LIVRE I, CHAPITRE LXI. /fi
truy, ny par la fortune mesme : au rebours le servage de l'esprit est le plus misérable de tous : servir à ses cupidités , se laisser gourmander à ses passions , mener aux opinions , ô la piteuse captivité ! La liberté corporelle est un bien fort a estimer, mais subject à la fortune : et n'est juste ny raisonnable (s'il n'y est joincte quelqu' autre circonstance) , de la préférer à la vie, comme les anciens, qui choisissoient et se donnoient plustost la mort que de la perdre ; et estoit réputé à grande vertu, estimant la servitude un très grand mal : servîtus obedienlia est fraciî animi et abjecti , arbitrio carenûs suo\ De très grands et très sages ont £ servi, Regulus, \alerianus, Platon, Biogenes, et à de très meschans et iniques : et n'ont pour cela empiré leur propre condition, demourans en effect et au vray plus libres que leurs maistres.
1 « La servitude est la sujétion d'une ame sans force, sans courage , et privée de son libre arbitre ». Cicer. Paradoxe v, cliap i.