‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 128 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XXXIV. 2i · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XXXIV. 2i

diroit, vous en aurez autant à mesnie prix , nous n'en voudrions pas. Pour les avoir il faut flatter, endurer des afflictions, des injures, bref perdre sa liberté, complaire et s'accommoder aux voluptés et passions d'autruy. L'on n'a rien pour rien en ce monde. Penser arriver aux biens, honneurs, estats, offices autrement, et vouloir pervertir la loy ou bien la coustume du monde, c'est vouloir avoir le drap et l'argent. Pourquoy toy qui fais profession d'honneur et de vertu, te fasches-tu, si lu n'as ces biens-là qui ne s'acquièrent que par honteuse patience? Ayez donc plustost pitié des autres qu'envie. Si c'est un vray bien qui soit arrivé à autruy, nous nous en debvons resjouyr; car nous debvons désirer le bien les uns des autres : se plaire au bien d'autruy, c'est accroistre le sien.

CHAPITPiE XXXIV.

Contre la vengeance.

SOMMMRE. — Savoir pardonner est bien plus honorable que chercher à se venger. Un grand cœur est insensible aux injures. — Ici la clémence est encore nécessaire. Exemples : César; Jupiter.

« Contre cette cruelle passion, il faut premièrement se souvenir qu'il n'y a rien de si honorable que

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de sçavoir pardonner. Un chascun peut poursuivre la raison et la justice du tort qu'il a reçu ; mais donner grâce et rémission, il n'appartient qu'au prince souverain. Si donc tu veux estre roy de toy-mesme, et faire acte royal , pardonne librement , et use de grâce envers celuy qui t'a offensé ' «.

Secondement, qu'il n'y a rien de si grand et victorieux que la dureté' et insensibilité courageuse aux injures, par laquelle elles retournent et rejaillissent entières aux injurians , comme les coups roide-assenés aux choses très dures et solides, qui ne font autre chose que blesser et estourdir la main et le bras du frappeur : méditer vengeance est se confesser blessé ; se plaindre, c'est se dire atteint et inférieur. Ultîodolons confessîo est : non est magnus animus (juem incurvât injuria ; ingens animus et verus aestimator sui non vindicat injuriam^ quia non sentit ^.

L'on objecte qu'il est dur, grief et honteux de souf^ frir une offense; je l'accorde et suis d'advis de ne souffrir, ains *^ de vaincre et demeurer maistre , mais

^ Du Vair, de la Sainte Philosophie, p. io8g.

* a Se venger, c'est avouer qu'on a souffert: or il nVst pas d'un grand cœur d'être blessé d'une injure ; un grand cœur, qui sait s'apprécier ce qu'il vaut , ne se venge point d'une injure , parce qu'il ne l'a point sentie ». — Senec. de ira. L« III, cap. V.

-^^ Mais.

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