OS LA RHÉTORIQUE EN GÉNÉRAL
Une (les branches les plus importantes de l’éducation intellectuelle est l’art de communiquer et de faire partager aux autres nos idées et nos sentiments, à l’aide de la parole ou de l’écriture.
Cet art se nomme Rhétorique.
Comment parvenir à persuader, à instruire, à attendrir, à récréer, selon les divers sujets, et toujours à intéresser l’auditeur ou le lecteur : voilà le problème qu’il se propose.
Mais le problème a-t-il une solution? Cette solution n’estelle pas antérieure à la rhétorique? En d’autres termes, qui nous donne les idées et leur expression, la nature ou l’art?
La question n’est pas d’hier. C’est la même que posait Horace à propos de la poésie :
Nafura fierct laudabile carmcn, an artc Quæsitum est...
Et aujourd’hui, comme alors, l’unique réponse péremp-
toirc est celle d'Horace, quand il exige la collaboration, pour ainsi dire, de l’art et de la nature :
... ego ncc sltulium sine divitc venn,
Nce rude quid possit video ingenium; alterius sic Altéra poscit opem res...
On dit de l’écrivain ou de l’orateur qui entraîne, qui charme, qui intéresse, qu’il a du génie ou de l’esprit. Mais en quoi consistent réellement l’esprit et le génie?
Si l’on y réfléchit bien, on verra que ce n’est rien autre chose que la faculté de saisir, de combiner et d’exprimer des rapports inaperçus par le grand nombre, et que ce qu’on nomme communément pensée, style, n’est en général qu’une perception et une combinaison de rapports (•).
Il est d’heureuses natures qui, de bonne heure, sentent, imaginent et formulent vivement : c’est le très-petit nombre. Il est, au contraire, des natures ingrates qui semblent radicalement inhabiles à sentir, à imaginer et à exprimer : c’est encore le très-petit nombre. L’immense majorité de l’espèce humaine s’échelonne entre ces deux extrêmes. C’est pour elle qu’est faite la rhétorique.
En outre, quelle que soit notre nature, il arrive, par intervalles, que l’action de nos facultés est spontanément provoquée, soit par un sentiment, un intérêt, un souvenir, soit par la présence d’un objet extérieur destiné à mettre en jeu ces facultés. Ce phénomène intellectuel se nomme la passion. Rare dans le plus grand nombre des individus et des circonstances, quand il survient, il illumine aussi vivement parfois que l’organisation la plus heureuse. L’éclat est le même, seulement il est passager; car la passion, c’est la nature accidentellement surexcitée. « La nature, dit Voltaire, rend les hommes éloquents dans les grands intérêts et dans les
(') D*où vient, à certaines époques où le vcrilable esprit ne manque pourtant pas, la vogue inexplicable du calembour? « L’esprit, dit Àddison, étant le talent de trouver des ressemblances entre les choses, on a été jusqu'à trouver de l’esprit dans les ressemblances entre les mots. »