PRÉLIMINAIRES
Depuis le commencement de ce siècle, la chirurgie est entrée dans une voie nouvelle ; guérir la maladie en enlevant, lorsqu’il le faut, les parties malades, mais en respectant le plus possible les parties saines, et en laissant à l’opéré, autant que faire se peut, l’intégrité de ses organes et de leurs fonctions, tel est le problème que se pose chaque jour la chirurgie conservatrice.
L’amputation, par exemple, est une de ces opérations extrêmes qui enlèvent sans retour au malade une section plus ou moins considérable d’un membre dont les progrès, les merveilles même de la prothèse ne pourront jamais faire oublier la perte. Parmi les affections qui amènent le plus souvent la nécessité de l’amputation, les maladies articulaires tiennent le premier rang. La résection des articulations affectées peut-elle éviter au malade le douloureux sacrifice d’une partie ou de la totalité d’un de ses membres? C’est un espoir que de nombreux exemples ont fait passer aujourd’hui à l’état de certitude.
La résection du coude est quelquefois, mais trop rarement encore, pratiquée en France; celle de l’épaule a été faite plusieurs fois, mais celles du genou et de la hanche sont repoussées par presque tous les chirurgiens français. Cependant depuis dix ans, les publications scien-
(1) Voyez le rapport sur ce mémoire fait à l’Académie par M. Gosselin et l’importante discussion auquel il a donné lieu. ( Bulletin de l'Académie de médecine , 1861, t. XXVII, p. 53 et suiv.)
2 liE FORT. — DE LA RÉSECTION DE LA HANCHE
tifiques en Allemagne, en Amérique et surtout en Angleterre, nous apportaient le récit d’un grand nombre de succès , qui eurent à peine le mérite d’attirer l’attention, loin d’amener la conviction ; car, il faut bien le dire, nous nourrissons contre tout ce qui se fait ou se publie à l’étranger une prévention que rien ne justifie.
Frappé de l’importance et du grand nombre des observations publiées, nousavons voulu observer, de visu, si les résullatsobtenus étaient tels qu’on les annonçait. Cinq mois de séjour dans les hôpitaux de Londres nous ont permis de nous assurer que ce qu’on nous disait était la vérité. Nous avons assisté à plusieurs opérations de résection ; nous avons examiné, avec attention et sans parti pris, quelques malades opérés depuis plus ou moins de temps, et ce que nous avons vu nous a converti à l’opération.
Nous avons présenté, en 1859, à la Société de chirurgie un mémoire sur la résection du genou, renfermant l’histoire de plus de deux cents malades; celui-ci a traita la résection de l’articulation coxo-fémorale; mais, qu’on nous permette de le dire tout de suite, quoique partisan de la résection, nous ne la considérons pas comme un mode de traitement de la coxalgie, c’est une opération de nécessité applicable à des cas exceptionnels, lorsque les surfaces articulaires sont cariées, lorsque la vie du malade est en danger et que la constitution du sujet ne paraît pas pouvoir faire les frais d’une élimination spontanée des parties osseuses affectées.
Nous avons cherché à tirer de l’examen des faits observés quelques indications sur l’opportunité de l’opération dans les cas de plaies par armes à feu. Nous avons voulu surtout mettre entre les mains de tous les pièces d’un procès dont presque tous les documents sont publiés en langue étrangère (1). Heureux si nos faibles efforts peuvent contribuer aux progrès de la chirurgie conservatrice ; heureux surtout s’ils peuvent conserver à un malheureux un membre que l’amputation lui eût enlevé, à l’humanité et à la famille une existence qu’eussent compromis les progrès d’une maladie, regardée trop souvent encore comme au-dessus des ressources de l’art.
(1) Nous n’avons pu, en raison de leur longueur et de leur nombre, publier toutes les observations présentées à l’appui de ce mémoire, mais nous plaçons en lêle de ce travail un tableau qui donne le résumé très succinct des causes et des résultats des résections, leur date et les noms des opérateurs.
TABLEAU STATISTIQUE DES RÉSECTIONS DE LA HANCHE
NOM
DU CHIRURGIEN