LIVRE III, CHAPITRE XIV
qu'exige le corps, il faut éloigner d'eux toute mollesse et délicatesse , les endurcir à la douleur , au travail , etc. — L'affection des pères envers leurs enfans, est plus forte que celle des enfans pour leurs pères : quel en est le motif. — Quand les enfans ont atteint un certain âge , les pères doivent les admettre dans leur société , leur communiquer leurs pensées et leurs projets, les regarder enfin comme des amis ; dans leurs testamens , les traiter suivant les lois et coutumes du pays. — Les devoirs des enfans envers leurs parens sont de les respecter et honorer , de leur obéir, de les secourir dans leurs besoins, de les nourrir dans leur vieillesse, enfin de supporter patiemment leurs imperfections et même leurs vices.
Exemples : Lacédémone ; Cratès ; les Scythes ; Diogène. — Loi des Carthaginois. — Les Juifs. — Les gouvernemens de Sparte et de la Crète. — Agésilas ; Antipater ; Platon ; les Sirènes. — L'empire ottoman. — Licinius ; Valentinien; Mahomet; Lycurgue; Agrippa; Tantale; Caton l'ancien. La Cyropédie. — Caton d'Utique ; Brutus et Cassius ; Socrate; Alcibiade; Philon; Cimon; Manlius.
LiE debvoir et obligation des parens et enfans est réciproque et réciproquement naturelle : si celle des enfans est plus estroicte, celle des parens est plus ancienne, estant les parens premiers autheurs et la cause, et plus importante au public : car pour le peupler et garnir de gens de biens et bons citoyens, est nécessaire la culture et bonne nourriture de la jeu-
^o DE LA SAGESSE,
nesse , qui est la semence de la république. Et ne vient point tant de mal au public de l'ingratitude des enfans envers leurs parens , comme de la nonchajiance des parens en l'instruction des enfans : dont avec grande raison en Lacedemone, et autres bonnes polices, y avoit punition et amende contre les parens, quand leurs enfans estoient mal complexionne's. Et disoit Platon ' qu'il ne sçavoit point en quoy l'homme deust apporter plus de soing et de diligence, qu'à faire un bon fils. Et Crates s'escrioit en rbolere : A quel propos tant de soiiig d'amasser des biens, et ne se soucier à qui les laisser '^ ! C'est comme se soucier du soulier et non de son pied. Pourquoy des biens à un qui n'est pas sage , et n'en sçait user? comme une belle et ricbe selle sur un mauvais cheval. Les parens donc sont doublement obligés à ce debvoir; et pource que ce sont leurs enfans, et pource que ce sont les plantes tendres et l'espérance de la republique; c'est cultiver sa terre et celle du public ensemble.
Or cet office a quatre parties successives, selon les 'qiiatrebiens que l'enfant doibt recevoirsuccessivement de ses parens, la vie, la nourriture, l'instruction, la communication. La première regarde le temps que l'enfant est au ventre, jusques à la sortie inclusivement : la seconde, le temps de l'enfance au berceau,
' Dans le Théage.
* Voyez Plutarque; Comment il faut nourrir les enfans.