ÉPILOGUE
rien, je ne prétends rien mettre en doute. Pour M. Eugène Bersier, il était en 1870, lui et son Eglise, sans attache du gouvernement, et « la modeste table de travail » du correspondant du Journal de Genève était sans rapports avec le budget. Elle était en outre indépendante des diverses Eglises réformées de France, et son possesseur avait fondé une liturgie qui lui appartenait en propre, à lui seul. D'où puisait-il cette liturgie ? C'est un mystère que M. de Sacy n'a pas pénétré et dont je ne sais rien absolument. Je connais seulement Texistence de cette liturgie : la liturgie de M. Eugène Bersier. En quoi consiste-t-elle ? Je Tignore. Je ne sais pas même si elle a beaucoup d'adeptes en France, ni si elle a quelque ressemblance avec la liturgie anglicane. Est-elle puséiste? orangiste? Arbore-t-elle le surplis? Eecommande-t-elle la confession? Comment fait-elle la Cène? J'ignore tout cela. Fuyant les chaires protestantes, j'évite aussi les temples, qui sont véritablement, je n'en doute pas, des oflScines de Satan.
Satan à lui seul ne donnait cependant pas à M. Eugène Bersier tout ce que désirait M. Bersier. Les jolies correspondances du Journal de Cfenève, non plus que les jolis sermons qui ont ravi M. de Sacy, ne contentaient pas leur auteur ; et la morale
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de ce moraliste manquait à ses yeux de quelque chose. II cherchait : j'ensuis convaincu, je le dis à sa louange. Quelque chose aussi manquaità sa bourse ; cela paraît évident, et il alla quêter en Angleterre. Il j prêcha sans doute aussi. Tira-t-il de ce pays tout ce qu'il souhaitait? Savait-il même exactement lui-même tout ce qu'il souhaitait, tout ce qui manquait à sa morale, tout ce dont sou hme avait besoin ?
Toujours est-il qu'avec l'aide trouvée en Angleterre, M, Eugène Bersier a fondé k Paris, vers la barrière de l'Ktoile, des écoles et divers établissements, surtout une Eglise où il a installé sa chaire et sa liturgie. C'est là qu'il le faut aller chercher, si on veut l'entendre.
Mais là encore, M. Bersier, à ce qu'il paraît, n"a pas trouvé tout ce qu'il désirait. Fier de son indépendance, il se montra jaloux de l'abdiquer. Le synode réformé de 1872, qui fit éclater et rendit si ardentes les divisions au sein des Eglises réformées de France, fit sentir au pasteur Eugène Bersier le besoin de s'unir et de s'entendre avec ses frères. Ils ne savent que croire : et M- Bersier, malgré sa morale, et malgré les affirmations de M. de Sacy, qui n'est pas une autorité, n'en sait pas davantage ; il moralise et ne dogmatise pas.
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.11 fait en cela preuve de bon goût. Le goût et la foi sont deux choses distinctes. Que croire î
En attendant que tombe le voile qui l'enveloppe, et peut-être en essayant de le tirer, M. Bersier n'est-il pas allé chercher l'union et la communion, au milieu des négations et des divisions des orthodoxes et des libéraux? Le lieu est bien choisi. Il ne faut pas reprocher ce choix au pauvre pasteur. C'est cette recherche aux abois qui peut le rendre intéressant et sympathique.
Les quêtes en Angleterre, les établissements du quartier de l'Etoile, les succès comme prédicateur avaient fait de M. Bersier, nous l'avons dit, un personnage. Une feuille protestante qui applaudit à son entrée dans l'Eglise officielle, faisait remarquer que cet indépendant apportait à ses frères dès longtemps soumis au joug de l'Etat, outre sa morale, six cent mille francs d'immeubles et une liturgie. L'Eglise officielle a pris tout : la morale, le pasteur, les immeubles, la liturgie. M. de Prèssensé demeure quinaud.
En se liant au budget de l'Etat et en obtenant
au sein de l'Eglise officielle droit de bourgeoisie
pour sa liturgie, qui reste toujours la liturgie de
M. Eugène Bersier, quelle place a pu prendre le
•pasteur au sein de cette Eglise partagée? Est- il
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orthodoxe ou libéral ? Orthodoxes et libéranx, depuis le synode surtout, ne s'entendent pas ; ils se disent et veulent être, les uns et les autres, membres de l'Egflise officielle. Les orthodoses semblent tenir le gros bout, et ils prétendent exclure les libéraux, qui font bien du tapage, de leur côté, mais qui, après tout, se bornent à demander le partage du gâteau. Le gâteau, ce sont les avsa- tages matériels inscrits au budget au profit de l'Eglise réformée, ce qu'elle appelle aujourd'hui les avantages concordataires. Les libéraux qui, dans cette lice, se bornent à souhaiter le partage, sont-ils donc les modérés? On sait qu'ils réclament le droit de nier la divinité de Jésus- Christ, l'existence de Dieu, et même celle de l'âme. Ce droit de nier, qui découle du principe delà liberté d'interprétation, est, nous l'avonsdit, chez plusieurs d'entre eux, et on l'a vu à leur Synode, l'impuissance de rien croire. La Réforme a mené dans les ténèbres les âmes qui se sont fiées à elle : leur bonne foi consiste à déclarer qu'elles y sont. Cette déclai'atl(jn ticrait féconde si elle les amenait à désirer sortir du ces ignorances et de ces obscurités.
Ce désir, qu'on n'aime pas à s'avouer, ne pourrait-il pas se reconnaître dans les diverses évolu-