LIVRE I, CHAPITRE XLIV. 32j
les hommes et femmes se baignent ensemble avec les estrangers. En midy la polygamie est par-tout receue. Toute l'Afrique adore Venus17, dict Solinus. Les méridionaux meurent de jalousie, à cause de quoy ils ont les eunuques gardiens de leurs femmes , que les grands seigneurs ont en grand, nombre comme des haras l8.
Quant à la cruauté, les extremite's sont semblables , mais pour diverses causes, comme se verra tantost aux causes : les punitions de la roue, et les empalemens des vifs, venus de septentrion19: les inhumanités des Moscovites et Tartares sont toutes notoires. Les Allemans, dict Tacite20, ne punissent les coupables juridiquement, mais les tuent cruellement comme ennemis. Ceux de midy aussi escorchent tout vifs les criminels , et leur appétit de vengeance est si grand , qu'ils en deviennent furieux s'ils ne l'assouvissent. Au milieu sont bénins et humains. Les Romains punissoient les plus grands crimes du bannissement simple ; les Grecs usoient de breuvage doux de ciguë pour faire mourir les condamnés. Et Ciceron dict 2I
?7 Ante omîtes barbaros , dit Tite-Live , Numiclœ in Vénérera effusi.
18 Voyez Hérodote, L. IIJ , Diodore de Sicile, L. il, et Joseph , Antiq. Judaïq. L. IV.
•9 Bodin , L. v , c. 1.
20 De Mor. Germ. cap. 25.
21 Epïstola prima ad Q.fratrem.
33o DE LA SAGESSE,
que l'humanité et la courtoisie est partie de l'Asie mineure , et dérivée au reste du monde.
La cause de toutes ces différences corporelles et spirituelles est l'inequalité et différence de la chaleur naturelle interne , qui est en ces pays et peuples : sçavoir, forte et véhémente aux septentrionaux, à cause du grand froid externe, qui la resserre et renferme au dedans, comme les caves et lieux profonds sont chauds en hyver, et les estomachs , ventres hieme caïïdiores** : foible aux méridionaux, estant dissipée et attirée au dehors par la véhémence de l'externe , comme en esté les ventres et lieux de dessoubs terre sont froids : moyenne et tempérée en ceux du milieu. De cette diversité, dis-je, et inequalité de chaleur naturelle, viennent ces différences, non-seulement corporelles, ce qu'il est aisé de remarquer, mais encores spirituelles ; car les méridionaux , à cause de leur tempérament froid , sont mejancholiques , et par ainsi arrestés, constans, contemplatifs, ingénieux, religieux, sages. Car la sagesse est aux animaux froids comme aux elephans, qui, comme le plus melancholique de tous les animaux, est le plus sage, docile, religieux, à cause du sang froid. De ce tempérament melancholique advient aussi que les méridionaux sont paillards à cause de la melancholie spumeuse, abradente *23, et
22 « Les estomacs sont plus chauds en hiver ».
*23 Ce doit être le mot latin abradens francisé , participe