Rigidité de déséquilibre chez l’unijambi te
M. le Docteur Froment a déjà eu l’occasion d’observer un cas semblable. « Voici, par exemple, un amputé de cuisse par blessure de querre privé de sa jambe srtificielle. Faisons-le tenir debout près d’une table, la “nain correspondant au côté amputé posée sur la table pour servir d'étai. De temps à autre, il supprime cet étai sans avertir l'observateur qui cherche à apprécier, les yeux fermés, l’état de souplesse de l’autre poignet aux différents instants considérés. Il en est averti d’ailleurs tout de suite, infailliblement, car le poignet se fige dès que l’appui fait défaut. Le poignet se fige plus encore quand, le poussant d’un doigt, un des assistants vient, si peu que ce soit, perturber l'équilibre du sujet observé (1). »
Nous avons eu l’occasion d'observer à notre tour un autre amputé de cuisse. Voici l’histoire de ce sujet.
Blessé en septembre 1916, il a été amputé de la cuisse gauche le 2 octobre suivant ; on lui a laissé un moignon de 23 cm. Aussitôt après l’amputation le sujet est très nerveux, il ne peut supporter le moindre choc qui entraîne une danse du moignon et du bras gauche. |
En juin 1917, le sujet commence à marcher à l’aide d'un pilon rigide en bois. Au début il éprouve une fatigue générale ; mais après trois semaines il marche
(1) J. Fromenr et H. Garnère. Test du poignet figé et troubles de l'équilibre, Stabilisation à minima et satibilisation renforcée.
Société de neurologie de Paris, 4 mars 1926, et. Revue neurologique, 1926, t. 1, pp. 347-350.
très facilement avec une canne, n'éprouvant qu'une légère fatigue sans aucune localisation.
Trois mois après, fin septembre 1917, on lui met une jambe américaine. Pendant un mois : grande fatigue, puis, avec l'habitude, marche très sûre, surtout avec l’aide d’une canne.
De 1918 à 1928 notre sujet, qui est comptable, ne ressent aucune fatigue et n éprouve aucune gêne pour écrire, lorsque, au début de 1929, il commence à ressentir un peu de fatigue, uniquement dans le bras droit. Il a une sensation de lourdeur, de gêne au niveau du deltoïde et de l'épaule. De temps en temps, une fois par semaine environ, il éprouve un léger tremblement entraînant une gêne de l'écriture.
Peu à péu tous ces symptômes augmentent et nous arrivons au début de 1930. À ce moment la douleur sièoe dans tout le bras, plus accentuée cependant du côté de la racine ; les deux épaules sont douloureuses, la droite surtout. Le sujet accuse une gêne de la main ainsi qu'une légère rigidité subjective dans les mouvements des doigts ; de temps en temps, lorsqu'il veut écrire, sa main se met à trembler : c'est un tremblement très net, de type dystasique.
Examinons maintenant avec méthode notre sujet en position assise et debout.
issis, il repose continuellement sur le côté droit, tout lé poids du corps appuyé sur une seule fesse ; s'il veut se mettre d’aplomb en se penchant à gauche, il n’est pas en position de repos et il ressent une douleur marquée au niveau du moignon par suite de la disposition de l’appareil. Dans cette position le poi-
gnet est rigide, ce qui traduit un déséquilibre très net. en effet, nous pouvons nous rendre compte que la fesse gauche du sujet ne repose pas sur la chaise, étant donnée l'épaisseur du bord de 1 appareil. Mais si l’on interpose une planchette entre la fesse et la chaise, le sujet se trouve aussitôt mieux équilibré, ce qui se traduit par la disparition de la rigidité du poignet.
Demandons maintenant à notre sujet de se pencher en avant, les bras appuyés sur les cuisses : il ne ressent plus aucune fatigue et son poignet est complètement libre.
Debout, notre malade se tient toujours sur la jambe droite, ce qui correspond à sa position la plus stable. Mais à tout moment nous pouvons observer une rigidité de déséquilibre du poignet droit, qui disparaît pour peu que le sujet s’étaye d’une façon quelconque de l’autre côté.
Une autre manifestation de la rigidité est l'écriture tremblée qu'a le sujet. Debout, il ne peut écrire que très difficilement et les différents caractères tracés présentent des hachures très marquées. Dans la position assise, l'écriture est encore très modifiée, modification moins marquée lorsque le sujet quitte son appareil. Mettons maintenant un coussin sous le siège du malade, les lettres redeviennent presque normales.
Nous aurions voulu aussi faire la même expérimentation chez un sujet amputé d’un bras. Cela n’a malheureusement pas été possible. Nous pouvons cependant noter un trouble de l'équilibre chez ces sujets en rapportant ce que plusieurs nous ont dit. Aussitôt après l’amputation il leur est impossible de marcher