‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 15 sur 164 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

P^erité et admonition libre.

Sommaire. — C'est un devoir de l'amitié que l'admonition. Il ne faut pas craindre d'offenser un peu son ami , lorsqu'on veut lui être utile. — Tous ont besoin d'être avertis , mais surtout les heureux , les princes , les grands. — Huit règles à suivre dans les admonitions : observer le tems et le lieu où on les fait, ne pas blâmer indifféremment toutes les fautes , etc. , etc.

Exemples : Persée roi de Macédoine ; jeune homme repris par Pythagore ; Alexandre et Clytus.

JL'adMONITION libre et cordialle est une très salutaire et excellente médecine : c'est le meilleur office d'amitié; c'est aymer sainement, que d'entreprendre à blesser et offenser un peu , pour proffiter beaucoup : c'est un des plus spéciaux et plus utiles commanderaens evangeliques. Si peccaverit in te frater tuus , corripe illum, etc. \

Tous ont quelques fois besoing de ce remède : mais sur-tout ceux qui sont en grande prospérité'; car

' <' Si votre frère a péché contre vous , reprenez-le , etc. » S. Mathieu , c. xviii , v. i5.

a4. DE LA SAGESSE,

il est très difficile d'estre heureux et sage tout ensemble ; et les princes qui soustiennent une vie tant publique , ont à fournir à tant de choses , ne voyent et n'entendent que par les yeux et les oreilles d'autruy : et tant de choses leur sont celées! ils ont un extrême besoing d'estre avertis, autrement ils courent grande fortune, ou ils sont bien sages.

Ce bon office est rendu de bien peu de gens : il y faut, disent les sages, trois choses; jugement ou discrétion, liberté courageuse, amitié et fidélité. Elles s'assaisonnent ensemble. Peu s'en meslent par crainte de desplaire , ou faute de vraye amitié : et de ceux qui s'en meslent , peu le sçavent bien faire. Or s'il est mal faict , comme une médecine donnée mal à propos, blesse sans proffit, et produit presque le mesme effect avec douleur, que faict la flatterie avec plaisir. Estre loué, et estre reprins mal à propos , c'est mesme blesseure, et chose pareillement laide à celuy qui le faict. La vérité toute noble qu'elle est, si n'a-t-elle pas ce privilège d'estre employée à toute heure et en toute sorte. Une saincte remonstrance peut bien estre appliquée vicieusement.

Les advis et précautions pour s'y bien gouverner seront ceux-cy; s'entend oij n'y a point grande privante, familiarité, confidence, ny d'aulhorité et puissance : car en ces cas n'y a lieu de garder si soigneusement ces reigles suivantes, i. Observer le lieu et le temps : que ce ne soit en temps ny lieu de feste et de

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