‹ De La Rupture De La Grossesse Extra-UtérineChapitre 10 sur 33 · IR · texte numérisé non relu

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En effet, depuis cinq ans, elle vit avec un nommé C., artiste aussi, avec qui elle va de ville en ville donner des concerts dans les endroits publics. Elle boit fréquemment des liqueurs alcooliques, et quoiqu'elle usât et abusât même des plaisirs sexuels, elle ne devint jamais enceinte. É

Du 11 au 16 avril se trouvant à Côme, elle eut ses règles comme d'habitude. Dix jours après elle fût obligée de s’aliter à la suite de violentes douleurs de ventre dont elle ne sut à quoi attribuer la cause. Elle parut guérie complètcment et se rendit à Varése. Là, au bout de peu de temps, elle fut prise de nouvelles douleurs abdominales et dut s’aliter à nouveau pendant trois jours, du 1° au 3 mai. Pour se remettre elle vint à Pavie, le 7 mai, et elle se logea dans une auberge de la banlieue pourse reposer, Sa santé fut trainante pendant quatre jours, mangeant et buvant modéré- ment. Cependant, il semble que pendant la matinée du 8 mai elle ait pris quelques petits verres de liqueurs, Au huitième jour le sang apparut, elle crut que c'était ses règles. Le 9 mai, vers midi, pendant qu’elle se rendait à la gare pour aller à Turin, elle fut brusquement prise, au : milieu de sa marche, de violentes douleurs dans le ventre, de prostration à tel point qu’elle dut refourner à l'auberge ä se mettre au lit. Les douleurs augmentant, un pharmacien lui conseilla une potion avec laudanum : cela ne la Calma pas; au contraire, les douleurs augmentèrent et bientôt arrivèrent des vomissements. On demanda un médecin. Je vis cette femme à 7 heures du soir. Elle était bien constituée, robuste, bien nourrie. Le visage était pale, les lèvres légèrement violacées, elle était anxicuse, le pouls faible et

fiéquent ; à la main la température était plutôt abaissée,

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les pulsations cardiaques fréquentes et faibles, la respiration lente, la langue blanche et saburrale, le ventre légèrement ballonné, sans fluctuation, la percussion donnait un son normal. Vomissements persistants d’une matière muqueuse, blanchâtre et acide. L’abdomen était douloureux à la pression vers les pubis et l’épigastre, mais la douleur n'était pas aussi vive qu’elle l’est d'ordinaire dans la péritonite. Pas de diarrhée, ni d’envies d’aller à la selle, les envies d’uriner étaient fréquentes bien que la percussion indiqua une vessie vide. Des parties génitales s’écoulait un peu de liquide présentant les caractères du sang mensiruel et cet écoulement datait du premier jour (au dire de la malade). L'état grave de la malade ne me permit pas une exploration vaginale. Elle se plaignait de soif intense, de crampes dans les cuisses et les jambes, de faiblesses, l'intelligence était nette. À 4 heures du matin les choses avaient empiré; le visage était d’une pâleur de mort, les lèvres, le nez, les doigts étaient cyanosés, le pouls filiforme, fréquent et faible, la peau froide était couverte de . sueur, La malade disait que ses douleurs étaient calmées, mais elle se plaignait d’un froid intense aux extrémités et d'une prostration complète, les vomissements continuaient ainsi que l'écoulement de sang; le ventre restait le même. Bien que l’on fit usage d’excitants, la faiblesse augmenta et la malheureuse succomba en pleine connaissance à 6 heures du matin, dix-huit heures après le début des symptômes graves. |

Les vomissements l'avaient empêché de conserver les potions administrées. La rareté et l’incertitude des commémoratifs, la tumultuosité des symptômes, la rapidité de la

maladie et la mort subite empêchèrent de poser un diagnostic certain. Tous les symptômes concordaient à placer la lésion dans l’abdomen : mais quelle maladie pouvait donner lieu à un ensemble si violent et à une mort si rapide ? RTE

Etait-ce la péritonite aiguë? Mais il manquait certains symptômes importants de celle-ci : fièvre, météorisme, douleur exquise du ventre.

La constipation et les vomissements pouvaient plutôt faire croire à un étranglement interne sans péritonite, avec mort provoquée par le collapsus ou l'épuisement nerveux.

Si on considérait l'écoulement sanguin des parties génitales l’idée pouvait survenir qu'une partie en fut versée dans la cavité de Douglas, de là l'idée d’une hématocèle rétro-utérine et de péritonite consécutive. Ce fait était probable par les abus génitaux auxquels se livrait la jeune femme. De plus, l’hémorrhagie interne abondante de cause quelconque, présente un cadre clinique semblable à celui | décrit plus haut.

Il est vrai qu’il y à d’autres maladies qui présentent une symptomatologie semblable. Mais comme on savait que dans les quatre ou cinq jours précédents la femme avait très peu mangé on excluait l’idée d’indigestion.

La perforation de l'estomac ou de l'intestin aurait été précédée des symptômes des maladies qui peuvent la produire (cancer, ulcère perforant, tubercules, fièvre typhoiïde). Les calculs hépathiques ou rénaux auraient donné des douleurs hypogastriques ou lombaires qui se seraient irradiées, En un mot, on pouvait penser à une rupture d'un viscère, mais cette rupture n’était pas admissible, car il n’y

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avait aucun signe de maladies ou de traumatismes extérieurs. Il n'y avait pas lieuégalement de supposer une fièvre algide pernicieuse : la femme arrivant de pays sains et la : saison étant encore froide, du reste elle n'avait jamais eu à | d'accès de fièvre. | | On devait plutôt suspecter un empoisonnement et surtout un empoisonnement par l’arsenic, car même en faisant un instant abstraction de tous les signes, il y avait lieu de se douter de la chose à cause de la vie aventureuse de cette femme et de sa situation équivoque. De plus, celui qui se À qualifiait d'être son mari se comportait d’une façon étrange, exagérant ses accès de douleur auxquels il faisait succéder des moments de calme et d’indifférence la plus complète. Les symptômes étaient bien ceux de l’'empoisonnement | par l’arsenic : on y retrouvait la päleur du visage, la légère. cyanose de la face et des extrémités, le refroidissement général, la douleur: épigastrique, la soif vive, les vomissements incessants, les crampes des membres inférieurs, les lipothymies, la prostraction des forces, l’anurie. Néanmoins, il manquait la sensation de chaleur, de brülure et de constriction de la gorge, la diarrhée abondante et involontaire, et (en les mettant de côté comme n'étant pas constants) les vomissements sanguinolents et la céphalée. En somme, il s'agissait soit d’une péritonite par étranglement interne, d’une hémorrhagie interne, soit d’un empoisonnement aigu par l’arsenic.

Je fis un rapport à l’autorite judiciaire et celle-ci ordonna l’autopsie qui eut lieu 30 heures après la mort. Autopsie, — (Comme le reste du corps ne présentait

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rien d’anormal, nous ne relaterons que l'ouverture de l'abdomen.) = La cavité abdominale est remplie de sans (environ trois litres) hquide dans le ventre, coagulé dans le bassin, de couleur noirâtre, de réaction acide, d’odeur normale. Le tube intestinal est peu distendu par les gaz. La masse des intestins une fois enlevée, on trouve des caillots de sang tout autour de l'utérus, ces caillots se montrent plus compacts à droite où se trouve un corps rond et brunâtre. L’utérus est en position normale. On enlève les organes génitaux. L'utérus se montre légèrement augmenté de volume avec un col lisse et régulier; par l'ouverture du col s'échappe un peu de sang et un bouchon muqueux; la cavité utérine à peine dilatée avec une muqueuse tuméfiée et ramollie contient un peu liquide sanguin. L'ovaire, la trompe et les ligaments gauches sont normaux; l'ovaire droit est augmenté de volume et présente à sa partie antérieure un corps jaune bien distinct et récent. L’ovaire et la trompe sont attirés en bas et la trompe se coude formant un angle droit dont l'ouverture est à un centimètre et demi de l'utérus; le canal de cette trompe est oblitéré près de l’angle. Le corps rond mentionné plus haut, à droite de l’utérus, entre celui- ciet l'ovaire, est situé à la partie postérieure du ligament large, adhérent au pavillon de la trompe et à la paroi postérieure de l'utérus par une pseudo-membrane mince et transparente qui s'étend de toute la face postérieure de l’utérus à l’ovaire droit. Cette tumeur est brune et grosse comme un petit œuf de poule, de la forme d’un rein à grand diamétre verticalet le hile tourné vers l’utérus : sa moitié supérieureipénètre dans le pavillon dont les franges con-

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