‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 21 sur 164 · III · texte numérisé non relu

III

comme la vérité, encores y auroit-il quelque remède; car nous prendrions pour certain le contraire de ce que clict le menteur : mais le revers de la vérité' a cent mille figures , et un champ indefiny. Le bien , c'est à dire la vertu et la vérité, est finy et certain, comme n'y a qu'une voye au blanc : le mal, c'est à dire le vice, l'erreur, et le mensonge, est infmy et incertain, car il y a mille moyens à se desvoyer du blanc. « Certes si l'on cognoissoit l'horreur et le poids du mensonge, l'on le poursuyvroit à fer et à feu. Et ceux qui ont en charge de la jeunesse debvroient avec toute instance empescher et combattre la naissance et le progrès de ce vice, «t puis de l'opiniastreté, et de bonne heure, car tousjours croissent '^. »

Il y a une menterie couverte et desguisée, qui est la feintise et dissimulation (qualité notable des courtisans, tenue en crédit parmy eux comme vertu) vice d'ame lasche et basse; se desguiser, se cacher soubs un masque, n'oser se monstrer, et se faire voyr tel que l'on est, c'est une humeur couarde et servile.

Or qui fait profession de ce beau mestier, vit en grande peine; c'est une grande inquiétude, que de vouloir paroistre autre que l'on n'est, et avoir l'œil à soy, pour la craincte que l'on a d'estre descouvert. Le soin de cacher son naturel est une géhenne, estre descouvert une confusion. Il n'est tel plaisir que vi-

'^ Montaigne. Loc. cit.

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