CHAPITRE XXXIV
De la sublime nature des choses.
En imaginations sociales toujours vous allez, et ne vous rattachez à aucun principe. En voici un que vous ne franchirez jamais ; les hommes, les sociétés, l'avenir sont déposés sur cette loi que vous ne dépasserez pas, à savoir :
La nature ne produit qu'en proportion de l'effort que lui adjoint le travail; elle ne peut élever l'homme qu'en proportion du capital que lui confie la Vertu. Sur vos wagons, vos institutions, constitutions et machines à crédit, où courrez-vous : le monde est calculé sur elle?
Si Dieu n'eût pas placé sous l'homme la loi de la nécessité, il serait encore à terre. Cette loi le lève de sa paresse et le fait courir à sa liberté. Que Dieu monte d'un point la fécondité de la nature, et, s'en rapportant à elle, l'homme peu à peu s'éteint : ainsi les peuples
* Le peuple aime l'extraordinaire ; comme en médecine, il écoutera de préférence les fous. Qu'un homme lui dise : Donne-moi GOO francs, et lu pars sur un \aisscau pour un pays où tu feras une société de frères ; le travail même y sera un plaisir, et du premier moment tout y sera supérieur à la civilisation : il partira pour TUarie. On aura beau le provenir que celui qui a parlé est au moins un homme qui se trompe, il n'y voudra pas réfléchir j car s'il y réfléchissait, il pourrait ne pas le croirç.
d'Orient. Qu'il baisse d'un point cette fécondité, et, découragé de l'entreprise, l'homme est bientôt refoulé : ainsi les peuplades des pôles.
Les continents, les saisons, les climats, les sols* dans la sublime ordonnance, ont été pondérés suivant l'homme. Si Dieu relevait d'un cran la loi de la nature, le genre humain immédiatement retomberait. Par toutes ces institutions, par ces gouvernements, c'est ce que les hommes croient obtenir.
D'abord, ils ne l'obtiendront pas. Les gouvernements ne s'échapperont point de la nature des choses. Puis, s'ils pouvaient y parvenir, l'espèce humaine, déplacée de son point, disparaîtrait. Dans les familles où le sentiment du bien-être dépasse de mâles vertus, les fils, gâtés, s'annulent et la branche s'éteint ; dans celles où le travail est insuffisant à se roidir contre une trop forte misère, l'homme s'épuise et s'abat. C'est par la même loi.
Adoucissez sa fermeté , l'homme s'amollit et tombe ; augmentez-la, il plie et se voit renversé.
Sublime nature des choses, les gouvernements ne pourront te changer! Tu as été fixée de la main du Créateur; ton degré est la mesure de la grandeur du genre humain.
On ne veut pas absolument se souvenir que le temps n'est que la préface de l'homme. Les richesses se consomment comme elles se produisent; le corps humain, but des efforts de la richesse, se dissout lui-même pour ne laisser que notre âme. Un jour cette terre, toute couverte des richesses de l'homme, disparaîtra ; il ne restera que l'effort qui les a produites. Qu'est-ce donc que l'effort? C'est l'homme.