‹ De la Restauration françaiseChapitre 112 sur 189 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

La France a manqné d'Aristocratie.

La noblesse ne repose que sur sa distinction. Elle doit mettre tous ses efforts à la maintenir réelle.

En France, la noblesse a détruit sa ligne de démarcation avec la bourgeoisie, en prenant ses mœurs ; et la bourgeoisie a détruit la sienne avec le peuple, en prenant ses instincts. Si cela s'appelle démocratiser, je le veux; mais, quant au fait, l'aristocratie s'est laissé souiller par le peuple, et la souillure, retombant sur lui, l'a mis dans l'état où nous le trouvons aujourd'hui.

Loin de préserver son esprit, l'aristocratie ellemême cherchait à contracter dans le fond de la bourgeoisie des mariages d'argent , précisément lorsque ses vices ont eu mangé le sien. Par là s'est introduit dans ses veines un sang qui n'avait point vu les champs de bataille.

Et loin de marcher à la distinction, la bourgeoisie, de son côté, reprenait les sentiments et les habitudes communes qui Caractérisent le peuple, c'est-à-dire la nature humaine non faite. C'est elle qui a découvert et mis en vogue tous ces moyens d'efféminer l'homme par les richesses nourrissantes, vêtissantes et meublantes.

Autrefois, dans les grandes maisons, on endurcissait les enfants, qui plus tard devenaient des hommes. Aujour-

d'hui, tels qu'on les élève en tous lieux, ils sont bons ou à manger le bien des pères , ou à voler. Qu'on dise non !

Ces nouvelles mœurs sont descendues comme une cascade sur le peuple. Il demande maintenant un bienêtre qu'il n'est pas dans la nature de donner.

Le peuple périt aujourd'hui parce qu'il manque d'aristocratie; parce qu'il ne puise plus, tout prés de lui, les vertus d'économie et de frugalité, et, un peu plus haut, les vertus d'honneur et de désintéressement, qu'il lui faut pour vivre et s'élever.

Les sens rendent tous les hommes égaux. Est-ce merveille si l'égahté est le grand besoin de l'époque!

Il faut qu'un peuple fournisse à la recomposition de son aristocratie. Si, en elle, il n'y a plus les hautes vertus, et, dans lui, les éléments avec lesquels elles se font, la nation tend à sa fin.

Je ne suis pas prophète pour me prononcer sur la France, mais je prédis qu'en cet état nous périssons. Il faut que , remontant le cours d'un siècle à la nage , sa bourgeoisie s'ennoblisse, et que sa noblesse se sanctifie.

Il ne s'agit plus de l'épée, le territoire est assis ; il ne s'agit plus de richesses, le capital est fondé. Ni l'épée ni la richesse ne suffiront à fonder la nouvelle aristocratie. Ce qui nous manque pour vivre, c'est la vertu.

Il n'y aura plus d'autre aristocratie que la Sainteté.

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