , celle de M. A. Farrenc. Il mlnvita à venir voir en son atelier, rue Taitbout, une Dance macabre in-4*, imprimée sur papier, à Paris, vers la fin du XY* siècle, livre rarissime, cpi'il était en train de restaurer pour M. Techener.
Les portions déjà nettoyées et rétablies, comparées à celles encore en mauvais état, excitèrent mon admiration. Les nombreuses piqûres de vers, les déchirures du papier, etc., avaient disparu grâce à une application de pâte de papier, si bien raccordée, si bien fondue dans la masse, c[u'à peine pouvait-on , en transparent, saisir quelques traces de soudure. Les lettres et les tailles sur bois, qu'avaient emportées les lacunes, avaient été refaites sur un fond non-
veau avec une grande habileté. Quant aux poiv tiens tout encrassées ( c'est-à-dire à peu prto toute la surface de chaque page)^ elles avaient complètement cédé à je ne sais quel procédé de grattage ou de décomposition chimique. Eu un mot, M. Farrenc avait mis en jeu tous ses secrets de réparation pour rendre à ce précieux livre son premier lustre (1).
Eh bien I aujourd'hui, je Tavoue, si je pos* sédais cet exemplaire dans Tétat délabré où je Tai vu, je voudrais le laisser tel quel et me borner aux réparations indispensables à la solidité d'une nouvelle reliure. Ses défectuosités et son encrassement étaient dus , c'est fort probable, à un fréquent et pieux feuilletage du livre, à une persévérance monacale dans la prière, que notre siècle ne connaît plus. Son aspect hideux et décrépit serait à mes yeux un cachet en harmonie avec le contenu d'un pareil livre, qui, à chaque page, nous rappelle notre né<mt.
Tous les amateurs, sans aucun doute,' ne seront pas de mon avis à cet égard ; quelques-
(1) Secrets dont le présent ouvrage , je Tespère, révélera au moins une partie.
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uns, peat-étre, me déclareront panrenii à on moaslmeiix d^ré de cynisme en lah de bibliophilie. Dn reste, je ¥ais tenter de leor fournir les moyens de rendre an moins une partie de loir firaichenr primitive aux bouquins et aux Tintes estampes maltraités par le temps ou par 1 Incurie de leurs anciens possesseurs.
Quand une estampe est souillée de taches on d'un inepte coloris, surtout aux endroits les plus intéressants, on ne peut se décider k la mettre en portefeuille sans avoir tenté de £ure disparaître on tout au moins d*affaiblir ces teintes étrangères qui la déparent. C'est là, je Tavone, la partie de cet opuscule la plus difficile à traiter, celle aussi qui laissera le plus à désirer. Mes simples notions de chimie ne pourront suffire à tous les cas, et, un jour, un homme de Tart, très exercé dans l'analyse et la décomposition des corps, pourra refaire avec avantage cette portion de mon livre. Je signalerai néanmoins un assez grand nombre de ré* sultats satisfaisants, que des expériences répétées avec soin sur des fragments d'épreuves tirées sur papier non encollé (circonstance la plus défavorable) m'ont fait obtenir.
La première difficulté consiste à ne pouvoir aisément reconnaître sur-le-champ la nature des taohes. Telle tache jaune qui a résisté au lavage et au blanchiment peut être formée par un corps gras ou un oxyde métallique quelconque ; il faut donc avoir recours aux hypothèses , aux tâtonnements. Dans cette obligation où Ton se trouve de faire des essais, il serait important de savoir quelle substance chimique doit être employée en premier lieu, afip que, si la tache persiste, cette vaine tentative du moins ne s'oppose pas à celle subséquente d*un autre agent.
Il m'est impossible d'établir à cet égard des règles bien positives, sauf certains cas qui seront mentionnés à leur place. J'essaye indifféremment l'action d'un acide avant celle d'un alcali, et vice versa. Seulement j'ai soin, avant de préluder à une nouvelle expérience, de tremper assez longtemps dans l'eau froide on chaude l'endroit qui a subi l'action du liquide, afin d'en effacer les traces et d'en annuler l'effet rétroactif.
Quand une estampe a exigé pour s'éclaircûr le secours du chlore ou de liquides dont il for-
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me la bise, od oonçmt que ces sobstimoes ont fm cnlefer, en même temps que la teinte enfamée, pins d>rae tadie snr laquelle dles avaient de Faction. On verra, quand je traiterai en décail de diacnne de ces taches, quelles sont celles qui oèdent k leur emploi.
Ma série d'expériences a surtout eu pour objet les tMhes les plus communes. Quant à celles qne je ne signalerais pas , par oubli , on powra, par analogie, trouver les moyens de les faire diqnraltre, en demandant, ainsi que je Tai fait, des conseils aux meilleurs livres de ddmie modernes.
La première tentative à faire sur une tache dont on ignore Forigine, c^est de tremper pendant quelques heures Testampe dans l'eau froide; puis, sans la retirer de la bassine, on frotte soit avec le doigt, soit avec une éponge ou un blaireau, àTendroit de la souillure. D arrive qndqnefois, surtout quand le papier est formé d'une pftte bien encollée et bien lisse , que la tadie, cédant à ce simple firôlement , ^isse et diqnralt. Quand la tache est épaisse et empâtée, die est au moins très atténuée « si elle ne
s'efface tout à fait. C'est donc, en tout eas, un« première opération indispensable. Mais il faut agir ayec beaucoup de légèreté, de peur d'ex* corier la superficie de la gravure.
On donne de Ténergie à ce systèma de déia^ chage , qu'on peut appeler par mtrattmnêfit (car il n*y a là aucune action chimique), au moyen de matières onctueu3e8 , gluantes , ou agissant par frottement, telles que le savon en gelée, les colles, la mie de pain, la r&pure de bois, etc. J'indiquerai à chaque article spécial les taches qui cèdent à ces procédés détersifis. Quand l'estampe a résisté à cet essai prélimi^ naire, on a recours à diverses substances que je ferai connaître.
Enlèvement des taches sur un seul point, — Je vais indiquer les moyens les plus simples à employer, quand il s'agit d*attaquer une tache, sans être obligé, pour un seul point à nettoyer, de soumettre toute la surface de Testampe à Taction d*un liquide dont l'emploi * excessif augmenterait inutilement la dépense. D'ait* leurs, s'il devait en résulter une altéradolB ultérieure , il vaut mieux qu'une seule plade
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en coure la chance que Testampe tout entière (i).
Mes expériencee ont en général été foitea en petit ; anfsi je ménageais peu la matière. Je déposais dans nne fide de verre arrondie, nommée matroê, de petits échantillons d'épren- Te, opérant en plein liqBide à froid on àchand; reflet était prompt et n'offrait ancnne difficulté manipnlative . Mais, quand on procède en grand, les obstacles se présentent ; il faut s'exercer ft lesTaincre.
Une tache qui souille un des coins de Testampe n'offire aucun embarras ; on maintient cette partie d'une manière quelconque au fond d'une soucoupe ou d'une assiette, et Von verse le liquide froid ou chaud qui doit agir. Mais, si la tache est isolée au milieu d'une grande pièce, à quel expédient avoir recours pour l'at* taquer particulièrement?
(1) Il me ferait împoffible de (wérotr lee effeU éki" goéê des ageoU mU en actkm daof toutef cet opéra^ ticDi. Je oe poil prendre d'autre refponsabilîté qae eeQe des efCets pofiiifn et actoele. Mon amoar pour les arti et poor la comervation det monumenti grarés qui Booi en reftent me (ait un deroir de cette francbife.
Je me suis servi quelquefois d'un godet de porcelaine, tel qu'on en fabrique pour Taqua-r relie, ayant une pente inclinée de la circonférence au centre. La portion tachée de Testam^ pe s'appliquait, à l'état humide, sur ce fond concave, de manière à en prendre la forme ; puis j'assujettissais d'une façon convenable les portions du papier qui débordaient la porcelaine. Le liquide n'agissait ainsi qu'au centre où était le point à détacher.
Quand l'agent employé produit son effet sur-le-champ, on peut l'appliquer sur la tache au moyen d'un pinceau, d'un fragment d'éponge, d'uu tampon de coton, pu, en certains cas, d'une mèche d'amiante qui en est imbibée.
Voici un procédé plus parfait que ceux indiqués au supplément de la première édition. On fera percer dans un morceau de glace épais plusieurs trous cylindriques de divers diamètres et largement espacés. On posera à plat la glace sur l'estampe humide , étendue sur deux ou trois feuilles de papier buvard que supportera un fond bien uni. A l'endroit maculé correspondra une des ouvertures, celle dont le diamètre concordera le mieux avec la dimension de la