‹ De la richesse minerale. Consideration sur les mines, usines et salines des differens etats, presentees comparativement ... Avec un Atlas infolio de 65 planches (volume 2)Chapitre 97 sur 121 · VOSGES · texte numérisé non relu

VOSGES

V recourt » Forge* de Baroille* , Mortagn* , Scnoue.

Dans plusieurs départemens, on trouve, en outre, des forges, ou sans haut fourneau, ou du moins avec un petit nombre d’établissemens propres à fondre le minerai de fer; il existe, par exemple, dans l’Aude, seize forges à la catalane; dans les Pyrénées-orientales, vingt une; dans l’Arriége, trente neuf; dans la Haute-Vienne , vingt forges et un haut fourneau

enfin, les départemens des Pyrénées (hautes et basses), de l’Hérault, de la Drôme, des Landes, du Loir-et-Cher, du Morbihan, de la Gironde, de Lot-et Garonne, du Lot, de la Haute- Garonne, du Tarn, de l'Aveyron, de la Corrèze, du Puy-de- Dôme, de la Loire, de la Vienne, de l’Yonne, d’Ile-et-Vilaine, et de la Manche, présentent chacun quelques établissctnens relatifs, soit au traitement du minerai , soit à la fabrication en grand du fer et de l’acier, soit à l’un et à l’autre objet.

Quelques faits suffiront pour donner une idée de l’influence împomnc. a» que les usines a fer de 1 empire exercent sur 1 activité de 1 industrie et sur l’entretieu de la population. L’ensemble des usines de la Nièvre présente cent trois feux d’affinerie; il en existe quatre-vingts dans la Haute-Marne; trente-neuf dans le Mont-Blanc ; trente-deux dans la Moselle ; vingt-deux dans la Roër, etc. On pourra juger à peu près, d'après le nombre des hauts fourneaux, combien de feux d’affinerie possède chaque département, pour la fabrication du fer en barres.

Le département de la Moselle compte, dans l’intérieur de ses usines à fer , cent vingt-neuf maîtres-ouvriers et deux cent vingt-deux manœuvres; total, trois cent cinquante-un hommes occupés devant les fourneaux : si l’on ajoute à ce nombre celui des mineurs, bûcherons et charbonniers, le total s’élève à deux mille six cent trois hommes. Dans le département de la Haute-Marne , six cent vingt-quatre ouvriers sont en activité dans l’intérieur des usines, et trois mille cent cinquante-six hommes sont occupés pour le service de ces établissemens, dans les mines et dans les forêts. Dans le département du Mont-Blanc, deux mille deux cent quarante-cinq ouvriers, fondeurs, forgerons, manœuvres , bûcherons, charbonniers,.

Minet de plomb et •rgeot.

voituriers, sont occupés directement ou indirectement par les usinesà fer. On peut admettre que, dans tout l’empire François, vingt mille hommes au muins sont en activité devant le feu des usines à fer, et que plus de cent cinquante mille hommes sont employés, soit pour leur procurer les minerais et les charbons, en un mot, les matériaux de leur travail, soit pour transporter les marchandises qui en résultent.

Malgré l’activité dont jouissent les usines à fer de la France, le plus grand nombre d’entre elles est encore susceptible d’améliorations qui ont déjà été indiquées dans plusieurs ouvrages. La principale consisteroit dans l’emploi de la houille par une partie des hauts fourneaux. Il est à regretter que , jusqu’à présent, il n’y ait en France qu’une fonderie de fer, celle du Creusot, qui ait fait usage de ce combustible, si avantageusement employé pour le traitement des minerais dans plusieurs usines de l'Angleterre et de la Prusse. On espère d’heureux changemens, à cet égard, de la part de l’école pratique des mines, dont S. M. l’Empereur a fixé le siège à l’usine de Geislautern, dans le département de la Sarre. Elle doit avoir principalement pour but de perfectionner l’exploitation de la houille et du fer.

Peu de pays sont aussi riches qne la France en minerai de plomb; mais, dans plusieurs endroits, il n’est mis à prolit que foiblcinent; dans quelques autres, des établissemens célèbres ont été abandonnés, et ce n’est que depuis peu que le gouvernement s’est occupé d’en remettre quelques-uns en activité. Parmi ces derniers, on distingue les exploitations de Gyromagny, de Sainle-Marie-aux-Mines et de la Croix, ouvertes dans les montagnes des Vosges. A l’époque de 1756, les urines seules de la Croix fourmssoieut annuellement viogt-

quatre mille quintaux de plombet six mille marcs d’argent (i). Ces établissemens présentent encore de belles espérances ; mais ils ont beaucoup souiïert, comme plusieurs autres mines et usines, de l’insouciance que le gouvernement a témoignée jadis à leur égard. Il existe cependant en France trente-six exploitations de plomb en activité. Nous nous contenterons d’indiquer les principales.

Voici quels sont à peu près les produits annuels des mines de plomb dans les départemens indiqués ci-dessous :

MINES DÊ Qiiatm Je pluab. Mtrri d'irjttc

Finistère, Poullaouen, environ. 8,000 1,200

Idem, Huclgoct 3, 000 1,600

Roer, Bleyberg, etc 16,000 O

Mont-Blanc,. . . . Pcsey (en 1808) • . 4>lo° 2,35o

Lozère, Villefort. ..... 1,800 i,5oo

Isère Vienne i,5oo o

Sambre-et-Meuse, . Vedrin. ...... 2,92*5 665(a)

Dans ces quantités de plomb à l’état métallique, nous comprenons celles que représente la lilharge (plomb oxidé) livrée au commerce par quelques usines. Ou obtient, en outre, de plusieurs mines, une quantité considérable de plomb sulfuré qui se vend sous le nom Otalquifoux. Le département de la Roër fournit seul, année commune, quarante mille quintaux de cette marchandise, au prix moyen de 1G fraucs le quintal. Celte quantité représente à peu près quinze mille quintaux de plomb pur. Depuis quelques années, l’exploitation du mi-

(2) J. d. «n. /' oyez, pour les détails, les Mémoires indiqués à la fin de cet article (pag. 41 2/)-

nerai a été, ou entreprise pour la première fois, ou remis» en activité dans quinze autres déparlemens, dont suivent les noms : Alpes (maritimes, hautes, basses); Aveyron, Gard, Léman, Loire, Ourthe, Rhin-et-Moselle, Rhin (haut et bas), Sarre, Vendée, Vosges. On peut estimer le produit total de ces mines au moins à neuf mille quintaux de plomb et à mille marcs d’argent, surtout si l’on comprend dans cette dernière quantité le produit de la mine d’AUemont , département de l’Isère; cette exploitation seule a fourni, dans certaines années, plus de deux mille marcs d’argent ; mais elle languit aujourd’hui. La France ne présente aucune autre mine qui soit exploitée pour l’argent seul.

C’est sur les faits qui viennent d’être rappelés que sont fondés les nombres portés sur le tableau, à l’égard des mines de plomb et d’argent de l’empire françois. Le plomb qui s’extrait de son territoire ne suffit pas encore à ses besoins , et d’ailleurs ce métal est habituellement un peu plus cher sur plusieurs établissemens françois, qu’il ne l’est sur les mines de l’Allemagne. Ces considérations sont propres à rappeler la nécessité de perfectionner les procédés métallurgiques , et surtout de régulariser les travaux souterrains; c’est ce que la France est en droit d’attendre de l’école pratique des mines instituée à Pesey par S. M. l’Empereur. Cet établissement, qui étoit presque totalement renversé, il n’y a que peu d’années, s’est relevé depuis qu’il est devenu le siège d’une école pratique, où la métallurgie a déjà fait des progrès sensibles d’une année à l’autre.

Mise* <ie cmrre. La France possède onze exploitations de cuivre qui sont situées dans les départemens ci-après : Alpes (hautes), Forêts, Mont-Blanc, Pyrénées (basses), Rhin-et-Moselic,

Rhône, Sarre. Cependant, ce genre d’entreprise, encore neuf dans plusieurs des contrées cjui présentent des espérances, est bien loin d’avoir le degré d’activité dont il seroit susceptible, et de suffire aux besoins de l’empire, qui ont été indiqués cidessus. Jusqu’en 1770, les mines de Baigory, dans les Basses- Pyrénées , ont fourni , année commune, deux mille cinq cents quintaux de cuivre; depuis cette époque, elles ont été abandonnées; mais on s’occupe de les rétablir. Sainte-Marie-aux- Mines est dans le même cas ; on a obtenu jadis, de ces exploitations, vingt-cinq quintaux de cuivre annuellement, outre les quantités de plomb et d’argent dont nous avons déjà fait mention. Quant à présent, les mines de cuivre les plus considérables que possède la France sont celles de Saint-Bel et de Chessy, près l’Arbresle, à sept lieues de Lyon. Leur produit annuel s’est élevé, dans certaines années, à trois mille quintaux. Les mines de Dippenweiller, dans le département de la Sarre; celles d’AUagne, dans le département de la Sézia; et plusieurs autres, promettent à l’empire une augmentation importante de ses produits en cuivre; mais le tableau ne fait mention que de ceux qui sont constans et connus. On sentira combien il seroit avantageux pour la France de pouvoir fournir elle-même le cuivre nécessaire aux nombreux ateliers qu’elle possède pour le travail ultérieur de ce métal. Nous verrons plus tard où sont situées ses principales manufactures de ce genre. Quelque multipliés que soient leurs besoins, il est vraisemblable que, par un système suivi d'exploitation, mais point autrement, les mines de cuivre du territoire françois pourroient un jour parvenir à leur procurer au moins une grande partie de ce que l’étranger semble avoir aujourd’hui le droit exclusif de leur vendre.

Alinea d« mercure,

Minet de i!nc

Mine» de manganèse.

Les mines de mercure qui sont ouvertes dans le département du Mont-Tonnerre, entre Wolfstein et Creutznach, sont les seules exploitations de ce genre qui soient en activité dans l’empire. Ces établissemens sont célèbres depuis quatre cents ans ; mais ils ont beaucoup souffert de la guerre, dans le dix-septième siècle, et surtout à la fin du dix-huitième. Cependant, il seroit facile de les remettre en état de suffire à la consommation de l’empire. Des minerais de ce genre, qui sont, comme l’on sait, très-peu répandus en Europe, ont été découverts dans deux autres déparlemens françois, savoir, dans la Manche à Ménildot, et dans l’Isère auprès de Lamure; mais l’exploitation n’en a pas été suivie.

Ou a trouvé le zinc oxidé (calamine) dans plusieurs endroits de la France, par exemple, à Pierreville, dans le département de la Manche; à Montalet, dans le Gard ; enfin aux environs de Bourges, de Saumur, de Pontoise, et ailleurs; mais cette substance n’est exploitée que dans les dëpartemens de l’üurthe et de la Roër. Les mines de la Vieille- Montagne , dans le ci-devant pays de Limbourg , fournissent, année commune, depuis environ quatre-vingts ans , quinze mille quintaux de calamine qui est fort estimée dans le commerce. On assure que celles de la Roër peuvent eu fournir trois fois autant (i).

(i) Le nombre énoncé sur notre tableau (page 240) ne se rapporte qu’aux exploitations de calamine qui sont en activité dans le pays de Limbourg ; ce sont les seules sur lesquelles nous ayons des renscigncmens positifs. Il paroit cependant, d'après la Statistique de M. Peuchcl ( Paris, i8o5, page 353), que la quantité totale d’extraction de cette substance peut s’élever, dans l’empire françois, à soixante mille quintaux par an. Quoi qu’il en soit, on remarquera facilement,

pic

Mjh

La France présente «les amas considérables de manganèse oxidé. Des expériences multipliées ont prouvé que cette substance, précieuse pour plusieurs arts, ne le cède point en France aux marchandises du même genre, que l’Allemagne et le Piémont répandent daus le commerce. On exploite le manganèse oxidé,à la Romanèche et à Saint-Micaud, département de Saônoet-Loire; au Suquet, canton de Thiviez, dans la Dordogne; à la montagne de Tholey, dans la Moselle; à Laveline, près Saint-Diez , dans les Vosges; à Saint-Jean de Gardonenque, dans les Cëvennes. La France pourroit fournir ce minéral à toute l’Europe. On peut en dire autant do l’antimoine, qui abonde dans les départemens de la Charente, de la Haute-Loire, de la Vendée, du Cantal, de l’Ailier, du Gard et du Puy-de-Dôme.

Le vitriol et l alun sont devenus , surtout depuis quelques années, des objets intéressans pour l’industrie françoise. Les minéraux pyriteux et alumineux sont aujourd’hui mis à proGt dans vingt-cinq établissemens formés pour la préparation en * grand , soit du sulfate de fer ( vitriol on couperose ) , soit de l’alun (sulfate alcalin d’alumine). Les départemens où l’on utilise les substances, soit pyriteuses, soit alumineuses, sont l’Aisne , l’Aveyron , le Calvados, le Gard, l’Oise, l’Ourthe, le Bas-Rhin, le Rhône, la Somme, la Sarre et le Tarn. Les principales exploitations de vitriol (sulfate de fer) sont celles de Saint-Julien de Valgargue, auprès d’Alais, qui en fournissent

d apres les prix moyens qui sont indiqués ci-dessus (pag. a3f)), qu’une telle différence n apporterait qu'un très-léger changement dans notre évaluation de la richesse minérale, et dans les résultats de calcul que nous avons déduits.

Minet d'antimoine.

Vitriol et tlua

Sul>*t tnce»

ploitce».

CoLalt, «u.

annuellement trente mille quintaux; celles de Becquet et de Goincourt, auprès de Beauvais, qui en ont livré quinze mille dans certaines années; celle de Urcel, dans le département de l’Aisne, qui a été montée pour en fournir six à sept mille. L’établissement de Gersdorf, dans le Bas-Rhin, livre, ainsi que qnelques autres, au moins mille quintaux de vitriol par année. Quant aux exploitations d’alun, les plus considérables sont situées sur les deux rives de la Meuse , dans le département de l’Ourlhe. Plus de cinquante chaudières y sont en activité pour l’évaporation des eaux dans lesquelles ou lessive les terres alumineuses. On obtenoit, il y a douze ans, des mines ouvertes sur la rive gauche de la Meuse, quinze mille quintaux d’alun ; ët des mines ouvertes sur la rive droite, mille quintaux, année commune. Vers la même époque, l’établissement situé à Dutlweiler, dans le département de la Sarre, fournissoit environ six cents quintaux de ce même sel; mais aujourd’hui l’activité des mines d’alun s’est fort accrue 'dans l’Ourthe, et ce genre d’entreprise fait de grands progrès dans plusieurs autres départemens; par exemple, aux mines de Cu-sy, dans les environs de Laon (Aisne); à celles de la Buègne, de Foutaine, de la Salle (Aveyron), et ailleurs. 1 a France possède, en outre, de célèbres fabriques d’alun à Montpellier et à Javelle, près Paris,

«- Aprèï avoir considéré les mines et usines proprement dites qu: sont en activité dans l’empire françois, il ne sera pas inutile de rappeler ici quelques autres gîtes de substances minérales , qui sont ou connus ou indiqués sur son territoire. Le cobalt, l'arsenic, le b'smuth et le nickel, qui se rencontrent dans quelques-unes des mines de la France , n’ont point encore paru susceptibles de donner lieu à des travaux en grand.

üne seule mine d’or a été ouverte en France ; celte exploita- or. tion fut entreprise en 1781 à la Gardette, non loin de la mine d’argent d’Alleinont, dans l’Isère; elle n’a point mérité detre suivie. On trouve des sables aurifères dans quelques-unes des rivières de l’empire; dans le Rhône, au pays de Gex; dans le Rhin, au-dessous de Strasbourg; dans la Garonne, auprès de Toulouse; dans le Doubs, qui sort des moutagnes du Jura; dans la Cès» et le Gardon, qui sortent des Cevennes; dans le Saiat, qui sort des Pyrénées. -On estime que le lavage des sables aurifères de la Frànce foui nissoit , avant la révolution, quatre cents marcs d’or par année Ces indices, quelqu’éloignés qu’ils paroissent, auroienl pu donner lieu, dans quelque^ pays, à plus de recherche» qu’on n’a jugé à propos d’en faire sur te territoire françois, pour qui les plus belles mines d’or et d’argent seroient loin de valoir les autres genres de richesse minéralequ’il renferme. On nes’élunnera point que le gouvernement françois ait jugé bien plus convenable d’ordonner des recherches à ses frais, sur les indices de minerai d’élain que *“'*• présente le département de la Haute-Vienne, et d’encourager celles que tentent plusieurs particuliers, d’après les indices de minerai de plomb .et de cuivre qui sont reconnus dans plusieurs autres déparlcmens.

Les branches accessoires de la richesse minérale sont tel- <:•«:*>■« lement multipliées en France, qu’elles pourroient seules donner matière à une description volumineuse. Nous nous contenterons de rappeler quelques-uns des principaux objets.

Des granits et des porphyres d’une beauté remarquable Cr*»in. se présentent dans plusieurs chaînes de montagnes, et particulièrement dans les Vosges, d’où l’on pourroit tirer des blocs dignes de figurçr dans les monumens de l’empire fran-

Marbre».

Pierrei à Lâtir.

Arjüj*c*.

Flitrc.mfcule», «te.

Triiâ.

Agatci.

cois. On exploite différentes sortes de marbre aux environ* de Givet, de Barbançon , de Mon», de Namnr , de Boulognesnr-Mer, de Caen, de Troyes, de Montbar, de Cosne, de Tournus, de Narbonne, d’Aix, de Marseille, de Gènes, de Tarbe, enlin dans plusieurs vallées des Pyrénées. Des carrières d’excellente pierre à bâtir contribuent presque partout à la prospérité de la France, ©n en trouve de très-considérables dans les départemens de la Manche, du Calvados, de la Meuse, de la Moselle, de la Côte-d’Or, de l’Yonne, de l’Oise, de la Seine, de la Loire, de la Dordogne, et dans plusieurs départemens méridionaux. De vastes ardoisières sont ouvertes dans les départemens de la Manche, de la Meuse, des Ardennes, de Maine-et-Loire, et au pied des Pyrénées. En plusieurs endroits, et surtout dans les déparleniens qui correspondent aux anciennes provinces de Flandre et de Champagne, etc., des carrières d'argile propre à la fabrication des tuiles et des briques, assurent à l’industrie des moyens de construction , non moins précieux que les matériaux naturels. Le plâtre des environs de Paris, la craie des départemens de la Marne et de la Seine, le talc nommé craie de Biiançon, les pierres à meule de. la Ferté-sous-Jouarre, et celles d’Andernach, sont autant d’objets d’un commerce très-étendu. Dans les temps ordinaires, la Frauce exporte du plâtre vers la Russie, vers l’Irlande, et jusqu’en Amérique. Le tuf, connu sous le nom de Trass , qui abonde aux carrières d’Audernach et dans les environs, est embarqué sur le Rhin, en quantité considérable, et transporté en Hollande, où il entre dans la construction des digues. Les exploitations d'agate qu’on voit auprès d’Oberslein, dans le département de la Sarre, entretiennent l’activité de nombreux ateliers qui

sont établis dans cette contrée pour tailler et polir leurs pro- . duits. Les départemens de l’Yonne, du Cher et de la Charente- * inférieure fournissent la France de pierres à fusil; ils en ont fourni pendant long-temps les nations étrangères , avant qu’elles connussent l’art de les tailler; aujourd’hui, l’exportation en est prohibée.

Parmi les argiles renommées que présente le sol frauçois, on cite principalement1 celle qüe les Ilollandois venoient chercher jadis à Forges- le.s-Eaux pour leurs fabriques de pipes; la terre de Belbœuf, près Rouen, qui passe pour être la plus propre an terrage du sucre; l’argile à poterie des environs de Beauvais et de Montereau, et le kaolin de Saint- Yriex, près Limoges. Pour peu que l’on considère les nombreuses manufactures de poterie et de verrerie qui existent dans l’empire françois, on appréciera l'importance des terres et pierres que son vaste sol fournit au* arts. Bornons-nous à rappeler les porcelaines de Sèvres, de Paris, de Chantilly de Limoges, de Tournay, de Yalogne; les glaces de Saiut- Gobin, de Bacara, de Tourlaville; les cristaux du Creusot, de Saint-Louis, de Romesnil, de Vonèche près Givet; les poteries fines, dites terre de pipe, et autrefois terre angloise , . que l’on fabrique aujourd’hui avec le plus grand succès à Sarguemine, à Vaudrevange, à Montereau, à Creil, au Valsous-Meudon, à Sept-Fontaines (Forêts), à Andemach et à Cobern; les verreries des départemens de Sambre-et-Meuse , de Jemmapes , des Ardennes, de la Moselle, de la Sarre, de Loir-et-Cher, de la Seine , du Rhdne , et de beaucoup d’autres; les faïenceries des départemens de la Nièvre, de Vaucluse, des Deux-Nethes, de Sambre-el-Meuse, etc., etc. Combien de milliers de familles ne doivent leur existence qu’à l’activité de ces divers ateliers!

Firrre» 1 fusil.

ArpUs , etc.

Fotcri fi et rentrln.

M.a«fcmr« mi- Si, des terres et pierres, nous reportons nos regards sur les métaux, nous verrons l’industrie manufacturière de ce genre animant déjà plusieurs contrées de la France, et susceptible de faire encore de grands progrès dans quelques autres. Il suffira de rappeler ici, i.° quanta» travail ultérieur

Ptr. du fer, les fabriques d’inslrumens aratoires et d’outil divers

qui sont établies dans le voisinage de plusieurs grandes usines; les fabriques d’acier des départemens de la Sarre, du Haut-Rhin, de Jemtnapes, de l’Ourthe, des Vosges, de Seineet-Marue, de la Nièvre, de la Loire, de l’Isère et de l’Aude; les manufactures de tôle et de fer blanc de Bains, de Geislautern et de Dilling; les fabriques de faux qui sont en activité, depuis peu, dans les départemens de la Sarre, du Haut- Rhin, des Vosges, du Doubs, du Jura, des Hautes- Alpes ; la manufacture d’armes blanches de Klingeuthal ; les manufactures d’armes à feu de Versailles, de Charleville, de Liège, de Maubeuge, de Saint-Etienne; les fabriques de coutellerie de Saint-Etienne, de Tbiers, de Moulins, -de Chàtellerault, de Paris et de Langres; les fabriques d’aiguilles des environs d’Aix-la-Chapelle; les tréfileries des département du Doubs et de l’Orne , et les fabriques d’épingles du canton de l’Aigle.

c;„.. a.° Quant au travail ultérieur du cuivre, nous rappelerons les

ateliers qui sont établis pour traiter ce métal, soit au laminoir, soit au martinet , dans le département de l’Eure, à Romilly près Louviers; dans le département de Seine-et- Oise, aux environs d’Essone; dans le Bas-Rhin, à Oberenheim prèsKlingenthal; dans l’Aude , à Durfort près Casteluaudary; dans l’Aveyron, à Villefranche; dans l’Isère, à Vienne; dans le Rhône, à Chessy; dans le département de Vaucluse, à Avignon; enfin, les fabriques si multipliées et si actives de

Saint-I'lour et de Villedieu, les fabriques de laiton de Stollberg et de Namur , et les tréüleries de Chandey , près l’Aigle.

3.° Quant au travail ultérieur du plomb, la France possède iwi.. des fabriques de céruse auprès de Rouen , et des fabriques de minium à Sarguemine, à Vonècbe prèsGivel, à Tours, à Paris, et ailleurs. Il seroit superflu de rappeler l’emploi du plomb dans les arsenaux, dans les ateliers de laminage, dans les fonderies de caractères , et dans les fabriques de couleurs minérales. Nous ne nous arrêterons pas non plus aux diverses manufactures de sels ou de produits minéraux que possède l’empire; mais, pour peu qu’on réfléchisse que la fabrication seule des épingles occupe plus de vingt-cinq mille personnes dans les départemens de l’Orne et de l’Eure, on jugera facilement, par analogie, quel immense avantage la France re-* tire déjà et doit encore espérer de l’activité d’un si grand nombre d’ateliers alimentés par le règne minéral. On sentira combien il est intéressant pour ce vaste empire de fournir lui-même à ses manufactures les métaux, les combustibles, en un mot, les matières premières que renferme son territoire, et de les leur fournir à un' prix et d’une qualité qui entretiennent et favorisent de plus en plus le développement de l’industrie. I.a France ne peut jouir de cet avantage, avec sécurité pour l’avenir, qu’en assurant l'exploitation régulière de ses mines et usines ; c’est delà que dépend la conservation de cette branche d’industrie génératrice, et par conséquent des branches d’industrie manufacturière qui s’y rapportent.

Les départemens qui comprennent le Piémont et uue partie w>» « « "•'*« *• de la Ligurie, savoir, les départemens de la Doire, du Pô, tU'

de Marengo, de la Sesia, de la Slura, de Montenotte et des Apennins, ajoutent des ressources importantes à la ri-

chesse minérale de l’empire François (i). On trouve surtout, dans ces départemens, des minerais de fer abondans et d’une qualité qui ne le cède point à celle des minerais de la Suède. Les mines les plus considérables , de ce genre, que possède le Piémont, sont celles de Cogne et de Traverselle. L’ensemble des départemens indiqués ci-dessus présente, relativement au travail du fer, trente-trois hauts fourneaux, cent cinq feux d’afliuerie , cinquante-cinq forges à la catalane , vingt fabriques de faux, et près de trois cents ateliers de martinet. On estime qu’il sort, année commune, de l’ensemble des forges, deux cent mille quintaux de fer en barres, dont une moitié est convertie en instrumens aratoires et en outils. Les combustibles fossiles sont peu exploités; on en trouve cependant à la Thuile et à Saint-Remy; la bouille paroit abonder à Cadibuona, dans le département de Moulenolte. L’exploitation du cuivre a lieu dans le département de la Sesia , aux mines d’Aliagne , et dans le département de la Doire, aux mines d’OIlomont. Ces établissemens sont susceptibles de fournir annuellement trois mille quintaux de cuivre. Sept autres mines du même genre sont ouvertes dans le Piémont, mais aujourd’hui sans activité. On y connoit trois gîtes de minerai de plomb qui pourront donner lieu à l'exploitation de ce métal. Quelques gîtes de minerai de cobalt ont été mis à profit à Crevent, à Pezio; mais ils sont abandonnés. Le manganèse oxidé se trouve à Chiavary, à Pignone, dans les Apennins; on en exploite une mine abondante à Saint- Marcel, dans la vallée d’Aoste. Les pyrites de fer et de cuivre

(i) Extrait du rapport de M. Baillet, ingénieur en chef des mines et usines de l’empire , chargé ( en 1 8o5 ) d'inspecter celles du Piémont,

donnent lieu, en plusieurs endroits, à la fabrication des sulfates. Ces divers objets ont mieux récompensé l’industrie dans le Piémont, que les mines d’or ouvertes sur son territoire ; une seule exploitation de ce genre, celle de Cava-Vecchia , se soutient aujourd’hui, mais foiblement. On connoit cependant plusieurs gîtes de minerais d’or qui paroissent dignes de nouvelles recherches; les eaux d’un grand nombre de torreifs charient des sables aurifères, dont on extrait annuellement environ vingt-cinq marcs d’or. Sans parler des matériaux de construction ou de fabrication , des terres à porcelaine, ou des terres de couleur qui sont exploitées dans différentes vallées, nous nous bornerons à rappeler qu’il existe dans le Piémont dix verreries , dont la plus considérable, celle delà Chiusa, dans le département de la Stura, fournit des cristaux estimés. On trouve vingt- cinq carrières de marbre dans le Piémont , et quinze dans la Ligurie; les produits de plusieurs d’entre elles sont recherchés dans les arts , comme n’étant point inférieurs aux marbres les plus vantés.

Terminons cet aperçu de la richesse minérale de l’empire, Min* a» r« a« par quelques mots sur les mines de l’ile d’Elbe; les minerais de fer de cette contrée sont célèbres depuis plus de dix-huit siècles, autant par leur qualité, que par leur abondance. Il est à regretter qu’ils ne soient pas mis à proGt par les nombreuses usines que renferme le territoire françois ; c’est ce qui nous donne lieu de les considérer ici séparément.

L’ile d’Elbe présente deux exploitations principales , celle de Rio, et celle de Terra-Nera. Les mines de Rio, qui fournissent le minerai le plus pur, sont les seules en activité dans ce moment. On en extrait, année commune, douze cents Centi de minerai de fer, chacun du poids de trente-trois mille

livres toscanes, ou de deux cents quintaux de cent dix livres françoises. Le prix d’un Cenlo est fixé par le gouvernement à trois cents francs. L’exploitation s’opère, depuis plusieurs années, sous l’inspection d’un ingénieur des mines de l’empire.

C’est pour les usines à fer de la Toscane ou Etrurie, de l’Etat romain, de la Ligurie et du royaume de Naples, que s’exploitent les minerais de l’ile d’Elbe. Si le débouché n’eu étoit pas borné, l’extraction annuelle pourroit s’élever à quatre mille Cenli , et même beaucoup plus haut. Ou a proposé, mais sans effet jusqu’à présent, de traiter ces précieux minerais dans la Corse, où l’abondance de bois permettroit d'établir de grandes usines à fer. On pourroit même, en temps de paix, transporter les minerais de l’île d’Elbe sur le continent irançois, sans beaucoup de dépense, comme lest, et approvisionner ainsi les dëpartemens riches en combustibles.

Le produit net des mines de l’ile d’Elbe est annuellement une somme de deux cents à deux cent cinquante mille francs; un décret de Sa Majesté l'Empereur vient de les comprendre dans la dotation de la Légion d’honneur.

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