ARIANE
Ali! cesse, je te prie, un semblable discours;
Et contre cet hymen ouvre-moi du secours.
C'en est fait, je me rends, et suis prête à tout faire.
DORINE
Non, il faut qu'une Allé obéisse à son père,
Voulut-il lui donner un singe pour époux.
Votre sort est fort beau : de quoi vous plaignez-vous ? Vous irez par le coche en sa petite ville,
Qu’en ondes cl cousins vous trouverez fertile,
Et vous vous plairez fort à les entretenir.
D'abord chez le beau monde on vous fera venir.
Vous irez visiter pour votre bienvenue,
NOTES
Madame la baillivc cl madame l’élue.
Qui d’un siège pliant vous feront lionorer.
Là, dans le carnaval, vous pourrez espérer Le bal et la grand’bande, à savoir, deux muselles.
Et parfois Fagolin ot les marionnettes ;
Si pourtant votre époux. . .
NJtntANE.
Ali! tu me fais mourir!
Dans Racine, Andromaquey acte IV, scène
Esl-il juste, après tout, qu’un conquérant s’abaisse Sous la servile loi de garder sa promesse ?
Non, non, la perfidie a de quoi vous tenter,
Et vous ne me cherchez que pour vous en vanter. Quoi! sans que ni serinent ni devoir vous retienne. Rechercher une Grecque, amant d’une Troycnne ;
Me quitter, me reprendre, et retourner encor De la fille d’Hélène à la veuve d’Hector ;
Couronner tour à tour l’esclave et la princesse f Immoler Troie aux Grecs, ou fils d’Hector la Grèce ! Tout cela part d’un cœur toujours niailre de soi, D'un héros qui n’est point esclave de sa foi.
Pour plaire à votre épouse il vous faudrait peut-être Prodiguer les doux noms de parjure et de traître ; Vous veniez de mon front observer la pâleur,
Pour aller dans ses bras rire de ma douleur ; Pleurante après son char vous voulez qu’on me voie. Mais, seigneur, en un jour ce serait trop de joie j Et sans chercher ailleurs des titres empruntés,
Ne vous sufiit-il pas de ceux que vous portez?
Du vieux père d’Hector la valeur abattue Aux pieds de sa famille expirante à sa vue,
Tandis que dans son sein votre bras enfoncé Cherche un reste de sang que l’âge avait glacé ;
Dans des ruisseaux de sang Troie ardente plongée, De votre propre main Polyxène égorgée,
Aux yeux de tous les Grecs indignés contre vous ! Que peut-on refuser à ces généreux coups?
Note II.
f.kpilre XXTIl, page i I î.
Ménage a fait quelque part cette remarque qui m’avait frappé à la première lecture du Sicilien, longtemps avant de connaître et le Ménagiana, et les OEurres mêlées de Turgot, et le dernier livre de M. Genin, qui tous trois en ont parlé. Quelle est la raison de cette anomalie ? Est-elle un effet du hasard ? Molière avait-il envie d’essayer le vers blanc? préparait-il ainsi ses mètres, avant d’v ajouter cette rime qui lui venait pourtant si facilement? La Comèdie-ba Uct, car e’est le nom qu’il a donné h celte pièce, étaitelle une espèce de récitatif d’où seraient venus l'opéra-bou/Tc et l’opéra-comique, et demandait-elle, à ce titre, une diction mesurée et cadencée ? enfin, Molière remettait-il ses vers en prose, comme tant d’autres mettent de la prose en vers? Je n'ose rien décider ; mais le fait est que la pièce est en prose dans toutes les éditions, cl que pourtant, si déjà l’on trouve beaucoup de formes métriques dans l’Avare, c’est bien autre chose ici. L'on n'y rencontre pas vingt-cinq lignes qui ne soient des vers. Vous avez vu le commencement de la seconde scène ; voici comment j'écrirais la troisième, sans avoir besoin de rien ajouter, de rien retrancher, de rien changer. Adraste va à la rencontre de son esclave Mali ; à travers l’obscurité, il lui demande si c’est lui.
Et qui pourrait-cc être que moi ?
A ces heures de nuit, hors vous et moi. monsieur, Je ne crois pas que personne s'avise De courir maintenant les rues.