‹ De la rhétorique ou de la composition oratoire et littéraireChapitre 4 sur 70 · CHAI*. I · texte numérisé non relu

CHAI*. I

mesurer l’attention de l’élève à l’importance du précepte.

5° C’est encore au maître à lui apprendre comment il faut, dans l’occasion, savoir s’écarter des règles, et obéir, eu dépit d’elles, aux inspirations du goût, c’est-à-dire de cette faculté, moitié d’instinct, moitié de culture, qui nous fait discerner et sentir le beau, en dehors même des lois générales et des prévisions de l’art. « Quoique les règles, dit parfaitement bien Condillac, soient le fruit de l’expérience et de la réflexion, quelques écrivains les ont combattues, comme si elles n’étaient que de vieux préjugés. Ils ont cru établir des opinions nouvelles, en renouvelant les erreurs des premiers artistes, et en rappelant les arts à leur première grossièreté. Ce n’est pas rendre un service aux génies que de les dégager de l’assujettissement à la méthode; elle est pour eux ce que les lois sont pour l’homme libre. » Seulement j'ajouterai avec Montesquieu : « Comme les lois sont toujours justes dans leur être général, mais presque toujours injustes dans l’application, de même les règles, toujours vraies dans la théorie, peuvent devenir fausses dans l'hypothèse. Quoique chaque effet dépende d’une cause générale , il s’y mêle tant d’autres causes particulières, que chaque effet a , en quelque façon, une cause à part. Ainsi l’art donne les règles, et le goût les exceptions ; le goût nous découvre en quelles occasions l’art doit soumettre, et en quelles occasions il doit être soumis. » Le maître peut donc traiter de la nature du goût, mais ne lui en demandez pas les règles; ce serait le plus souvent lui demander les règles de l’exception.

Concluons de ce qui précède que trois éléments concourent à la formation de l’écrivain : la nature, l’art et l’exercice. C’est la doctrine d’Aristote et de Cicéron (’).

(■) Aristote demande fin-J, tpucitpiscj , TtX'jqv, trois mots sacramentels que je retrouve dans la belle période qui commence le Discours pour Archias : « Si quid est in ni e ingenii, fv7 tv, quod senlio quam sit exiguum : aut si qua exercitatio diccndi, ipscufilcev, in qua me non inficior mcdiocritcr esse versatum; aut si qua bujusce rci ratio aliqua ab optimarum artium studiis ac disciplina profecta, a qua ego milium confîtcor rctatis mcir fempus nbliorruisse. etc. »

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