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CHAPITRE XLVII

Du commander et obéir.

Sommaire. — De l'état populaire et de l'état monarchique. — Du droit divin.

Exemples : Platon. — Sparte.

Ce sont, comme a esté dict, deux fondemens de toute société humaine , et de la diversité des estats et professions. Ces deux sont relatifs, se regardent, requièrent , engendrent , et conservent mutuellement l'un l'autre, et sont pareillement requis en toute assemblée et communauté, mais qui sont obligés à une naturelle envie , contestation et mesdisance ou plaincte perpétuelle. La populaire rend le souverain de pire

* C'est le quarante-unième chapitre de la première édition.

condition qu'un charretier ; la monarchique le. met au-dessus de Dieu1. Au commander est la dignité', la difficulté' (ces deux vont ordinairement ensemble) , la bonté', la suffisance, toutes qualités de grandeur. Le commander, c'est-à-dire la suffisance, le courage, l'authorite' est du ciel et de Dieu : imperium non nisi divinofato dalur : omnis potestas a Deo est2 : dont dict Platon que Dieu n'establit point des hommes, c'està-dire de la commune sorte et suffisance, et purement

1 Toute cette phrase est prise mot-à-mot dans Montaigne , L. m , ch. 5. Mais Charron me semble en avoir détourné ou obscurci le sens. « Je feuilletais il n'y a pas un mois , dit Montaigne , deux livres écossais , se combattans sur ce subject (sur la préférence que mérite, soit le gouvernement démocratique, soit le gouvernement monarchique). Le populaire ( c'est-à dire , L'auteur qui défend le gouvernement du peuple ) rend le roi de pire condition qu'un charretier ; le monarchique ( c'est à-dire, celui qui préfère le gouvernement d'un seul), le loge quelques brasses au-dessus de Dieu, en puissance et souveraineté ». Ceci peut servir à expliquer l'idée de Charron. Par ces mots la populaire , il n'entend pas la puissance même du peuple, mais les opinions (/« contestation, comme il dit), des partisans du système de la démocratie.

2 « L'empire n'est donné que par la providence divine : toute puissance vient de Dieu ». C'est de cette maxime du droit divin , dont l'origine remonte au gouvernement théocratique , que vient la formule de Roi par la grâce de Dieu , avec toutes ses conséquences. Noodt a complètement démontré la fausseté de cette maxime, dans son traité sur le pouvoir des souverains, traduit et commenté par Barbeyrac.

LIVRE I, CHAPITRE XLVII. 34.5 humaine, par dessus les autres; mais ceux qui, d une touche divine, et par quelque singulière vertu et don du ciel, surpassent les autres, dont ils sont appelés heroes^. En l'obéir est l'utilité', l'aisance, la nécessite', tellement que pour la conservation du public, il est encores plus requis que le bien commander; et est beaucoup plus dangereux le desny d'obéir, ou le mal obéir, que le mal commander. Tout ainsi qu'au mariage bien que le mary et la femme soient également oblige's à la loyauté et fidélité, et l'ayent tous deux promis par mesmes mots , mesmes cérémonies et solemnités, si est-ce que les inconveniens sortent sans comparaison plus grands de la faute et adultère de la femme que du mary ; aussi bien que le commander et obéir soient pareillement requis en tout estât et compagnie, si est-ce que les inconveniens sont bien plus dangereux de la désobéissance des subjects que de la faute des commandans. Plusieurs estats ont longuement roulé et assez heureusement duré soubs de très meschans princes et magistrats , les subjects s'y accommodans et obeissans ; dont un sage interrogé pourquoy la republique de Sparte estoit si florissante, si c'estoit pource que les roys commandoient bien :

3 Platon , dans son dialogue intitulé Cratylus, donne une autre raison de cette dénomination. Les héros , dit-il, s'appellent ainsi , parce qu'ils sont nés du commerce de quelques dieux avec des mortelles; etc.

mais plustost, dict-il, pource que les citoyens obéissent bien4. Mais si les subjects refusent d'obéir et secouent le joug , il faut que Testât donne du nez à terre.

4 Ce fut Théopompe , roi de Lacédémone , qui fit cette réponse. — Voyez Plutarque , Instruction pour ceux qui manient les affaires d'étal.

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