LIVRE 111, CHAPITRE XXXI
time et Famour que nous debvons porter à la sagesse que nous estudions icy, laquelle se monstre privicipaîenient à se retenir et se commander, demeurer constante et invincible : « il fauteslever son ame de terre et la conduire à une disposition semblable à cette plus îiaute partie de l'air qui n'est jamais offusque'e de nuées ni agitée de tonnerres, mais en une sérénité perpétuelle : ainsi nostre ame ne doibt estre obscurcie par la tristesse , ny esmue par la cholere, et fuyr toute précipitation, imiter le plus haut des planètes, qui va le plus lentement de tous '^ ».
Or tout cecy s'entend de la cbolere interne , couverte, qui dure, joincte avec mauvaise affection, hayne, désir de vengeance, quae in sinu stulli requiescit '^; — ut qui reponunt odia, quodque saevae cogitationis indicium est, secreto suo satiantur ^°. Car cette externe et ouverte est courte, un feu de paille, sans mauvaise affection , qui est pour faire ressentir à autruy sa faulte , soit aux inférieurs par reprehensions et réprimandes, ou autres, pour leur remonstrer le tort et indiscrétion qu'ils ont, c'est chose utile et nécessaire et bien louable.
'8 Du^air, ièid. p. goo.
'9 « Qui ne s'arrête long-tems que dans le cœur de l'insensé ». — Ecclésiaste^ ch. VII, f. 10.
^° « Tels ceux qui laissent dormir leur haine; et, ce qui est toujours l'indice de quelque funeste dessein , s'en nourrissent dans la solitude ». — Tacit. Vie d^Agricola, ch. xxxix. III. 14
Il est bon et utile et pour soy et pour autruy de quelquesfols se courroucer, mais que ce soit avec modération et reigle. Il y en a qui retiennent leurcholereau dedans, affin qu'elle ne se produise, et qu'ils apparoissent sages et modérés ; mais ils se rongent au dedans , et se font un effort qui leur couste plus que ne vaut tout. Il vaudroit mieux se courroucer et esventer un peu ce feu au dehors, affin qu'il ne fust si ardent et ne donnast tant de peine au dedans. On incorpore la cholere en la cachant. Il vaut mieux que sa poincte agisse un peu au dehors que la replier contre soy : omnia vida in aperto leviora sunt , et tune perniciosissima, cuni simulata sanitate subsidunt ^'.
Aussi contre ceux qui n'entendent ou ne se laissent gueres mener par raison, comme le genre de valets et qui ne font que par craincte, faut que la cholere y supplée vraye ou simulée , sans laquelle souvent n'y auroit reiglement en la famille. Mais que ce soit avec ces conditions : i. non souvent et à tous propos; 2. ny pour choses légères., car estant ordinaire viendroit à mespris et n'auroit poids ny effect; 3. non en l'air et à coup perdu, grondant et criaillant en absence , mais qu'elle arrive et frappe celuy qui en est
-' ce Tous \f$ vices, lorsqu ils se montrentà découvert, offrent moins de dangers ; mais ils sont bien plus pernicieux , lorsqu'ils existent cachés au fond d une ame qui n'en parait nullement atteinte ». — > Senec. Epist. LVI.