‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 60 sur 164 · LIVRE m, CHAPITRE XIV. loi · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XIV. loi

pas faire comme les bouquetières , qui pillottent par cy par là des fleurs toutes entières, et telles qu'elles sont les emportent pour faire des bouquets, et puis des presens : ainsi font les mauvais estudians qui amassent des livres plusieurs bonnes choses, pour puis en faire parade et monstre aux autres : mais il faut faire comme les mouches à miel, qui n'emportent point les fleurs comme les bouquetières, mais s'asseans *''^ sur elles, comme si elles les convoient, en tirent l'esprit, la force, la vertu, la quintessence, et s'en nourrissent, en font substance , et puis en font de très bon et doux miel, qui est tout leur : ce n'est plus thym , ny marjolaine. Aussi faut-il tirer des livres la moelle, l'esprit, (sans s'assubjectir à retenir par cueur les mots, comme plusieurs font, moins encores à retenir le lieu, le livre, le chapitre; c'est une sotte et vaine superstition et vanité , qui faict perdre le principal ) et ayant succé et tiré le bon , en paistre son ame , en former son jugement , et instruire et reiglèr sa conscience et ses opinions , rectifier sa volonté , bref en faire un ouvrage tout sien , c'est à dire unhonneste homme, sage, ad visé, résolu. Non ad pompam nec ad speciem , nec ut nomine magnijîco sequi otium velis , sed quo Jirmior adversus fortuita rempuhlicam capessas ^^.

"♦'^y S'asseyant, se posant.

^8 « Non pour la pompe et l'apparence , non pour couvrir

Et à cecy le choix des sciences y est nécessaire. Celles que je recommande sur toutes , et qui servent à la fin que je viens de dire , sont les naturelles et morales, qui enseignent à vivre et bien vivre, la nature et la vertu , ce que nous sommes et ce que nous debvonsestre. Soubs les morales sont comprinses les politiques, œconomiques , les histoires. Toutes les autres sont vaines et en Pair, et ne s'y faut arrester qu'en passant ^^.

Cette fin et but de l'instruction de la jeunesse et comparaison de la science et sagesse , m'a tenu fort long temps, à cause de la contestation. Poursuyvons les autres parties et advis de cette instruction. Les moyens d'instructions sont divers. Premièrement deux; l'un par parole, c'est à dire, préceptes, instructions et leçons verbales ; ou bien par conférences avec les

d'un beau nom l'oisiveté de votre vie , mais pour que d'une ame plus affermie contre tous les dangers, vous osiez vous charger des affaires de la république. » 'Tacite, Hisioriar., Lib. IV, cap. V. — Voici le passage de Tacite ; il a été un peu défiguré par Charron : Helvidius Priscus.... ingenîum illustre altloribus studiis jiwenis admodum dédit; non , ut plerique, ut nomine magnîjico segne otium velaret^ sed quofirmior adversus fortuitu rempublicam capesseret ; doctores sapientiœ. secutus est, qui sola hona quœ honesta , mala tantum quœ turpia ; potentianif nobililatem , cœteraque extra animum, neque bonis neque malis adnumerant.

^3 C'est à peu près l'avis de Platon. Voyez ép. x.

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