‹ De la Restauration françaiseChapitre 177 sur 189 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Rôle du Protestantisme.

Je désire laisser une réflexion sur l'état religieux de l'Europe. Il faut se rendre compte du rôle des sectes dissidentes, rentrer dans la vue d'ensemble qui découvre le résultat final, afin d'apprécier la grande conduite de la Providence au sein des faits.

Le Protestantisme est la religion de la personnalité. Il peut commencer la nature humaine, il ne peut l'achever. L'homme ne forme sa personnalité que pour l'oftrir à Dieu parla sainteté.

De là, pour quelques yeux, le protestantisme semble avoir jusqu'à présent tiré meilleur parti de ses peuples que le Catholicisme. Il leur a fait ramasser les vertus les plus près de l'homme. Le catholicisme entreprend la nature humaine sur tous les points à la fois. Il l'a d'abord élevée cl*ensemble. Et la nature humaine, bien que rachetée et réparée pai" quatre mille ans de souffrance et d'esclavage, n'a su porter, de toutes parts, cette inondation de lumière et de vertus. '

Lors donc qu'en Europe la Foi commença à tomber, elle est restée à mi-corps ; c'est le Protestantisme.

Il se peut que les peuples protestants aient paru jusqu'à ce jour élever une civilisation solide : ils ne pourraient en monter le faîte sans écrouler. La doctrine née du moi ne saura désormais maintenir les classes ; la Société ne peut ajouter une seule pierre à son édifice.

Mais, si nous ne touchons point à la catastrophe finale, ne croyez point perdus les peuples protestants. Ce sont peut-être des peuples auxquels il n'a été d'abord offert quelamoitiédelatâche. Du premier jour, le christianisme triompha en plein dans le Bas-Empire. Cependant l'esprit humain n'y a pas tenu; il a voulu philosopher, il est rentré d'où il sortait.

Comprenez bien cette vieille nature humaine, qui ne sait de prime abord porter tous ses fruits à la fois. Là l'Islamisme est venu la reprendre en dessous, agir à la manière de l'antiquité ; et certes il a maintenu un peuple où la barbarie serait irrévocablement revenue '. Au déchu de l'Islamisme, peut-être verrez-vous ce peuple passer sous l'aurore chrétienne de quelque protestantisme, avant d'arriver au jour.

Dieu ne va pas plus vite que la nature humaine. La vérité ne peut avancer toute seule , il faut qu'elle amène la race avec elle. Il lui serait inutile de faire un pas sans le mérite. Songez que l'Antiquité a duré quatre mille ans ; que le monde moderne, depuis ses deux mille ans, n'a pas encore la moitié de la place ! Il faut conduire cette

* Les hommes n'en sont point excusés pour cela. Réfléchissez au contraire à cet état de la nature humaine, auquel Dieu est obligé de mesurer sa lumière et son action.

vieille race d'Adam par le chemin royal de la Responsabilité. Sachons apprécier les faits ; c'est sur les faits, en définitive, qu'aura roulé la Création.

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