‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 70 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIV

lent cette beste à cause de cecy, chasida '°°, c'est à dire la débonnaire , la charitable. Nous en avons aussi des exemples notables en l'humanité'. Cymon , fils de ce grand Miltiades, ayant son père .trespassé en prison , et n'ayant de quoy Tenterrer (aucuns disent que c'estoit pour payer les debtes , pour lesquelles l'on ne vouloit laisser emporter le corps , selon le style des anciens) se vendist et sa liberté , pour des deniers provenans estre pourvu à sa sépulture '°'. Il ne secourut pas son père de son abondance , ny de son bien, mais de sa liberté qui est plus chère que tous les biens, et la vie. Il ne secourut pas son père vivant et en nécessité , mais mort et n'estant plus père ny homme. Qu'eust-il faict pour secourir son père vivant, indigent , le requérant de secours ? cet exemple est riche. Au sexe foible àes femmes nous avons deux pareils exemples de filles qui ont nourri et allaicté, l'une son père, l'autre sa mère , prisonniers et condamnés à pe-

cigognes : ce mot est composé d'avn 'et de Tre^apyoç cigogne , et ce dernier mot de TraXôç.noîr et àpyo; blanc, oiseau noir et blanc.

'°° Lévit. XL — Job, XXXVI.

'°' Senec. Controoers. prima. — Justin, li. II, in fine. — Val.-Max. L. V, c. l'^', num. 2. Extern. Au reste , Platon ne dît point que Miltiades soit mort en prison ; il nous apprend que le décret portait que Miltiades serait mis dans ce cachot , mais que cette sentence ne fut point exécutée, le collège des Prjtaues s y opposant. Voy. Platon in Gorgia.

rir de faim '°^, punition ordinaire aux anciens. Il semble aucunement contre nature que la mère soit nourrie du laict de la fille; mais c'est bien selon nature, voire de ses premières loix, que la fille nourrisse sa mère.

L^ qualriesme est de ne rien faire, remuer, entreprendre qui soit de poids, sans l'advis, consentement et approbation des parens , sur-tout en son mariage.

Le cinquiesme est de supporter doucement les vices, imperfections, aigreurs, chagrins des parens, leur sévérité et rigueur '"^ Manlius le practiqua bien : car ayant le tribun Pomponius accusé le père de ce Manlius envers le peuple de plusieurs faultes , et entre autres qu'il traictoit trop rudement son fils, luy faisant mesme labourer la terre : le fils alla trouver le tribun en son lict, et luy mettant le Cousteau à la gorge , luy fit jurer qu'il desisteroit de la poursuite qu'il faisoit contre son père , aymant mieux souffrir la rigueur de son père , que de le voir poursuyvi de cela '°K

102 Voyez dans Pline Nat. Hi'st.^ L. Vil, c. xxxvi, les éloges qu'il donne à cette action. Voyez aussi Val.-Max. L. V, c. IV.

"o3 Facile intelligo , dit Cicéron , non modo reticere hommes parentum injurias, sed eiiam anima œquo ferre oportere. — Orat. pro Cluentio , n. i 7, '

'o4 — Cicer. de Offic. L. III, c xxxi, n. 112. — Tite-

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