‹ De la Restauration françaiseChapitre 32 sur 189 · OH · texte numérisé non relu

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Le christianisme n'a élevé le capital moderne qu'en inspirant la modération dans les jouissances. Vous rentrez dans les mœurs antiques, la population rentrera dans ses chiffres d'alors. . .

L'absence de toute sainteté a créé la cupidité chez les grands et la dépravation dans le peuple; le besoin de capital a créé son amplification par le crédit, le commerce et l'agiotage; et tous trois ont créé, au sein des peuples modernes, une misère comme jamais l'antiquité n'en a connu. Chez elle le capital reposait sur l'esclave, il ne pouvait le consommer. Quand le christianisme, abolissant l'esclave, confia le capital à l'homme libre, c'est qu'il lui donna la vertu, qui empêche de le consommer. Détruisez la vertu par sa racine, qui est la foi, il ne reste plus de barrière entre la barbarie et nous.

Depuis cent ans on n'a fait de progrès que dans le paupérisme. Qu'on marche ainsi pendant cent ans, l'humanité disparaîtra de l'Europe. La voie de formation des peuples, c'est la morale et l'agriculture, non la politique et le commerce. Dans ce règne de l'industrie, on fit des hommes le moyen, les choses sont devenues le but.

De là, ce fait qui n'avait jamais existé, le Paupérisme!

La statistique effrayée vint dire que partout où l'industrie s'étendait, la pauvreté augmentait. De cet unique problème les économistes auraient dû être frappés : Comment se fait-il que le paupérisme soit partout proportionné au développement de l'industrie? Quoi! la richesse s'accroît et la misère s'augmente ! Si l'activité s'est partout développée, le mal vient donc de la fausse direction qu'elle a prise? On s'en est enfin aperçu à ce fait : le paupérisme.

Le paupérisiue a produit des populations d'hommes qui sont aussi éloignés de l'humanité que pouvaient l'être les esclaves. Si l'industrie continuait, les hommes ne pourraient plus vivre, la population disparaîtrait. Sans cet arrêt infranchissable, l'ordre moral eût achevé de s'écrouler; les hommes retournaient au point où ils étaient avant le Déluge. Comme la douleur dans l'organe, le paupérisme est l'avertissement des nations.

Tout le monde était riche en France de choses qui n'existaient pas. Supposez quatre joueurs dont deux auraient gagné trois fois ce qu'ils posséderaient entre tous. On gagnait des fortunes sur le papier, mais la dépense se faisait sur le terrain. Chaque faillite dissolvait d'abord ses valeurs fictives, puis, atteignant les fournisseurs, emportait un lambeau au véritable capital.

C'est le crédit qui a ruiné ce dernier règne. Avec oO,000 francs on entamait au moins pour 600,000 francs d'affaires. Par le crédit, un capital de oO,000 avait donc le droit d'en exposer un de 550,000 ! La plus grave des fautes économiques est de remettre le capital aux mains de celui qui ne le créa pas : c'est en ignorer foncièrement le caractère et l'origine. Par le crédit, sous prétexte de s'enrichir, on met d'abord en jeu le capital saisissable; puis, créant des valeurs fictives où il commence à s'arrêter, on peut entraîner le reste.

Le crédit tombera par cette unique raison qu'il est une amplification du capital. Le Capital, substance de l'amélioration humaine, ne provient que de la vertu. Partout il a été placé comme véhicule du bien. Quoi ! l'homme trouverait un moyen d'échapper à la vertu? crovez la création mieux faite ! Quels gens sages désor-

mais se prêteraient au crédit? On a eu la naïveté de dire à la Tribune : « Tout le monde demande du crédit. » Or, tout le monde le refuse.

Hommes d'État, qu'est devenu le travail employé à un capital qui n'est plus ? Par le crédit, on peut dévorer la moitié d'une nation. S'il fallait aujourd'hui payer à chacun sa fortune, on ne trouverait que ce qu'il y a. Que deviennent les multitudes qui ont fondé leur pain sur ce sol? La France, autrefois, ne courait pas ces difficultés en révolutions, parce qu'elle n'avait pas autant de richesses fictives. Noble et aimée, elle vit tomber non loin d'elle les États qui s'en servaient...

Et cependant l'Église employa tant d'efforts pour empêcher la formation de ce Capital industriel ! Depuis les Conciles d'Elvire, d'Arles et de Nicée, en 300, 514 et 525, plus de dix-huit Conciles ont interdit de « prêter à intérêt. » En outre, les décrétales et encycliques de plus de quatorze Papes, depuis saint Léon jusqu'à Benoît XIV, ont anathématisé ceux qui veulent « tirer un intérêt de l'argent prêté. » A partir de saint Jérôme, leé Pères, jusqu'à saint Thomas et saint Bernard, prêchèrent qu'il était « illicite en soi de recevoir un prix pour l'usage de l'argent, » citant le Deutéronome, le Lévîlique, l'Exode, les Psaumes, les Prophètes et les saints Évangiles. Ce principe reçut son ajpplication en France pendant neuf siècles, depuis les Capitulaires de Gharlemagne jusqu'aux approches du règne de Louis XIV. L'Éghse, l'Écriture, les Pères, les Ordonnances de nos rois avaient, je pense, leur raison : leur raison morale, conséquemment politique et économique! Si, conformément au droit chn-tien, le capital en argent n'avait

rien rapporté, on aurait-on tant amassé? Ne l'eùt-on pas, à mesure, introduit dans la richesse foncière, pour laquelle l'Église n'a jamais interdit le louage? Puis, franchissant les hmites que la nature avait mises à l'or et à l'argent, eùt-on cherché, par le crédit et le papier, le moyen d'amplifier ce capital? enfin eùt-on mis sur le vide les populations modernes?

Pendant que l'Église s'efforçait de couper à sa source le capital de l'agiotage, n'encourageait-elle pas de tous côtés le capital agricole par ses propres exemples? Ses moines, ses chartreux, et la classe noble qui l'écoutait alors, ne montraient-ils pas l'usage qu'il fallait faire des avances de l'épargne en les ajoutant à mesure au sol? Quelle richesse foncière, que de terres aujourd'hui, si toutes les familles de France avaient suivi les commandements de l'Église ! Notre sagesse voulut faire mieux que la sagesse divine. Qu'elle détruise le paupérisme maintenant. .

Créer des fortunes factices et consommer réellement ne peut enrichir un État. Élever des populations sur un capital absent, c'est prendre la route de l'abîme. Depuis Colbert, la France a été fatalement dirigée.

Si tout notre mal vient de Tabus du commerce, cet abus vient de la cupidité ; et la cupidité, de l'immoralité.

Les grandes lois sont là. Une population ne se forme que par l'atterrissement delà richesse sous ses pieds. Elle s'augmente à mesure que ce territoire s'étend. Une nation n'est qu'une population qui a créé sou capital. L'état sauvage n'est que celui où le vice l'empêche de se former.

Malheur ;i la nation qui se laisse déposer sur une

richesse iictive ! Malheur à réhoulement du faux sol ! Le capital d'un peuple est comme le pont du navire sur lequel la foule se tient. Le luxe est le ver de cale qui perfore en dessous.

Par le gouffre des villes les nations s'écouleront. Tyr, Carthage et Sidon, les premières, ont enlevé des nations à l'antiquité !

La richesse n'est point pour elle, mais pour la vertu qu'elle suscite. Le secret de la créer autrement est le grand secret de la ruine. La terre n'a été faite avare que pour nous rendre prodigues de nos hras. C'est contre l'écorce du globe que l'homme vient gagner sa Uberté intérieure.

Si le but de l'homme était la fortune, qu'eût-il coûté à Dieu de lui donner une terre végétale double et aussi riche que son sang? Ce monde est pauvre. Serait-il ainsi au hasard? Pourquoi donc, en expérience, les faits vous semblent-ils sacrés ? observez le premier de tous, la pauvreté de ce monde !

La destinée de l'homme est d'obtenir, puis de mourir dans son désir aussitôt qu'il a obtenu. Car dès qu'il s'assied il se brise. Pas de milieu : nous sommes ici pour jouir, ou nous y sommes pour ce que le Christianisme a dit. En économique, la question ne se pose pas autrement.

Ceux qui l'ont décidée d'après le premier point de vue, vont voir où ils aboutiront. Ils vous ont dit que le conmierce et le luxe élevaient les nations. Et quand ils les renverseront, comment les hommes diront-ils?

Des nations sont bien tombées ! c'est-à-dire : des po-

PULATIONS ONT DISPARU d'uN SOL QUI LES AVAIT

fRopuiTEs! Quelle idée vous êtes-vous formée du fait?

Pensez-vous que ce soit parla conquête? La conquête ne mange pas les hommes ; elle soumet ceux qui ne peuvent plus manger.

Sachez-le, les peuples ne meurent que de faim.

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