‹ De la Restauration françaiseChapitre 43 sur 189 · CHAPITRE XLIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIl

Démonstration théologique qui sortira de cette Révolntion.

On compte toujours sur la nature humaine à priori. Voilà ce qui résulte de ne l'étudier que sur des livres fondés par l'homme. Il faut voir qu'à côté du bien, qui est à faire, il y a le mal, qui est tout fait. C'est trahir l'humanité que de la laisser telle livrer le duel sur un terrain social libre. Voilà six mille ans qu'elle ne s'élève qu'à force d'étais et par tous les préservatifs sociaux. Vouloir les lui ôter àla fois, c'est vouloir la faire écrouler.

Nous nous trompons étrangement, ou voici ce qui arrivera d'une semblable révolution. Les uns lui voient de prodigieuses conséquences politiques; d'autres, de vastes applications sociales. Je lui vois une conséquence théologique trés-simple : les faits vont se charger de prouver la Chute de l'homme.

Le reste pourra venir après.

Partout essai, partout mal. Ici la loi pure, là son anéantissement. L'homme dressé perpendiculairement à sa pensée sur le droit, renversement de sa nature sur les faits. On ne va pas longtemps ainsi. A côté du bien, il faudra reconnaître le mal dans la nature humaine. On sentira qu'il faut aider l'un et le protéger, contenir l'autre et le détruire. Alors on comprendra tout ce que c'est que la Société !... Alors seulement des esprits dans le vrai, des conséquences de haute portée, des applications économiques admirables, alors le progrès vers les suprêmes destinées.

Au point où en est la civilisation il faut la vérité intégrale. C'est surtout le complément qui est nécessaire, le principe est toujours posé. Celui qui nie la vérité fait moins de mal aujourd'hui que celui qui la proclame à moitié. Il y a assez de bon sens en France pour voir la première erreur, pas assez de philosophie pour apercevoir la seconde. Or, les partis et les écoles en sont là. Mais les faits agiront pour nous.

Cette révolution ne vient pas de tel ou tel événement, de telle ou telle publication , ni de l'état momentané des choses. Issue de trois siècles à la fois, elle naît du choc du xviif siècle contre la tête du nôtre. Voilà pourquoi on verra à la fois monter à sa surface tant de dogmes profonds et de conséquences absurdes. Les premiers sont l'arbre chrétien dont dix-huit siècles font épanouir la fleur; les secondes sont les lèvres païennes qui s'avancent pour la brouter.

Il reste un grand fait de toute révolution. Elle dévore d'un coup l'erreur qui l'a produite, et laisse aussitôt pas

ser l'idée retenue derrière elle. C'est l'histoire des hérésies et des Conciles ; c'est celle de la Révolution française.

Votre dernière révolution, comme je le dis, sera particulièrement une démonstration de la chute. On verra que le mal est dans la nature humaine. Il faudra bien se demander d'où il vient. Depuis cent ans, on pensait qu'il venait de la Société. Elle dépravait l'homme, né bon, elle mettait les fers à l'être partout né libre. Sur cette idée on détruira la Société au fur et à mesure, pour laisser reparaître l'homme : et on le trouvera pire ! C'est alors qu'on interrogera de nouveau le mystère delà liberté ; on verra quel est son germe, et comment elle doit être plantée pour croître. Il faut que les événements offrent table rase à l'erreur.

En reprenant la Société, les hommes vont reconstruire pierre à pierre le christianisme sans le savoir. A la place de chaque erreur, la nécessité nous obligera d'apporter un fait. Quand tous ces faits seront replacés, il va se trouver qu'on aura institué le christianisme même! Cette Révolution produira radicalement ce que tous les philosophes*, tous les législateurs et les doctrinaires des deux espèces n'auraient jamais amené :1e christianisme dans la vie publique. Nous touchons à une révolution dans les

1 Déjà, pour son peu de durée, cette révolution a produit de grands fruits. Ainsi que me récrivait un ami, il devient déjà moins difTiciie aux personnes qui ont la foi de vivre d'une manière chrétienne, La vie se montre moins sous Tapparence trompeuse du bonheur. Si, d'un côté, beaucoup de fortunes sont compromises^ d'im autre, beaucoup de personnes font provision de bonnes œuvres. Mais comme le vieux siècle incrédule est impuissant, même à mourir ! On se donnerait à un despote pour obtenir ce qu'on nomme la paix ! Si elle revenait perpétuer ce triste règne d'incrédulité, les hommes oublieraient bientôt ces maux, et la Ic^-on ne prolilerait pas à la France. Elle a besoin de savoir que la foi en Dieu cl In pratique des vertus soulienncnt spmIos \c mn.idn.

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