LIVRE ÎII, CHAPITRÉ XXI
prits et estats de ceux qui les reçoivent : car ils exercent les bons, relèvent et redressent les tombe's et desvoye's , punissent les meschans. De chascun un mot, car il en a esté traictë ailleurs. Ces mau-s externes sont aux bons un très utile exercice et très belle eschole , en laquelle (comme les athlètes et escrimeurs, les mariniers en la tempeste , les soldats aux dangers, les philosophes en l'académie , et toutes autres sortes de gens en l'exercice sérieux de leur profession) ils sont instruicts , duicts , faicts et forme's à la vertu , à la constance et vaillance , à la victoire du monde et de la fortune. Ils apprennent à se cognoistre , ils s'es'^ sayent et voyent la mesure de leur valeur, la force et portée de leurs reins , jusques où ils doibvent espérer et promettre d'eux-mesmes, puis s'encouragent et s'affermissent à mieux , s'accoustument et s'endurcissent à tout, se rendent résolus , déterminés et invincibles , ou au contraire le long calme de la prospérité les relasche, r'amolit et apoltronit : dont, disoit Demetrius qu'il n'y avoit gens plus misérables que ceux qui n avoient jamais senti de traverse et d'affliction , appelant leur vie la mer morte '*.
* Cela est tiré de Sénèque. Inter multa magnifica, dit-il, Demetrii nostri et hœc vox est a quâ recens sum. Sonat adhuc et vibrât in auribus meis : nihil , inquil , mihi vldetur infelicius 60 cui nihil unquam eQenit adi>ersi. — Senec. de Providentiâ , cap. III. — Et dans un autre endroit : Hoc loco Demelrius
i;! DE LA SAGESSE,
Aux faultiers *^ et delînquans, une bride pour les retenir et empescher qu'ils ne bronchent; ou une réprimande et verge paternelle après leur cheute , pour les y faire penser et souvenir, affin de n'y retourner plus. C'est une saignée et médecine ou préservation pour divertir et destourner les faultes qu'elles n'arrivent, ou purgative pour les nettoyer et expier.
Aux meschans et perdus , punition , une faucille pour les touper et enlever, ou les atterer, pour traisner encores et languir iniserablement. Or voylà de très salutaires et bien nécessaires' effects , qui méritent bien que non seulement l'on ne les estime plus maux , et que l'on les reçoive doucement en patience et en bonne part, comme exploicts de la justice divine ; mais que l'on les embrasse comme gages etinstrumens du soing de l'amour et providence de Dieu, et que l'on en fasse son proffit, suivant l'intention de celuy qui les envoyé et despartit comme il luy plaist.
nostêr occurrît , qui vitam securam et sine ullis fortuntz incui'— sionibus^ mare mortuum vocat. — Id. Epist. LXVII.
Ajoutons ce vers de Publius Syrus :
Miserum te judico , quod nunquam fueris miser,
*^ A ceux qui font des fautes.