‹ De la reunion en chirurgieChapitre 33 sur 96 · CICATRISATION · texte numérisé non relu

CICATRISATION

11 n'entre pas dans mon plan d'exposer l'anatomie des tendons; leurs altérations peuvent être facilement suivies en raison de leur position superficielle et de leur simplicité de composition. Je parle des gabies et des vaisseaux des tendons, parce qu'ils ont une véritable importance pratique et qu'ils offrent un lien intime avec les phénomènes physiologiques, pathologiques, dont il sera question bientôt.

1° Gabies des tendons. — Depuis Béclard, les anatoraistes ont attaché surtout le nom de gaines des tendons aux anneaux aponévrotiques et aux expansions membraniformes de nature fibreuse, qui maintiennent les tendons à leur place. Ils ont trop oublié qu'en réalité ce nom doit avoir une signification moins limitée. Les faits anatomiques et l'étude physiologique démontrent, en effet, que la composition de ces gaines est plus complexe qu'on ne pense, et qu'elles se composent, non-seulement d'une couche de tissu fibreux aponévrotique, mais encore d'une

JOBERT. a

M h DE LA RÉGÉNÉRATION DES TENDONS

seconde membrane ou enveloppe de nature différente qui, formant pour ainsi dire la première, constitue véritablement la gaine immédiate du tendon.

J'insisterai peu sur le premier feuillet qui semble avoir plus particulièrement fixé l'attention des anatomistes. On peut s'assurer que ce feuillet fibreux est le plus souvent une expansion de l'aponévrose, qui forme une enveloppe générale aux muscles des membres, laquelle, se moulanten quelque sorte sur le tendon, l'accompagne jusqu'à sa terminaison et sert à l'assujettir et le fixer à son point d'insertion.

Mais la seconde membrane dont se composent les gaines tendineuses, celle qui forme la doublure du feuillet aponévrotique dont il vient d'être parlé, est bien plus intéressante à étudier et mérite surtout d'une manière plus sérieuse, l'attention du chirurgien.

Tous les muscles, comme on le sait, sont entourés par une membrane cellulaire générale qui forme autour d'eux une sorte d'atmosphère. Or, de même que l'aponévrose générale du membre se prolonge des muscles sur les tendons, pour fournir le feuillet fibreux des gaines, de même c'est la membrane cellulaire générale qui, se prolongeant à son tour sur les cordons tendineux, les entoure et les sépare de leur gaine aponévrolique.

Cette gaine immédiate des tendons lire donc son origine de la gaine cellulaire des muscles.

Elle forme, tantôt une véritable membrane dartoïde, d'autres fois une sorte de bourse terminée en cul-de-sac, qui fournil un liquide lubrifiant à l'aide duquel s'opère le glissement libre et facile du tendon.

Dans quelques cas, on voit cette gaine cellulaire envoyer entre les faisceaux tendineux des expansions qui adhèrent

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si fortement à ces faisceaux, qu'elles semblent plutôt constituer une poche particulière et isolée, qu'être un prolongement de la gaîne du muscle.

L'anatomie nous a montré encore que partout où celte disposition existe et où l'on trouve une bourse muqueuse, il y a une adhérence intime entre le tendon et la gaîne cellulaire.

On peut enfin s'assurer, et dès à présent nous pouvons présenter ce fait comme une règle générale, que dans les mêmes circonstances on rencontre beaucoup de vaisseaux artériels, et que c'est sur ces points du système tendineux que s'observe la vascularisation la plus remarquable.

2# f aisseaux des tendons. — Il résulte de ce qui précède, que la vascularité des tendons est en rapport avec la manière dont leur gaîne immédiate est disposée.

Elle est d'ailleurs proportionnée à l'étendue du tendon, à son siège et à ses fonctions.

Les tendons reçoivent-ils des artères directement, ou bien ces vaisseaux ne parviennent-ils jusqu'à eux que par voie indirecte et après s'être répandus et ramiûés d'abord dans les parties environnantes? Arrivent-elles en traversant les gaines tendineuses ou par d'autres voies?

On peut établir en principe que les tendons ne reçoivent qu'indirectement des vaisseaux, et que le sang qui les nourrit leur parvient plus encore par les deux extrémités d'insertion musculaire et osseuse, que par l'intermédiaire des gaines.

Le tendon d'Achille, seul, m'a paru rece\oir directement des vaisseaux. J'ai vu deux branches artérielles du volume d'un fil de soie, s'y distribuer généralement par sa face postérieure; encore faut-il ajouter que, dans plusieurs cas, elles ne parvenaient jusqu'au tissu tendineux qu'après

avoir alimenté le tissu adipeux voisin. Enfin, j'ai presque constamment observé une branche qui se rend au tendon en question, d'une artère calcanéenne, et cette branche, de même que les précédentes, avant d'arriver au tendon, se ramifie dans le tissu adipeux.

L'examen anatomique démontre encore que la partie des tendons qui est en rapport avec les articulations, reçoit une quantité de vaisseaux beaucoup plus considérable que les parties éloignées des jointures. C'est ainsi que les tendons très-longs et grêles qui sont revêtus par une membrane lisse et lubrifiée par un liquide onctueux, ne reçoivent qu'un très-petit nombre de vaisseaux nourriciers : tel sont, par exemple, les tendons des longs fléchisseurs des doigts, et certains tendons fléchisseurs des pieds. Au contraire, les tendons qui sont entourés par une lame cellulaire, ceux qui sont largement épanouis et fixés autour d'une grande articulation, comme au genou, au coude, à la partie antérieure ou postérieure du cou-de-pied, reçoivent une remarquable quantité de vaisseaux.

En un mot, partout où se rencontrent une gaîne celluraire forte, des muscles puissants, des cordons tendineux considérables , là aussi se présente une vascularisalion notable.

On peut établir trois catégories dans le mode de distribution des vaisseaux aux tendons.

Voici, en peu de mots, les traits les plus remarquables que présente chacune des catégories.

Dans la première, qui se rapporte surtout aux tendons volumineux, à gaine épaisse, et se rattachant à un grand nombre de fibres musculaires, les vaisseaux arrivent au tissu du tendon par le périoste ou par le muscle d'où le tendon dérive. On observe, en effet, en étudiant la dis-

position des vaisseaux musculaires, que ceux-ci, par une distribution ascendante et descendante, tendent à gagner du centre aux deux extrémités terminales du muscle. Ce mode de distribution se peut suivre d'autant plus loin, que les fibres musculaires descendent davantage sur le tendon et que la gaîne de celui-ci est plus cellulaire, comme on le voit aux tendons du crural antérieur du triceps, des jumeaux et soléaires réunis. Dans ces cas, on voit distinctement les vaisseaux qui ont accompagné les fibres musculaires gagner la superficie du tendon, s'enfoncer ensuite dans sa profondeur et s'y ramifier sous forme de conduits très- fins et très-déliés.

Dans la seconde catégorie, qui comprend les tendons longs, aplatis, protégés par une expansion aponévrotique doublée d'un épanouissement cellulaire, on peut mieux constater le mode d'arrivée des vaisseaux qui parviennent au tendon par son insertion osseuse. Les artères articulaires sont celles qui, généralement, fournissent des ramuscules pour cette destination. Tantôt on voit ceux-ci parvenir directement et immédiatement aux tendons; d'autres fois, après s'être ramifiés dans le périoste, ils gagnent le point d'insertion des fibres tendineuses et là, lorsque l'injection a bien réussi sur le cadavre, on est frappé, en général, de l'abondante vascularisation de cette partie du cordon tendineux. Cette vascularisation est, du reste, en rapport avec celle de la membrane d'enveloppe des os. C'est chez les enfants et les jeunes sujets que cette disposition est surtout très-prononcée.

La troisième catégorie est formée par les vaisseaux qui se rendent aux tendons par l'intermédiaire de leurs gaînes d'enveloppe. Deux cas se présentent dans ce mode de distribution : lorsque la double gaine cellulo-fibreuse estserrée

et pour ainsi dire collée aux tendons, les vaisseaux qui s'y répandent parviennent promptement et directement à celui-ci, quoique par des réseaux extrêmement fins.

Lorsque, au contraire, le tendon glisse dans une gaine séreuse, lâche, les vaisseaux semblent se terminer dans cette même gaine, et l'on n'en peut suivre qu'un très-petit nombre jusqu'au tendon lui-même. C'est ainsi que l'on voit à peine quelques vaisseaux dans les longs fléchisseurs des doigts.

En résumé, ce que je viens de dire sur les vaisseaui des tendons peut être formulé dans les propositions suivantes : 1° La vascularisation des tendons est très- variable* 2° Elle est d'autant plus grande que le sujet est plus jeune.

3° Elle est plus grande aussi dans les tendons qui entou> rent les articulations larges et sont enveloppés d'une double membrane fibro-celiulaire, que dans ceux qui sont longs et revêtus d'un sac séreux ou d'une bourse muqueuse.

A0 Les vaisseaux arrivent aux tendons : V par le muscle ; 2° par le périoste ; 3° par les gaines proprement dites.

5° Les vaisseaux provenant du muscle sont plus considérables que ceux des autres origines.

Ajoutons que si l'on voit les Vaisseaux se répandre à la surface des tendons, et que si l'on peut s'assurer qu'ils pénètrent dans leur substance, ce n'est qu'avec la plus grande difficulté qu'on peut les suivre dans la profondeur de celleci, surtout lorsque les fibres tendineuses sont très-rapprochées entre elles, et là où le tendon éprouve un frottement considérable, la délicatesse des vaisseaux devient si excessive, qu'on est tenté de dire qu'il n'y en a pas de traces.

Je traiterai de la physiologie des tendons, comme j'ai fait de leur anatomie, en ne m'arrêtant qu'à des points qui offrent un intérêt pratique.

Les tendons sont-ils des parties uniquement destinées à la transmission des mouvements et à la fixation des muscles aux leviers osseux? Ne possèdent-ils pas, au contraire, une sensibilité et une action propres?

L'un des principaux caractères du tissu des tendons, caractère indispensable au rôle mécanique qu'ils ont à remplir entre les os et les muscles, c'est l'inexlensibilité et la force de cohésion, Ce caractère est si tranché, qu'on les voit, lorsqu'on leur fait subir un trop fort tiraillement, se rompre plutôt que de céder et de se laisser distendre.

Il ne faut pas oublier cependant qu'on peut voir les tendons éprouver un certain degré d'allongement lent, de même qu'ils subissent un raccourcissement; mais il est évident, dans ce cas, que le changement de longueur n'est pas dû à une propriété inhérente à la fibre tendineuse; c'est toujours un fait anormal, lié à un état pathologique oU à une modification dans le mode de nutrition.

Nutrition. -— Au point de vue de la nutrition, les tendons sont sous l'influence des mêmes lois que les autres organes vivants ; il est certain seulement que la nutrition et la vitalité n'y sont pas les mêmes à toutes les époques de la vie; ils sont cependant susceptibles de réparation, différant en cela essentiellement des cartilages articulaires qui, une fois divisés, ne se réunissent pas, et qui, une fois détruits, ne paraissent pas se reproduire.

Sensibilité. — On a longuement discuté, sans s'entendre, sur la sensibilité des tendons, et on les a tour à tour doués et privés de celte propriété vitale. Généralement, on les a comparés aux cartilages, à l'émail et aux divers produits

inorganisés que l'on trouve dans le corps humain ; comparaison mal fondée, car ces derniers ne sont que de simples dépôts, tandis que les tendons sont de vrais organes puisqu'ils renferment en eux tous les éléments de la nutrition.

Mais pour qu'un organe soit doué de sensibilité, il ne suffît pas qu'il possède la nutrition ; il faut qu'il reçoive des nerfs, élément indispensable de toute sensibilité. Or, comme nous le verrons bientôt, les tendons ne reçoivent pas de filets nerveux. Leur continuité avec les muscles avait pu faire croire à leur sensibilité, mais ces fausses apparences n'ont pas tenu devant les lumières apportées par les vivisections.

Haller, le premier, par une série d'expériences rigoureuses, a établi péremptoirement l'insensibilité des tendons : « J'ai pris, dit-il, des animaux, et après avoir mis i à nu la partie que je voulais examiner, j'ai attendu que

> l'animal cessant ses mouvements et ses plaintes, fût dans

> un état de tranquillité. Alors, j'ai irrité celte partie avec

> le souffle, la chaleur, l'esprit-de-vin, le scalpel, la pierre » infernale, l'huile de vitriol, le beurre d'antimoine. J'ai » examiné alternativement si en touchant, en coupant, en » brûlant, en lacérant cette partie, l'animal perdait sa tran-

> q milité, s'agitait, retirait la partie blessée, s'il venait » quelque convulsion, ou si rien de tout cela n'avait lieu. » Quel qu'ait été l'événement de ces différente essais, je l'ai » rapporté exactement sur mes mémoires. Que m'importe,

> en effet, que la nature décide d'une façon ou d'une autre! » Et n'y aurait-il pas de la folie à hasarder la réputation 9 d'observateur fidèle et éclairé, pour un fait imaginaire » dont l'expérience la plus simple prouverait le faux à un i autre anatomiste qui voudrait la réitérer? »

Voici, maintenant, les résultats observés par le grand

physiologiste de Berne, dont je tiens à citer encore textuellement les paroles, persuadé qu'elles doivent convaincre les hommes encore enclins aujourd'hui à professer ce doute qu'ils appellent à tort philosophique, puisqu'il résiste à l'évidence d'une démonstration matérielle.

« L'animal, dit Haller, dont on brûlait,, lacérait, piquait » le tendon, restait tranquille sans donner la moindre » marque de douleur, et, quand on le lâchait, pourvu que i le tendon ne fût pas absolument coupé, il marchait avec » facilité et sans peine. J'ai vu un chien à qui l'on avait percé i dans le milieu les deux tendons d'Achille, marcher à deux » pieds, et un chevreau à qui j'avais coupé les mêmes lenj dons à demi, se promener librement. Je gardai un autre

> chien qui n'avait d'entier que le tendon soléaire seul et » dont ceux des muscles gastro-cnémiens, après leur section,

> s'étaient retirés et formaient des nœuds, je ne remarquai » aucun symptôme extraordinaire ; aussi les plaies des ten- » dons sont celles qui se guérissent avec le plus de facilité,

> sans aucun secours et sans aucun accident, de sorte qu'il » n'y a rien d'étonnant dans l'observation de M. delà Faye » qui a vu le tendon du biceps coupé sans que le mouve- » ment du bras en fût altéré.

» On ne peut pas, ajoutait Haller, blâmer S. Vesling et » quelques autres d'avoir hardiment recommandé la suture » du tendon, et M. Bienaire de l'avoir hasardée après en

> avoir fait l'essai sur un chien. M. Zimmermann n'a » trouvé aucun sentiment dans l'aponévrose de l'abdomen » en la touchant avec de l'huile de vitriol. »

Ainsi, les expériences de Haller venaient directement à rencontre des opinions professées par la Faye, par Heister, par Garengeot, et pour ramener à la vérité, ce n'était pas trop d'une autorité semblable, à une époque où il était

admis, non-seulement que les tendons étalent sensibles et, par conséquent, douloureux lorsqu'ils étaient intéressés, mais encore que leur lésion était grave et dangereuse. Haller avait cherché dans l'anatomie elle-même les raisons des différences capitales qu'il observait entre la vive sensibilité des muscles et la complète insensibilité du tendon. Il les trouvait présentement dans l'abondance des filets nerveux au sein du tissu musculaire, et dans l'absence de ces filets dans le tissu du tendon. Je n'insisterai pas sur la démonstration de ce fait anatomique qui ne peut pas être sérieusement contesté. Je dirai seulement, qu'en admettant que les tendons ne sont point pénétrés par des nerfs, je me suis assuré qu'on en trouve à leur surface. 11 m'a semblé même, en examinant quelques-uns de ces faisceaux aponévrotiques qui servent à former les gaines, que des filets nerveux s'y engageaient avant leur terminaison. Or, ce fait permettrait d'expliquer jusqu'à un certain point cette impression douloureuse que les malades accusent au moment de la rétraction des deux bouts d'un tendon coupé par la ténotomie. Il me parait établi que les tendons sont insensibles; toutefois, il est des hommes de l'art qui ont déclaré avoir découvert de la sensibilité morbide dans des tendons sur lesquels on n'avait jamais démontré l'existence de cette propriété.

L'illustre investigateur, secrétaire perpétuel de l'Académie, M. Flourens, a, par des vivisections intéressantes, cru avoir prouvé que les tendons peuvent devenir sensibles.

Je me suis rendu, le 30 octobre 1861, au laboratoire du Jardin des plantes pour assister à des expériences de M. Flourens, exécutées par M. le docteur Philippeau et destinées à démontrer que si les tendons ne sont pas sensibles à l'état sain, ils le deviennent à l'état morbide. Deux

cochons d'Inde et un chien ont servi à ces expériences.

Sur le premier cochon d'Inde M. Philippeau a mis le tendon d'Achille a nu, et après l'avoir isolé de sa gaîne et soulevé à l'aide d'une sonde, il a pu le serrer entre les mors d'une pince sans que l'animal manifestât la moindre douleur*

Sur le second cochon d'Inde les deux tendons d'Achille avaient été mis à nu depuis plusieurs jours, et se trouvaient sous l'influence d'un travail inflammatoire. Malgré cela ils ont pu être serrés entre les mors d'une pince sans que l'animal manifestât aucune douleur.

Enfin, on a apporté un petit chien sur lequel le tendon d'Achille a été mis à nu il y a cinq jours* Il existe au niveau de l'endroit où l'opération a été pratiquée, une plaie longue de 3 à à centimètres, recouverte de bourgeons charnus, volumineux, au milieu desquels le tendon se trouve caché.

A peine touche-t-on ces parties que l'animal pousse des cris aigus et s'agite violemment. Il en est de même lorsque M. Philippeau veut soulever le tendon et passer au-dessous une sonde, ou lorsqu'il le serre en comprenant entre les mors de la pince le tendon et les bourgeons charnus qui le recouvrent. La section du tendon lui-même ne donne lieu à aucune douleur.

Cette expérience prouve que ce n'est pas le tendon qui devient sensible, mais bien la gaine enflammée.

Le 7 novembre 1861, je pratique sur un chien de moyenne taille, une incision sur la partie postérieure du côté gauche du tendon d'Achille. L'incision ne comprend du premier coup que l'épaisseur de la peau et est accompagnée, comme à l'ordinaire, d'une très-vive douleur qui arrache des cris à l'animal. Les couches sous-jacentes sont

coupées successivement et avec une grande précaution jusqu'au tendon d'Achille. Pendant ce temps, l'animal ne manifeste que les signes d'une douleur assez faible, douleur qui augmente très-sensiblement au moment où je pince les lèvres de la gaine pour l'isoler du tendon. Cet isolement terminé, je puis pincer, lacérer, couper le tendon, sans que l'animal manifeste en aucune façon en avoir conscience. Si, au contraire, je saisis la gaine entre les mors de la pince, ou que je la tiraille en divers sens, l'animal pousse des cris. Il en est de même si après avoir isolé la gaine, je la lie fortement autour du tendon.

La même expérience faite sur un cochon d'Inde ma donné les mêmes résultats.

La dissection pouvait faire prévoir tous les phénomènes observés dans ces vivisections.

Sur le chien on observe autour de la gaîne du tendon d'Achille, de nombreux filets nerveux qui proviennent des nerfs saphéne externe et tibial postérieur. Le nerf saphène interne s'épuise dans les téguments de la partie antérieure du membre. Le saphène externe longe l'interstice des deux jumeaux, et arrivé au niveau de la partie supérieure du tendon d'Achille, se divise. Une branche considérable se porte entre les muscles de la région profonde et lo tendon d'Achille, et se jette tout entière dans le nerf tibial postérieur qui longe le bord interne du tendon. Une autre branche beaucoup moins volumineuse se sépare immédiatement en de nombreux filets qui se répandent, sans s'y épuiser, dans la gaîne qu'ils abandonnent plus bas pour gagner ensuite les téguments du pied. Le nerf tibial postérieur fournit à la demi-circonférence interne de la gaine des filets aussi nombreux et qui se comportent de la même manière que les précédents. Un de ces filets se dirige en avant du

tendon d'Achille vers l'articulation astragalo-calcanéenne et vers le paquet adipeux qui sépare l'astragale de l'extrémité inférieure du tendon, ainsi que vers la petite bourse synoviale qui s'observe au-dessus du point d'insertion du tendon au calcanéum ; aucun filet nerveux ne se rend au tendon lui-même.

M. Périer, aide d'anatomie, a bien voulu m'aider dans ces dissections.

Les dissections faites sur de jeunes enfants m'ont permis de constater les mêmes dispositions anatomiques que chez les animaux. Le nerf tibial postérieur envoie aussi des filets nerveux à la gaine ainsi que le nerf saphène externe. Chez l'homme, la gaîne du tendon d'Achille est aussi riche en filets nerveux que celle du chien et du cabiai, et le tendon ne reçoit aucun filet.

Il y a plus d'un siècle que l'on regardait les tissus blancs, et en particulier les tendons, comme très-sensibles, et en 1731, Garengeot dans son Traité des opérations, a exposé son opinion sur la sensibilité des tendons, qui est tellement vive, suivant lui, qu'elle peut produire la mort lorsqu'ils sont blessés. Il regarde les plaies des tendons comme funestes. Il parle des moyens qu'employaient, à son époque, les bons chirurgiens pour prévenir la mort en pratiquant la section complète des tendons pour faire cesser les douleurs : le calme se rétablissait après cette opération, parce que toute sensibilité avait cessé d'exister.

Mais lorsque le tendon est déchiré, coupé à moitié, ou piqué, on voit, dit-il, survenir au malade des douleurs trèsviolentes, une fièvre continue, le délire, des convulsions, et d'autres accidents très-fâcheux.

Plus tard l'opinion changea, et ce qui avait été démontré comme une vérité fut bientôt regardé comme une erreur.

Le grand Haller se mit à l'œuvre, et prouva d'une manière incontestable, par des vivisections très-bien faites, que les tendons et les aponévroses étaient insensibles.

Tous les observateurs qui depuis lors se sont occupés de ce sujet, ont reconnu la vérité de ce que Haller avait avancé.

Cependant des observateurs dignes de foi ont pensé que les tendons étaient sensibles pendant leurs maladies, et c'est précisément là ce qui établit la différence entre leur manière de voir et la mienne. Je ne pense pas, en effet, qu'une partie insensible dans l'état sain, puisse devenir sensible lorsqu'elle devient malade. L'élément qui donne la sensibilité et qui n'existe pas dans l'état sain, n'a pas pu, suivant moi, se développer de toutes pièces sous l'influence de la maladie.

D'ailleurs j'ai fait depuis quinze ans des expériences qui ne me paraissent laisser rien à désirer ; et toutes les expériences de Haller que j'ai répétées n'ont jamais révélé la moindre sensibilité des tendons.

Ce n'est donc que dans des exceptions et lorsque l'on a tiraillé une gaine enflammée, ou que le travail inflammatoire a irrité les nerfs environnants, que le phénomène dont il s'agit a été produit.

Béclard admet que les tendons enflammés peuvent devenir sensibles.

La dure-mère est sensible par ce qu'elle reçoit des nerfs de la cinquième paire.

Avant de terminer cet aperçu sommaire de la physiologie des tendons, je crois devoir ajouter quelques mois sur leurs gaines, dont il a été question au point de vue anatomique. Les usages de ces enveloppes se bornent-ils, comme on L'a vu déjà, à prévenir des déplacements dangereux, à favoriser le glissement, les frottements moins

fatigants, à coopérer, par leur vascularité, à la nutrition des tendons?

Je dois dire tout d'abord que les expériences que je rap» porterai dans la suite prouvent clairement qu'il faut aller chercher ailleurs que dans les gaines, les éléments essentiels de cette régénération. On doit admettre, cependant, que les gaines et le tendon lui-même peuvent contribuer, dans une certaine mesure, à la réparation de là partie détruite. Haller, dont je me plais ici à suivre la trace lumineuse aussi longuement que le permettent les limites de ce travail, a donné un aperçu de ce mode de réparation dans le passage suivant :

<r Les blessures des tendons, de quelque nature qu'elles » soient, ne doivent occasionner aucune crainte. La section » d'un tendon considérable peut faire boiter un malade ou

• le priver de l'usage d'un membre sur lequel les muscles » n'ont plus d'action, mais cet accident est le seul qu'on

• doive craindre. Quelquefois même la nature y remédie » tellement, par le secours des muscles voisins ou par une » nouvelle toile cellulaire, que le mouvement de cette

' » partie se fait avec la même facilité qu'auparavant. J'ai . » vu une nouvelle cellulosité bleuâtre renaître en peu de » jours et réunir les bouts coupés du tendon d'Achille chez

• un chien. Dès qu'elle fut née, l'animal ne se sentit plus » de son malheur et sauta avec la même facilité qu'aupai ravant sur les chaises et les tables. »

Ce passage prouve déjà que les tendons coupés se reproduisent, et, tout au moins, qu'il se produit après leur section une lame cellulaire qui fait l'office du tendon naturel.

Passons à l'historique des théories qui jusqu'à présent ont eu cours dans la science.

Mon but est de faire connaître les recherches qui ont été

soumises à l'attention des savants et de préciser les époques auxquelles elles ont paru. Chacun reconnaîtra ainsi son travail et pourra le comparer, s'il en a le désir, avec ceux qui l'ont précédé ou qui l'ont suivi.

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