‹ De la Restauration françaiseChapitre 15 sur 189 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

L'esclavage TCiiait du niaoqne de Capital,

Savez-vous pourquoi le monde antique était dans l'esclavage ? c'est qu'il ne possédait pas assez de Capital. L'esclave n'était que ce qu'il pouvait être dans la pénurie 4e l'Antiquité. Il ne possédait pas ses bras, parce que la Société ne possédait pas le capital qui pouvait les dresser et les entretenir. Depuis, la Société l'a accumulé par l'épargne. La détresse de l'esclave n'était que celle de l'Antiquité.

Il fallait alors plusieurs esclaves pour entretenir un homme libre , et un certain nombre d'hommes hbres pour former une Société. Sachons ceci : s'il n'y avait pas eu des hommes libres de tout travail du corps, il n'y aurait pas eu de civilisation pour abolir plus tard les esclaves... Chose triste à comprendre pour celui qui ne voit pas le fond des choses, c'est au moyen de l'esclavage que les peuples de l'Antiquité échappèrent à l'état sauvage. La liberté, disait Rousseau, n'est donc possible qu'à la faveui' de l'esclavage !

L'état sauvage donne à peine un homme par lieue carrée; l'esclavage en donna jusqu'à cinq cents dans les grands empires. Sans l'esclavage, l'esclave n'eût pas existé. Mais sans l'esclave, point d'homme'Iibre; et sans l'homme libre, point de civilisation. L'humanité, par l'esclavage, a commencé son capital.

Le Sauvage ne possède pas sa vie, parce que la nature n'est pas capable de le nourrir; l'esclave n'avait pas sa

personne parce que la Société antique n'était pas capable de l'entretenir. Les forces de la nature une fois assujetties, et les approvisionnements recueillis pour entretenir bras et outils jusqu'au moment de la production, le capital fat fondé. Ce jour-là, l'homme commence.

Yoici le fait : avec le capital la même quantité de travail produit plus de richesses ; la part revenant à l'individu s'accroît d'autant. Le capital est le levier qui s'allonge ou se raccourcit dans la main du travail. Or, è mesure que le capital donne la fécondité à l'homme , le loisir, c'est-à-dire la substitution du travail intellectuel au travail physique, augmente de plus en plus pour lui. Toute science suppose un capital caché derrière elle. Enfin, au sein de la Société, il en est successivement de même des classes qui ont pour fonctions la sûreté, la justice, la moralité, l'instruction et les arts. Toute la Société est construite sur le capital.

L'homme commence avec le capital , se développe ou disparaît avec lui. C'est par le capital qu'U a successivement pris possession de lui-même. Si son travail amène de quoi entretenir ses bras, il les reprendra sur la nature. S'il lui fournit de quoi développer son âme, il la reprendra sur ses semblables. S'il lui fournit enfin de quoi devenir maître absolu de son travail et de sa personne, l'un et l'autre deviennent inviolables de fait. Le salaire fut le signal de cet exhaussement de la nature humaine. Par le capital l'Antiquité s^est brisée, l'homme s'en est échappé libre et vivant.

C'est le Capital qui rend possible le salaire, c'est-àdire la propriété du travail. C'est le Capital qui rend possibles l'éducation que commence à recevoir l'homme ;

la diffusion des lumières, dont profite son esprit ; l'ordre civil et politique, dans lesquels entre son droit. Que disje? c'est le capital qui rend l'homme possible ! et qui rendra possibles un jour les développements qu'il attend de la Société future.

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