LIVRE III, CHAPITRE XVII. i^i
Tout ainsi que l'on s'habille, l'on se pare et se met-on en sa bienséance avant sortir de la maison et se monstrer en public : aussi avant que prendre charge publique , il faut en son prive' apprendre à reigler ses passions et bien establir son ame. On n'amené pas au lournouer *' un cheval neuf, ny s'en sert-on en affaire d'importance , s'il n'a esté dompté et apprins auparavant : aussi devant que se mettre aux affaires et sur la monstre du monde, il faut dompter cette partie de noslre ame farousche, luy faire ronger son frein, luy apprendre les loix et les mesures avec lesquelles elle se doibt manier en toutes occasions. Mais au rebours c'est chose piteuse et bien absurde, disoit Socrates , que bien que personne n'entreprenne d'exercer un mestier et artmechanique que premièrement il ne l'aye apprins, toutesfois aux charges publiques, et à l'art de bien commander et bien obeyr, de gouverner le monde, le mestier le plus difficile de tous , ceux y sont reçus et l'entreprennent , qui n'y sçavent du tout rien ^
rapporte. Honores j'uris gladii nunquam vendî passas est, dicens : Necesse est ut qui émit , vendat. Ergo non patiar mercatores potestatum ; quos si patiar, damnare non possim. Erubesco enim punire ilium hominem qui émit et vendit. — = Lampridius , in Alexandio Severo.
"^^ Au tournoi.
^ C'est une observation que Socrate a souvent occasion de faire , dans les dialogues où Platon le met en scène.
i42 DE LA SAGESSE,
Les magistrats sont personnes mixtes et mitoyennes entre le souverain et les particuliers, « dont il faut qu'ils sçachent commander et obeyr, qu'ils sçachent obeyr au souverain , ployer sous la puissance des magistrats supérieurs à soy, honorer leurs e'gaux, commander aux subjects, deffendre les petits, faire teste aux grands , et justice à tous : dont a esté bien dict à propos, que le magistrat descouvre la personne, ayant à jouer en public tant de personnages '' ».
Pour le regard de son souverain, le magistrat, selon la diversité' des mandemens, doibt diversement se gouverner, ou promptement, ou nullement obeyr, ou surseoir l'obeyssance. i. Aux mandemens qui luy attribuent cognoissance , comme sont toutes lettres de justice, et toutes autres où y a cette clause ou équivalente (s'il vous appert), ou bien qui sans attribution de cognoissance sont de soy justes ou indifférentes, il doibt obeyr, et luy est aysé de s'en acquitter sans scrupule.
2. Aux mandemens qui ne luy attribuent aucune cognoissance, mais seulement l'exécution, comme sont lettres de mandement , s'ils sont contre le droict et la justice civile, et qu'il y aye clause dérogatoire, il doibt simplement obeyr : car le souverain peut
4 Tout ce paragraphe est tiré textuellement de Bodin , de lu Rép, L. m.