PRÉFACE
Il n'existait point en France ni à l'étranger un traité complet de rhinoplastie; cependant, Carpue en Angleterre, Graëff et Dieffenbach en Allemagne, ont publié depuis quelques années des documens 1mportans sur diverses espèces de restaurations nasales, le premier en propageant en Europe la méthode indienne, le second en tirant de l'oubli l'ancienne méthode :1tahenne, dite tagliacozzienne, et le troisième en créant de nouveaux procédés opératoires applicables à presque tous les genres de difformités du nez.
La plupart de ces travaux entrepris vers la fin du siecle dernier et d'autres beaucoup plus récens, avaient fait de rapides progrès chez nos voisins, lorsque notre compatriote,
M. Delpech, comprenant combien la chi-
rurgie française était restée en arrière relativement à la rhinoplastie , essaya de poser dans son traité de clinique chirurgicale, les premiére basses d'un travail spécial sur cette partie importante de la médecine opératoire. Mais, à l'exemple de Fagliacozzi, de Carpue, de Graëff, de Dieffenbach et autres rhinoplastes , M. Delpech s'est borné à tracer, avec beaucoup de soins et de détails, les méthodes dont il a fait l'essai, et les procédés opératoires qu'il a imaginés(r): peut-être navait-il pas connaissance des premiers procédés rhinoplastiques consignés dans les auteurs grecs et romains, et peut-être encore ignorait-il, du moins en ‘partie, les iravaux rhinoplastiques des chirnrgiens du moyen-âge et quelques-uns de ceux entrepris par des contemporains étrangers ?
(4) C'est un écueil dont les chirurgiens ont beaucoup de peine à se garantir, parce qu'en général l'opération dans laquelle ils ont réussi est.toujours celle qui leur parait la meilleure ;'la plus correcte et la plus facile à exécuter.
Les observations rhinoplastiques qu'il a publiées, renferment d'excellens principes dont il eut fréquemment occasion de faire l'application; mais nayant pu imaginer un moyen propre de dispenser de la section du pédicule, par l'intermédiaire duquel la nutriüon normale peut se continuer dans le lambeau, tous ses procédés opératoires sont loin d'offrir la garantie de succès que présente la rhinoplaste actuelle. Partisan outré de la réunion immédiate, surtout par l'emploi d'un grand nombre de points de suture, M. Delpech s'est exagéré les inconvéniens de la réumon par seconde intention, il a | cherché à les éviter à tout prix, même en s'exposant à des dangers réels pour en évIter d'imaginäires. Néanmoins, malgré les imperfections que présente son travail, nous devons dire à la louange de ce célebre professeur, qu'il a été le premier en France à pratiquer la rhinoplastie et que les deux
méthodes, italienne et indienne, lui sont
| xu également redevables d'une partie de leurs progrès.
Aussitôt que l'impulsion a été donnée en France, d'autres chirurgiens n’ont pas tardé à marcher sur les traces du professeur de Montpellier et ont fini même par dépasser les résultats qu'il avait déjà obtenus. Ainsi, MM. Dupuytren, Lisfranc, Blandin, Thomin, etc., ont tenté avec succès quelques restaurations nasales et en ont consigné les observations dans des publications qui offrent toutes beaucoup d'intérêt.
Il s'agissait donc de réunir tous ces élémens divers, de les compléter par de nouveaux perfectionnemens, d'imaginer même d'autres procédés opératoires, pour créer un traité historique et pratique de rhinoplastie générale. Cette entreprise offrait de grandes difficuliés à surmonter, parce qu'elle nécessitait de nombreuses recherches qui devaient en outre être éclairées par des succès personnels. Telle est l'œuvre que je
me suis proposée et le but que J'ai cherché à aiteindre, en publiant cette monographie qui manquait.dans notre librairie médicale.
Indépendamment de mes travaux sur la rhinoplastie, cet ouvrage renfermera donc la description des méthodes et procédés opératoires employés par les chirurgiens, de l'antiquité, ainsi qu'une exposition consciencieuse de l'état actuel de la chirurgie, relativement aux moyens qu'elle emploie pour remédier aux difformités de la face, causées par l'absence totale ou partielle du iiez ; par la disjonction congéniale ou accidentelle de ces deux masses latérales; par le défaut de réumion entre le lobe nasal et le bord inférieur de la voûte osseuse de cet organe, ou enfin par l'affaissement et même l'enfoncement de sa partie dorsale dans l'intérieur des fosses nasales.
Ces lésions si différentes par leur nature et les causes qui peuvent les produire, mont obligé à la division des matières
par chapitres, 1° relativement à la partie du nez qu'il faut restaurer, 2° par rapport au genre dopération quil garait le plus convenable d'adopter. Ainsi, je prends pour point de départ l'absenee complète du nez; viennent ensuite les difformités partielles causées par la perte du lobe nasal, par l'absence d'une des parois latérales de cet organe ou de sa partie dorsale, par le manque des deux ailes du nez ou de lune d'entre elles, enfin, ou par destructionde la sous-cloison.
J'espère qu'en attirant l'attention des praticiens. sur ce genre de prothèse nasale , trop négligé jusquà ce jour, on pourra étendre l'application du principe à un grand nombre d'auires maladies réputées incurables, ou d'une guérison très difficile. Cette opération plastique ouvrira alors la carrière à de nouvelles tentatives qui, mulpliant les ressources de la thérapeutique, la rendront applicable à un plus grand
nombre de cas maladifs.
Espérons que la jeune chirurgie française répondra à cet appel, et ne permettra point que l'étranger continue à nous croire tributaires des progrès que la rhinoplastie a faits à Londres et à Berlin.
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