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reçu , ni reconnu. À Séville , le général qui y commande prend ouvertement le parti des ennemis du Roi. Mina rassemble les milices aux environs de la Corogne , y paraît avec une attitude hostile, frappe des contributions et prend des otages. Le faux bruit de sa marche à la tête de trente mille hommes se répand aussitôt pour effrayer et déconcerter la Cour.
Cependant les Cortès venaient de décider qu'on ne prendrait point en considération les représentations de Séville et de Cadix , pour le renvoi des ministres. Le comte de Torreno prononça un discours à ce sujet , où il démontra combien était criminelle, d'après la constitution , la conduite des autorités locales , qui résistaient aux ordres positifs du gouvernement.
La députation permanente , s'étant réunie aux ministres , arrêta qu'une circulaire serait envoyée à toutes les autorités de l'Andalousie, pour qu'elles n'obéissent en rien à celles de Cadix et de Séville , qui étaient en pleine rébellion. On espérait rompre la coali* tion menaçante des provinces, dans laquelle entraient la plupart des premières autorités. Les ministres firent aussitôt des changemens
notables dans les emplois civils et militaires.
Il était visible que tous ces désordres provenaient des vices d'une constitution impraticable , où la populace et les soldats pouvaient à chaque instant faire trembler l'autorité royale.
Mais, tel était l'ascendant des idées libérales , que nul n'osait signaler les vraies causes de la crise. Pourtant le mal ne fut point pallié. Un écrit intitulé : la Patrie en danger, sortant des bureaux du ministère, déchira une partie du voile , et fit connaître l'état de la malheureuse Espagne, a Braves Espagnols, » disait l'écrit ministériel en terminant son » effrayant tableau . maintenant que vous » connaissez les perfides desseins de ceux qui » vousentourentetcherchentàvousséduire, » c'est à vous de frustrer les espérances cou- » pables des agitateurs. Parlez, dites haute- « ment que vous désapprouvez la rébellion » manifeste, par laquelle plusieurs villes se » refusent d'obéir aux ordres constitution- » nels de l'autorité légitime. Montrez de la j» vigueur et de l'énergie, et bientôt vous ver- » rez disparaître cette faction désorganisa- » trice, qui veut vous entraîner dans la
n guerre civile et dans les terreurs d'une » anarchie révolutionnaire. Il s'agit de la » constitution et de la liberté, et les factieux » travaillent avec une telle activité et un » tel accord, que pour peu que vous soyez » négligens, pour peu que vous hésitiez de » prendre des mesures promptes, vous ver- » rez le trône renversé, la liberté perdue, » le désordre régner, et notre malheureuse » nation soumise de nouveau à un despo- » tisme cruel. »
Tel était aussi le langage que tenaient en 179a , aux approches du 10 août, nos constitutionnels , lorsque les faibles restes du trône étaient menacés par les affiliésjacobins de Paris et des provinces, par les fédérés armés de Brest et de Marseille. Le même volcan dont l'explosion fut le signal du 10 août à Paris, menaçait Madrid d'une éruption : les symptômes étaient les mêmes.
Les jacobins de Cadix, de Séville et de la Corogne , trouvaient partout des imitateurs; presque tous les officiers de l'armée étaient gagnés; une partie des militaires des provinces l'étaient aussi. La faction des' communeros avait aussi un parti dans les Cortès, comme les j acobins de France
en avaient eu dans l'assemblée législative * pour accélérer le renversement total de la monarchie. On désignait à Madrid comme ses principaux chefs , les sieurs Romero Alpuente et Diaz de Morales, de même qu'on avait désigné Danton et Robespierre à Paris en 1792. H s était aussi formé dans les Cortès, comme à l'assemblée législative, une espèce de faction de la Gironde, ou d'hommes d'État intrigans. Ceux-ci regardant le ministère comme encore trop royaliste , aspiraient à le renverser pour se mettre à sa place, et en même temps ravir aux communeros ou jacobins, le pouvoir que ces derniers convoitaient , et dont ils voulaient s'emparer les armes à la main.
Ils n'attendaient pour se déclarer ouvertement et agiter la capitale, que le jour fixé par la députation permanente , pour rendre compte aux Cortès de l'état de la nation , et proposer des mesures de salut public. Les troupes et les milices devaient prendre les armes ; c'était le moment que les factieux avaient choisi pour frapper leur coup décisif.
Aux approches de la crise, les ministres Bardaxi et Felice, déterminèrent le roi Fer-
dinand à quitter sa maison de plaisance pour se rendre à Madrid. Cette démarche fut généralement blâmée par les royalistes; ils pensaient qu'elle aurait dû être différée jusqu'après la séance des Cortès, qui donnait lieu, ou servait de prétexte à la fermentation. On se rappelait que le malheureux Louis XVI , confiné dans son palais, aux approches du 10 août, fut abandonné ou trahi par les constitutionnels, qui, paralysant toutes les mesures de défense , lui conseillèrent au moment de la catastrophe, d'aller se jeter dans les bras de ses ennemis.
Cependant le Roi fit son entrée à Madrid le 4 décembre. La milice formait la haie sur son passage ; un concours nombreux obstruait les rues. Un concours plus immense de royalistes l'attendait hors de la ville, et s'étendait à plus d'une lieue. De nombreux équipages garnissaient les deux avenues de la grande route. Des fleurs , des colombes étaient offertes au Roi , et chacun s'empressant de lui témoigner son amour, semblait lui dire : « Comptez sur nous, il est encore » de bons et fidèles Espagnols, qui sauront » vous défendre contre vos ennemis. » Jamais le Roi, depuis son premier retour en i8i4?
n'avait été reçu avec autant de démonstration d'attachement et d'amour. Le danger semblait avoir éveillé le courage et le zèle de ses fidèles sujets.
La garnison de Madrid était pour le Roi, de même qu'une partie des milices. Plus de trois mille royalistes armés à leurs frais et sans ordre, étaient prêts aussi à voler à la défense du trône. On savait que l'Àlava, la Yieille-Castille , la Tîavarre, le Guipuscoa et la Biscaye, avaient envoyé des adresses réservées au Roi, dans lesquelles ces provinces protestaient de leur dévouement à leur auguste Souverain. Telles étaient les forces du parti royaliste. Selon le bruit public l'infant Don Carlos en était l'âme, et l'excitait secrètement.
Le Roi pouvait encore défendre -sa couronne, en se mettant franchement à la tête de son parti; mais, de même que le malheureux Louis XVI, il trouvait une opposé tion constante à toute mesure efficace de salut public , de la part de ceux qui, l'ayant dépouillé de son autorité, semblaient décidés à ne pas balancer entre sa perte entière , et celle de leur pouvoir.
Il n'y avait, plus aucun doute sur les sints-
très projets des conspirateurs. Déjà ils étalaient dans les boutiques de la capitale , une caricature infâme contre la personne du Roi. On avait écrit à Paris, quelques jours avant le 10 août, sur le château des Tuileries : maison à vendre; la même indignité fut commise «ur les portes du palais du roi d'Espagne. Ses gardes isolés étaient poursuivis , égorgés , par une populace sanguinaire.
Les ministres eux-mêmes faiblissaient.
Instruits, le lendemain de l'entrée du Roi, que Cadix était décidément en révolte ouverte ainsi que Séville; que Médina Sidonia venait de se joindre à la confédération , que Barcelonne et Valladolid demandaient leur destitution immédiate, ils donnèrent leur démission le 6 , dans les mains du Roi , qui refusa obstinément de la recevoir. Après d'inutiles observations, Ferdinand se leva de son fauteuil, et dit d'un ton véhément aux ministres assemblés. « Je sais le sort » que me préparent ces gens; ils veulent que » je sois un second Louis XVI; mais ils n'y » réussiront pas : je ne serai point le premier » à provoquer la lutte ; mais, si l'on m'y force, » et si je dois mourir , ce sera les armes à là » main , et à la tête de ma garde. »
Cet élan d'énergie inattendu de la part dû Monarque, l'attitude des royalistes, et le parti que prirent les ministres de rester à leur poste , déconcertèrent la faction ; elle n'osa plus hasarder un mouvement, soit dans la crainte d'un échec , soit dans l'appréhension que le Roi, à la faveur des troubles et du désordre, ne parvînt à faire une trouée avec un rassemblement de royalistes, et à gagner la campagne. De même que les révolutionnaires de France, ceux d'Espagne redoutent surtout la guerre civile, faite par un Roi qui se mettrait en état de défense légitime.
La faction eut de nouveau recours aux voies obliques.
Le i o décembre , une foule nombreuse obstrua les approches de la salle des Cortès. On voyait divers groupes, au milieu desquels figuraient les plus chauds démagogues, cherchant à soulever les esprits, déclarant que dans les cas où les Cortès ne se prononceraient pas contre les ministres, et par conséquent en faveur du peuple, il fallait que le sang coulât par torrens.
Toutefois le congrès espagnol, sur le rapport du sieur Calatrava, l'un de ses membres, crut devoir d'abord décider qu'il y avait lieu
de mettre en j ugement les autorités désobéissantes de Cadix et de Séville. A peine cette décision fut-elle connue dans la salle et au dehors, que des cris de rage , et des coups répétés de sifflets se firent entendre; des imprécations furent proférées contre le Roi, lesCortès, les ministres. Le désordre fut au comble. Les mesures prises par les autorités locales , et les bonnes dispositions, de la force publique, y mirent pourtant un terme. Le Roi n'alla point au Prado comme il en avait eu d'abord l'intention. Sûr des sentimens de la majorité des habitans de Madrid et des troupes de la garnison, il surmonta les terreurs qu'on avait cherché à lui inspirer. D'ailleurs, la faction criminelle était décidée à tout employer pour le contraindre à rester dans sa capitale.
Le 1 2, elle eut sa revanche ; car tout était concerté entre les meneurs des Cortès. Le même Calatrava fit un rapport qui ne fut qu'un acte d'accusation verbeux contre les* ministres, à la conduite desquels il attribua les désordres et l'anarchie qui désolent une grande partie des provinces. Le surlendemain 14, les débats, sur ce sujet important, s'engagèrent. Le député Roméro Al-
puente , exposa dans un discours véhément les griefs de la nation contre les ministres. Plusieurs députés s'élevèrent contre le ministre de la guerre, le général Salvador, l'accusant d'une conduite arbitraire et passionnée , à l'égard des généraux Riego , Mina, TEmpecinado et autres. Ce ministre et celui de l'intérieur , étaient particulièrement en butte à l'animadversion des Cortès, aux calomnies et aux outrages de la faction auarchique. Elle savait qu'en disposant des deux porte-feuilles de l'intérieur et de la guerre, et en les faisant donner à ses chefs, elle disposerait de la monarchie.
Les ministres présentèrent leur défense sur le principe, qu'ils ne pouvaient être responsables que de faits précis, et après avoir été mis en accusation. Le ministre de l'intérieur avoua que des changemens brusques avaient été faits dans les premiers emplois civils et militaires des provinces. « Personne ne peut nier, ajouia-t-rl, que le » gouvernement n'ait pu, dans de si graves » circonstances , user de cette faculté , v comme de toutes les autres , qui s'exercent » au nom du Monarque , avec mesure et » circonspection ; et qu'en un mot il ne
» doive être , à cet égard, dans une indé » pendance absolue. S'il n'en était pas ainsi, » le gouvernement n'aurait aucun poids » dans la balance des pouvoirs. »
Signalés comme les agens des ennemis du système libéral, les ministres ne purent ramener à eux les esprits, et la vis de la commission chargée d'examiner les griefs élevés - contre le ministère , fut en tout conforme aux vœux exprimés dans les représentations séditieuses dont les Cortès prétendaient punir les auteurs. L'adresse au Roi, proposée par cette même commission pour le renvoi des ministres, passa dans la séance du i5, à une majorité de 104 voix, contre §9. Ainsi, il était évident que la majorité du Congrès agissait dans le même sens, mais avec plus de politique et de mesure, que les confédérés des provinces en révolte contre l'autorité du gouvernement. Le Roi répondit à la députation des Cortès : «Je rèçois ce mes- » sage; l'affaire est importante; je la pren- » drai en mûre considération. » Sourd aux clameurs des partis, il exprima la même volonté de garder ses ministres et de refuser leur démission, a Si le ministère, dit le Roi, » devait être changé aujourd'hui, parce que
» l'Andalousie s'est mise en révolte, demain- » il faudrait encore le changer, sur la de- » mande d'une autre province rebelle. »
Ce fut pendant ces débats que la faction dominante présenta aussi ses griefs contre l'influence présumée du cabinet des Tuileries. On ^.savait qu'elle devait demander compte des motifs du rassemblement des troupes françaises vers les Pyrénées , ainsi que de l'arrivée d'un général et de son état-major à Baïonne.
Abordant ce point délicat, le chanoine Nevas s'exprima en ces termes, dans la séance du 14 décembre : a Nous connais- » sons les intrigues politiques qui ont été » ourdies par les puissances étrangères , » dans le but de changer la Constitution » espagnole, ou d'y introduire certaines » additions ; en un mot, de l'habiller à la » française. On sait, et par conséquent je » ne l'ignore pas, qu'un grand personnage » étranger osa tenter le dernier ministère ; » mais, l'ayant trouvé impénétrable , il se » forma ensuite une autre combinaison , qui » s'étendit peut-être jusqu'à Laybach, pour • » qu'à tout risque le ministère fût changé. » En attendant, on machinait dans Tinté*
» rieur de l'Espagne, mille intrigues; il y » avait, et il y a encore , des émissaires » payés, qui ont travaillé à discréditer et » à renverser l'ancien ministère. »
Ces d emi-révélations avaient surtout pour objet de rendre suspect les ministres, dont la faction voulait et pressait le renvoi. Le chanoine Nevas, en soulevant ainsi une partie du voile qui dérobait les timides démarches de notre diplomatie en Espagne, a fait voir jusqu'où un ministère, sans vues et sans vigueur, a pu laisser descendre la puissance de la France et l'héritage de Louis XIV. Quel triste sujet de réflexions pour des cœurs français , voués à la légitimité et à la vraie gloire nationale ! Si nous allions devancer l'Histoire dans le jugement qu'elle portera un jour, sur des faits aussi importans; si nous osions être l'organe de l'opinion monarchique, nous dirions à ceux qui dirigeaient l'an dernier nos Affaires Etrangères : » Vous n'avez rien fait soit pour détourner, » soit pour éteindre l'incendie qui dévore » l'Espagne , et qui , depuis près de deux ans » nous menace nous-mêmes. Vous n'avez » combattu le ma) qu'avec des notes insi- » gnifiantes. Vous avez souffert les insultes,
» les outrages , les menées factieuses dirigées » contre l'héritier du petit-fils de Louis*le- » Grand , et contre la France redevenue mc- » narchique, comme si vous aviez désespé- » ré de la fidélité, et du courage de la nation. i> Abusé par des relations insidieuses , vous » avez méconnu la dignité de la couronne, » en vous reposant sur une intervention dé- » risoire, du soin de protéger l'autorité » royale. Tout vous faisait un devoir pour- » tant de suivre une marche plus honora- » ble et plus sûre. Dans des circonstances » aussi graves, quel rapport aurait fait à » son Roi un ministre capable de s'appro- » prier les traditions d'un Sully, et d'un car- » dinal de Richelieu, sur la sûreté et là di- » enité de la France? Peut-être aurait-il » tenu au Roi ce langage :
» Sire, la révolution Espagnole menace » de troubler la tranquillité de la France et » de tout le midi de l'Europe, comme la ré- * Volution Française a troublé pendant près » de 3o ans l'Europe entière : mêmes prin- » cipes , mêmes vues , mêmes desseins , » mêmes progrès. Si, en 1791 , la prudence » de l'empereur Léopold ne s'était pas laissé i> abuser et endormir ; si , de concert avec
» Frédéric-Guillaume, il eût montré un an » plutôt cent mille hommes sur les fron- » tières , tenant lui-même d'une main le » glaive, et de l'autre, le pacte de cori- » ciliation entre Louis XVI et ses sujets » égarés, nui doute, Sire, que la sagesse » unie à la force, n'eussent établi dès-lors » parmi nous, ce pacte puisé dans le cœur » de Louis XVI, qui germait aussi dans vos » hautes pensées, et dont, trop tard, sans » doute , nous avons été redevables à votre » génie, et à votre grande âme toute pater- .» nelle. Que de maux, de crimes, de rava- » ges n'eût pas épargné à l'Europe cette iri- » tervention tutélaire ? La France eût évité » de longues années de tyrannies populaires » et militaires, et deux invasions rendues » encore plus sensibles par quelques années » de gloire. Il s'agit de parer à de nouveaux » désastres qui semblent menacer indirec- » tement la France. Le Prince qui règne en » Espagne , Sire , est un prince de votre sang. » S'il cessait de régner, s'il avait le sort de » Louis XVI, plus de pacte de famille, plus » de sécurité pour la France et pour le midi » de l'Europe. Que votre Majesté vienne p donc s'interposer entre Ferdinand et son
» peuple; que votre majesté se présente » comme arbitre du grand différend qui dé- » chire la péninsule. Ce rôle de médiateur, » si digne d'un fils de Saint Louis, n'est point » étranger à la race de nos Rois. Que pour- » raient alléguer les perturbateurs des Es- » pagnes, contre de si grands motifs de » sollicitude? N'ont-ils pas subi pendant » vingt années, sans se plaindre, l'influence » maligne de la France révolutionnaire qui » les a perdus, et dont le venin cause la mala- » die mortelle de leur monarchie? N'ont ils » pas éprouvé toutes les horreurs de l'in- » vasion et de la conquête , de la part d'un » despote extravagant, regardé , avant ses ra- » vages, comme un demi-dieu dans toutes » les parties de la péninsule? Ici, ni con- » quête , ni déprédations , ni despotisme à » redouter. Les lis ne doivent porter avec » eux que des gages de stabilité et de paix.
» Le triste essai de la constitution de Cadix, » dans les deux années qui expirent, n'a » que trop prouvé que cette charte falla- » cieuse n'est qu'un code d'anarchie et de » despotisme. Il ne s'agit donc pas d'impo- » ser aux Espagnols un pacte tyrannique, » mais de leur faire adopter une constitu-
» tion praticable, sous l'égide de deux Rois » et sous les auspices d'une assemblée de » Cortès, convoqués selon les règles de la » monarchie. En offrant son arbitrage dans » un manifeste émané de sa haute sagesse, » votre Majesté saura prendre en même » temps des mesures fortes qui ne laisseront » pas le succès incertain. Cent mille Fran- » çais, appelés par leur Roi et par leur père, » viendront se ranger sous notre ancienne » bannière sacrée , l'oriflamme. Le seul » appareil de la force suffira pour redon- » ner de la confiance et du courage aux » sujets fidèles, pour faire pâlir les fac- » tieux, pour désorganiser leur ligue im- » pie. De tels résultats sont dans vos sen- » timens et dans votre gloire, et voilà pour- » quoi, Sire, vous les voudrez. Sans doute » que pour l'exécution de si nobles desseins, » il faut des garanties au dehors et des sûre- » tés au dedans. Mais il n'est plus besoin pour » les obtenir que d'un sacrifice : celui des » préjugés , des préventions et du faux sys- » tème , qui depuis six ans égarent votre » ministère. Eh bien ! ce sacrifice vos mi- » nistres sont prêts à le faire aux pieds de » votre Majesté, pour affermir sa couronne,
» pour pacifier les Espagnes, et pour rame- » ner la sécurité en Europe. Sûrs que la • » France sera toujours grande et forte, » quand les ministres du* Roi le voudront, » nous sommes décidés à marcher nous- i/»
» mêmes, sous l'égide de votre Majesté, à » la tête de la ligue royaliste et chrétienne, » qui aura pour devise : union , force et » prudence. Mais une si grande entreprise » ne souffre pas de délais. Protectrice en » 1821 , elle ne le serait peut-être plus en » 1822. La faction militaire espagnole pro- » fitant de notre foiblesse et de nos fautes , » se montrerait encore plus menaçante , » plus hostile. Maîtresse absolue de toutes » les ressources et de tous les appuis du » gouvernement , elle entretiendroit , par- » mi nous , des espérances coupables ; » elle fomenterait des troubles; elle com- » promettrait la sûreté du royaume , en » nous tenant sur une défensive pénible.
» L'Italie comme la France auroit à redouter » ces démons du Midi, qui de même que » leurs devanciers , aspirent à subvertir et » à dévaster les monarchies régulières qui » les avoisinent. Une politique prévoyante » fait un devoir à vos ministres, Sire, de
» conjurer l'orage par tous les moyens qui » sont au pouvoir de l'autorité royale. »
Ne se réalisent-elles pas déjà dans le développement rapide des événemens les craintes énoncées dans la fiction politique que nous a suggérée la gravité même du sujet que nous traitons ? Pour tout observateur attentif, les désordres et les maux de l'Espagne, qui, l'an dernier, n'étaient pas incurables, se montrent aujourd'hui sous l'aspect le plus sinistre.
Si la faction, qui donnait l'impulsion aux Cortès, crut devoir suspendre l'explosion préparée dans les provinces contre la couronne, c'est que, placée entre les mouvemens désordonnés des jacobins militaires et les insurrections royalistes , elle voulait s'assurer préalablement le ministère et tout le pouvoir. En s'obstinant à remporter ce triomphe décisif sur la détermination du Roi, elle a montré qu'au fond elle faisait cause commune avec les révolutionnaires les plus acharnés.
C'est à ce double motif que vers la fin de décembre , on dut l'espèce de pacification qui calma la Galice. Les craintes sur cette province , où Espoz Mina semblait régner,
se dissipèrent tout à coup. Le brigadier Latre, chef politique, qui s'était retiré à Lugo, y avait pris le commandement civil et militaire. Loin de céder aux insinuations hostiles , il écrivit à Mina , et aux autorités de la Corogne , pour leur représenter la nécessité urgente de réconcilier les partis , en les réunissant sous l'égide de la Constitution. Les autorités se rendirent à ses observations , et Mina luimême remit le commandement militaire au maréchal-de-camp Don Raymond Lopez, qui fit reconnaître le brigadier Latre en qualité de commandant général. Selon les affiliés jacobins de la Galice, Mina agit dans cette circonstance avec une faiblesse impardonnable.
D'un autre côté, la Navarre était en pleine insurrection contre le nouveau système. Le nombre des habitans en armes s'étant accru sous le nom A'armée de la Foi, une junte apostolique , siégeant près la frontière de France, dirigea tous les mouvemens de l'insurrection Navarraise. Un soulèvement presque général fut tenté aussi dans les provinces Basques : Guipuscoa , Alava et Biscaye, toutes aussi ennemies du nouveau
système que la Navarre, dont les. mouvemens s'étendirent dans le haut Aragon, jusqu'à Huesca. Plus d'un district, dans les montagnes de la Catalogne , suivit le même exemple.
Ainsi , l'Espagne était dans un état réel d'anarchie et de guerre civile, toutes les provinces du Midi armées dans un esprit exalté de républicanisme , et celles du Nord s'obstinant à défendre les anciennes institutions : la religion , le trône et leurs privilèges. Ici des troupes constitutionnelles, sous les ordres du général LopesBanos, combattaient les insurgés royalistes ; là , sous les ordres du général Campo-Verde , elles marchaient contre les séditieux de Séville, qui persistaient à méconnaître les décrets des Cortès.
Mais l'insurrection de la Navarre et des provinces limitrophes, n'a point offert un ensemble assez imposant , pour que l'Espagne puisse enfin se glorifier d'une Vendée royaliste. D'un autre côté, la fidélité des troupes constitutionnelles , rassemblées à Cordouè pour aller réduire l'Andalousie , ne parut à l'autorité royale, ni affermie, ni assurée , tant les corps de l'armée espa-
gnole sont en proie à l'esprit d'insubôrdination et de jacobinisme! Les manœuvres les plus criminelles sont employées par les moteurs de la révolution pour égarer les soldats , auxquels ils promettent les dépouilles des églises et les biens des riches.
En vain les Cortès ont mis en accusation, ' pour la forme , les autorités séditieuses de Séville. Elles ont persisté, de concert avec les autorités de Cadix, à redemander le changement des ministres; elles sont restées en état de rébellion , enhardies par les mouvemens de Carthagène , de Valence , de Murcie , et en dernier Heu de Barcelonne, qui a proclamé son indépendance. Toutes ces villes sont entrées ouvertement dans la confédération des jacobins militaires, dont Riego est le chef. Déjà nos admirateurs de la révolution espagnole annoncent, avec une joie d'affiliés et de prosélytes, qu'une levée révolutionnaire de trente mille hommes a été décrétée en Catalogne, et que Riego vient de faire à Barcelonne son entrée triomphale.
A la fois tribun des soldats et tribun du peuple , Riego s'est déclaré le chef et le protecteur des vertueux descamisados , société
patriotique organisée à l'instar de nos sans-t culottes de 1793.
Dans ce triste conflit, aucun autre pouvoir que le pouvoir révolutionnaire ne se montre assez en force pour l'emporter. Aussi le Roi, fatigué d'une résistance sans fruit et sans espoir, obsédé par la députation permanente, n'osant donner aux troupes qui paraissent fidèles encore, le signal de la guerre civile, vient de céder, de renvoyer ceux de ses ministres en butte à l'animadversion des factieux , dont le triomphe est assuré. Qu'il n'attende rien de ce nouveau sacrifice, en faveur du retour de l'ordre et de la tranquillité publique. Les factieux vont maintenant lui imposer un ministère de leur choix, qui aidera de ses mains à mettre la monarchie dans le cercueil. Déjà les autorités de Madrid, intimidées ou subornées , ont rouvert l'antre du jacobinisme espagnol , la Fontana dOro, Les deux factions libérales ne se sont réconciliées qu'aux dépens de Ferdinand VIT. La possession du ministère qu'elles convoitent, amènera de nouveaux déchiremens.
La soumission de l'Andalousie, qu'on affecte de proclamer, n'est qu'apparente, et la confédération jacobine reste dans toute sa force :
clic fait planer la terreur sur toute l'Espagne ; déjà la malheureuse Navarre est livrée aux exécutions militaires.
Qu'espérer, d'ailleurs, des nouveaux Cortès ordinaires dont la session va s'ouvrir le i eT de mars? On connaît déjà l'esprit de cette assemblée, composée en grande majorité de révolutionnaires exaltés , qui se préparent, à nommer Riego leur premier président Puisse cette nouvelle assemblée ne pas marcher sur les traces, soit du long Parlement, soit de l'Assemblée législative , soit de la Convention! Puisse l'Espagne* qui échappe à toute influence monarchique et salutaire , pressée par l'anarchie qui la dévore, ne pas tomber sous un gouvernement tel que celui de Tunis ou d'Alger - % puisse-t-elle ne pas être destinée à donner au monde la parodie d.'un Cronwel ou d'un Bonaparte !
De l'Imprimerie de Dsvq*yii.uc , rue Chrwtine, n° %,