LIVRE I, CHAPITRE LVII. (n
toutes choses sont en communauté, tend plus à perfection, et tient plus de charité et concorde. Cecy peust avoir lieu en compagnie de certain nombre de gens, conduite par certaine reigle, mais en un estât et republicque non : dont Platon l'ayant une fois ainsi voulu1, pour chasser toute avarice et dissention, se r'advisa : car comme la pratique monstre , non-seulement il n'y a poinct d'affection cordiale à ce qui est commun à tous , et comme dict le proverbe : l'asne du commun est tousjours mal basté; mais encoresla communauté tire à soy tousjours des querelles, des murmures et des haynes, comme il s'est veu toujours, voire dedans l'église primitive. Crescenle numéro discipuloTum , faclum est murmur Graecorum adversîis Hebraeos 2. La nature d'amour est telle que des gros fleuves, qui portent les grandes charges, s'ils sont divisés n'en portent poinct; aussi estant divisés à toutes personnes et toutes choses, pert sa force et vigueur. Mais il y a degrés de communauté : vivre, c'est à dire manger et boire ensemble est très bon, comme il estoit aux meilleures et plus anciennes re-
1 Voyez le cinquième livre de sa République : il y développe son système , ainsi que dans le huitième , au commencement. Mais il n'est guères vraisemblable que Platon ait parlé sérieusement.
2 « Le nombre des disciples s'étant accru, il s'éleva un murmure de la part des Grecs contre les Hébreux ». — Actes des Apôtres, chap. VI, v. i.
£i2 DE LA SAGESSE,
publicques de Lacedemone et de Crète3; car outre que la modestie et discipline est mieux retenue, il y a une très utile communication : mais penser avoir tout commun , comme vouloit Platon un coup , car après il se r'advisa, c'est pervertir tout.
3 Voyez Plutarque : dits notables des Lacedemoniens , et la vie de Lycurgue , du même auteur.
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