‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 13 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE VIII

perfide ne mérite que la foy luy soit garde'e par droict de nature , sauf que depuis il y aye eu accord , qui couvrist la perfidie, dont ne seroit plus loisible la venger : hors de ces deux cas il la faut garder à quiconque soit. A son subject, comme sera dict '". 2. A Tenneray, tesmoin le beau faict d^Attilius Regnlus, la proclamation du sénat romain contre tous ceux qui avoient esté congédiés par Pyrrhus sur leur foy ", et Camillus qui ne vouloit pas seulement avoir part ny se servir de la perfidie d'autruy, renvoyant les enfans des Falisques avec leur maistre '^. 3. Au voleur et criminel public, tesmoin le faict de Pompée aux pirates et brigands, et d'Auguste à Crocotas '^ 4- ^'^^ ennemys de la religion, à l'exemple de Josué contre les Gabaonites '^. Mais il ne la faut bailler à ces deux derniers, voleurs et hérétiques, ou apostats, ny la recevoir d'eux : car il ne faut capituler ny traicter sciemment paix et alliance avec telles gens , si ce n'est en extrême nécessité, ou pour leur réduction, ou

foi. — Tu ne me reconnais plus pour sénateur , je ne te reconnais plus pour consul. » J'ignore la source de cette citation.

'° Au chap. XV.

" Plutarque, Vie de Pyrrhus.

" Tite-liye , L. V, c. xxviî. — Plutarque, Vie de Camille.

'3 Plutarque , Vie d'Antoine.

'^ Josué , c. IX , depuis le verset 5 jusqu'à la fin.

pour un très grand bien public : • mais leur estant donnée la faut garder.

Quant à îa ebose subjecte, si elle est injuste ou impossible, l'on en est quitte; et estant injuste c'est bien faict de s'en despartir, double faute de la garder. Toute autre excuse, bors ces deux, n'est point de mise, comme perte, dommage, desplaisir, incommodité, difficulté, comme ont practiqué souvent les Romains, qui ont rejette plusieurs advantages grands pour ne rompre leur foy, cjuibus tantâ utilitate Jides antiquior fuit '^

Quant à la manière que la foy a esté donnée, c'est oii y a plus à doubler : car plusieurs pensent que si elle a esté extorquée ou par force et craincte , ou pai fraude et surprise, l'on n'y est point subject ''^ , pource qu'en tous les deux cas le promettant n'a point eu de volonté, par laquelle il faut juger toutes cboses. Les autres au contraire : et de faict Josué garda la foy aux Gabaonites, bien qu'extorquée par grande surprise et faux donné à entendre : et fut déclaré depuis qu'il debvoit ainsi faire ^\ Parquoy il semble

''* <c Ces Romains qui préféraient aux plus grands avantages , l'honneur de garder la foi promise. » — Tite-Live , L. VII, c. XXXI.

•^ Voyez Ciçéron , de Offic. , L. I , c. x ; et Platon , des Lois , L. XI. Tous deux disent qu'on ne doit point garder les conventions forcées.

'7 Josué , loco citato.

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