‹ De la sagesse (volume 2)Chapitre 75 sur 164 · LIVRE III, CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XVI

iieur qui leur est dû, de leur obéir, de payer les impôts. — Mais est-il permis d'attenter à la personne d'un tyran? Il faut distinguer si, n'étant pas souverain de droit, il usurpe la souveraineté , on doit lui résister : si, étant souverain de droit , il commande indûment et méchamment , il y a encore une distinction à faire. Veut-il détruire la religion , forcer les consciences ? on ne doit point lui obéir. Est-il injuste, ravit-il la liberté des personnes ou la propriété des biens ? il faut se résigner, supporter ce fléau passager, attendre que Dieu le punisse. Mais veut-il changer les lois fondamentales, la forme du gouvernement; par exemple , rendre l'état d'électif, héréditaire , de démocratique , monarchique ; ou autrement ? En ce cas , il faut lui résister; car il n'est pas maître de l'état, mais seulement gardien et dépositaire ; mais cette résistance appartient aux tuteurs de l'état, aux magistrats , par exemple, et surtout aux assemblées générales de la nation. — C'est une sage institution 1 un usage très-avantageux d'examiner la conduite des souverains après leur mort. L'arrêt que le peuple prononce sur leurs cendres , est une leçon pour leurs successeurs.

Exemples : Auguste ; Lycurgue ; Agésilas ; Séleucus ; Philippe, roi de Macédoine ; Démétrii^s. — Les Grecs , lorsqu'ils décernaient des récompenses aux meurtriers d'un tyran ; Saiil ; Nabuchodonosor , Hercule ; Dion ; Timoléon ; Tamerlan.

JDes princes et souverains, leurs descriptions, marques, humeurs, misères et incoramodités , a esté parlé

au livre I , chap. 5i , de leur debvoir à gouverner estais, a esté parlé très amplement au livre présent, chap. 2, et 3, qui est de la prudence politique : toutesfois nous toucherons icy les chefs et traits généraux de leur debvoir.

Le souverain comme médiateur entre Dieu et les peuples, et débiteur à tous deux, se doibt tousjours souvenir qu'il est l'image vive, l'officier et lieutenant gênerai du grand Dieu son souverain, et aux peuples un flambeau luisant, un miroir esclairant, un theastre eslevé, auquel tous regardent, une fontaine en laquelle tous vont puiser, un esguillon à la vertu, et qui ne faict aucun bien qui ne porte sur plusieurs , et ne soit mis en registre et en compte. Il doibt donc premièrement estre craignant en Dieu, devost, religieux, observateur de piété, non seulement pour soy et sa conscience, comme tout autre homme, mais pour son estât et comme souverain. La piété que nous requérons icy au prince est le soing qu'il doibt avoir et monstrer a la conservation de la religion et des cérémonies anciennes du pays, pourvoyant par loix et peines à ce qu'il ne se fasse aucun changement ny trouble ny innovation en la religion. C'est chose qui faict grandement à son honneur et seureté (car tous révèrent, obeyssent plus volontiers, et plus tard entreprennent contre celuy qu'ils voyent révérer Dieu, et croyent estre en sa tutele et sauve-garde , una custodia pieîas : pium virum nec malus genîus nec fatum

Page 1