‹ De la sagesseChapitre 110 sur 280 · LIVRE I, CHAPITRE XXIV. i · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE XXIV. i

sont mesmes aux bestes , sont limités et courts , l'on en voyt le bout, selon eux personne n'esj; indigent; de ceux-cy sera parlé cy-après au long , car ce ne sont à vray dire passions. Les autres sont outre nature , procedans de nostre opinion et fantasie , artificiels , superflus, que nous pouvons, pour les distinguer par nom des autres , appeller cupidités. Ceux-cy sont purement humains ; les bestes ne sçavent que c'est : l'homme seul est desreiglé en ses appétits; ceux-cy n'ont point de bout, sont sans fin, ce n'est que confusion. Naturalia desideriajinita sunt : exfalsâ opinion e nascenlia , ubi desinant non habent : nullus enim terminus faiso est. Via eunti aliauid extremum est , error immensus est '. Dont selon eux personne ne peust estre riche et content. C'est d'eux proprement ce que nous avons dict au commencement de ce chapitre, et que nous entendons icy en cette matière des passions. C'est pour ceux-cy que l'on sue et travaille, ad supervacua sudatur2, que l'on voyage par mer et par terre, que l'on guerroyé, que l'on se tue, l'on se noyé, l'on se trahist, l'on se perd, dont a esté très bien dict, que cu-

• « Les désirs naturels sont bornés ; ceux qui proviennent d'une opinion fausse ne savent point s'arrêter ; car l'erreur n'a point de bornes. Il y a quelque chose au bout , pour celui qui marche dans le chemin , il n'y a rien pour celui qui s'égare ». Je+\tt*r t iM.llg, f*v *m,

2 « On sue ( on se donne beaucoup de peine ) pour des choses superflues », itmttm. , Zf*. #.

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pidité estoit racine de tous maux. Or il advient souvent (juste punition) que, cherchant d'assouvir ses cupidite's et se saouler des biens et plaisirs de la fortune , Ton perd et Ton se prive de ceux de la nature ; dont disoit Diogenes à Alexandre , après avoir refusé son argent, que pour tout bien il se retirast de son soleil.

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