‹ De la sagesseChapitre 276 sur 280 · S NOTES AJOUTÉES · texte numérisé non relu

S NOTES AJOUTÉES

Liv. I". chàp. Ier, page û. — Ay&si l'homme estil très -difficile à cognoistre. — Bayle l'a remarqué avec beaucoup de justesse : « Je ne sais , dit-il , si la nature peut présenter un objet plus étrange et plus difficile à démêler à la raison toute seule , que ce que nous appelons un animal raisonnable ; il y a là un chaos plus embrouillé que celui des poètes. » — Continuation aux pensées diverses, sect.i 12.

Chap. il, page Jn. — Son corps fut basty le premier de terre vierge. — Si lévêque Archelaus, qui, à ce qu'on prétend, a eu une dispute avec Manichée; si, dis-je, cet évêque supposé a dit vrai, Charron, en voulant expliquer la formation de l'homme, mériterait le même reproche ; car , selon cet évêque , omnis enini qui de aliquo exponit , quomodo factus sit , majorent se et antiquiorem ostendit esse quant est Me de quo dicit. act. disput. Archel. p. 66. De Beausobre qui cite ce passage, a raison d'y ajouter une réflexion qui se présente aussitôt à l'esprit: A ce compte , dit-il, Moyse voulait montrer qu'il était plus grand et plus ancien

* Ces notes sont de Naigeon. Elles n'ont pas été placées au bas des pages où elles devraient se trouver, parce qu'une partie de ce premier tome de Charron était imprimée , lorsque j'ai pu disposer du travail de Naigeon sur ce philosophe.

Ua NOTES

que le monde , puisqu'il en raconte la création. —

Hist. des dogmes de Manichée, Liv. I, chap. il.

Même chapitre, page 17. — Sol et homo générant

•hhu**hi** ' J^tMntthominenif^— Césalpin veut que cette maxime : l'homme

<b"it*wr.j tf,l i*~ et le soleil engendrent l'homme , signifie , non pas que

f"*'' l'adjonction du^oïeil est nécessaire à la production de

l'homme 5 mais que le soleil , sans l'aide de l'homme ,

est une cause suffisante de la production de l'homme.

Il prétend que la matière de tous les êtres sublunaires

n'est qu'une puissance passive , qui acquiert, par le

mouvement des cieux, toute son actualité. Il donne à

l'intelligence motrice des cieux, la première formation

des êtres , comme à la cause principale , et aux cieux

comme à la cause instrumentale. — & Césalpin. Quœst.

peripateticœ, Liv, V, chap. ï. — Césalpin fut premier

médecin du pape Clément VIII , et mourut à Rome,

le 23 février i6o3.

Chap. m, page 21. — Uame..3 parcelle , scintille, image et defluxion de la divinité. — Charron voulaitil dire par là que l'ame était une émanation , une prolationdeDieuPCelaneseraitpas trop orthodoxe : ou Lieu a-t-il voulu dire simplement que lame venait de Deo, et non pas ex Deo ? Je laisse au lecteur à décider la question. Pour moi, si j'en juge d'après l'explication des trois parties dont il compose l'homme, je ne doute nullement qu'il n'ait cru que Dieu avait produit l'esprit par voie d'émanation. C'est à la vérité une impiété horrible , et qui entraîne les plus affreuses conséquences 5 mais , que les catholiques romains fassent réflexion que les pères de l'église , ces hommes qu'ils

s imaginent être conduits par l'action immédiate de la divinité , ont tous, ou du moins la plus grande partie , donné dans la même erreur, et alors ils seront moins prompts à prononcer anathême contre Charron, supposé qu'il se soit laissé infecter du même venin.

Chap. v. , page 29. — Des propriétés. singulières du corps humain. — Le titre de ce chapitre me rappelle une très-belle pensée de Galien : il disait qu'en composant son traité de l'Usage des parties du corps humain , il avait fait un hymne incomparable à la louange du Créateur. Hobbes dit quelque chose d'approchant dans son petit traité , De Homine : ceux-là , dit-il , qui, étant capables de considérer les vaisseaux qui servent à la génération et à la nutrition , ne remarquent pas qu'ils ont été faits par un être plein d'intelligence, pour différentes fins , doivent passer , eux-mêmes , pour des gens destitués d'intelligence. Quij, si machinas omnes tum generationis , tum nutritionis satis perspexerint , nec tamen eas a mente aliqua conditas ordinatasque ad sua quasque ojjîcia viderint , ipsi profecto sine mente esse censendi sunt. — Hobbes , De Homme 3 chap. I.

Chap. VI, page 34« — La beauté — est une pièce de grande recommandation. — Cela est pris dans Montaigne, Liv. II, chap. .XVII. Formo sa faciès muta commendatio est , dit Publius Syrus. Quel que soit l'avantage de la beauté, Cicéron n'en a pas moins raison de dire que celle de l'ame est préférable à celle du corps ; animi enim lineamenta sunt pulchriora quant corporis. De finib.Liv. III, n°. ^5; et

Platon ne craint point de dire que celui qui préfère la beauté du corps à la vertu , déshonore véritablement et entièrement son ame. De Legib. Liv. V'

Même chapitre , page 85. — Aristote dit qu'il appartient aux beaux de commander. — Voyez la politique d'Aristote ; liv. III , chap. ni. Voici un passage de Themistius qui vient à l'appui de la pensée d'Aristote. Nascitur rex et inter hommes, sed tamen raro, et post longa annorum intervalla; tum scilicet quum animipulchritudo cum corporis excellentia co?nungitur ac commiscetur , atque is certe magnus est rex , cujus forma âc species intégra est,, omnique ex parte absoluta et perfecta. — Themistius , in clementia Theodosii.

Même chapitre , page 3y. — Cette diversité ( des visages ) est très-utile. — Si Cumberland eût existé avant Charron , on croirait que ce dernier a copié ce qu'il dit ici. Comme j'ignore si Cumberland entendait la langue française , je ne puis dire s'il a profité, en cet endroit, des idées de Charron. Quoi qu'il en soit , voici comme il s'exprime : « Cette diversité prodigieuse des traits du visage qui font qu'entre plusieurs milliers de personnes, à peine en voit-on deux qui se ressemblent, est très-utile pour l'entretien des sociétés ; car tous les hommes peuvent être aisément distingués par là : chacun peut sans se méprendre , reconnaître ceux avec qui il a fait quelque convention ou entrepris quelque affaire que ce soit, et quelqu'un peut rendre aussi un témoignage certain de ce que l'on a dit^ fait., ou entrepris: toutes choses dont il n'y aurait pas moyen de s'assurer, s'il ne se

trouvait sur le visage de chaque personne , quelque caractère particulier qui empêchât de la confondre avec d'autres » . — Traité des lois naturelles, chap. il. p. 176 de la version française.

Même chapitre, page 4°- — Socrates confessoit que la laideur de son corps accusoit justement la laideur naturelle de son ame; etc. — ■ Ceci est pris de Cicéron, Tuscul. Quœst.lAv.yij chap. xxvn, n°. 3o. Le même Cicéron nous apprend que Stilpon avait corrigé par l'étude de la philosophie ; les mauvaises inclinations du tempérament. Voy. Defato , liv. V.

Chap. VIII, page 61. — Elle (lame) meut le corps et non soy-mesme. Charron a raison ; il a senti l'erreur d'Aristote qui fait consister les principales proptiétés de l'ame dans la force de se mouvoir. Voy. Aristot. de Anima , liv. I ; chap. il, et Plutarque de placitis philosophorum , liv. IV, chap. 11. Platon était aussi dans cette erreur. Voy. Platon in Phcedro.

Chap. vin , page 66. — La seconde (absurdité) fait aussi les b estes immortelles . — Rapportons ici l'opinion de Daniel Sennert 3 qui veut que de sa nature , l'ame des bêtes soit aussi immortelle que l'ame de l'homme; de sorte que , si celle-ci ne périt pas avec le corps , comme l'autre , c'est par une grâce particulière du Créateur. — Sennert de générât. <viventium3 cap. xiv. — Ajoutons ce passage de La Mothe-Le-Vayer : « On ne peut ajouter de raisons humaines si fortes pour l'immortalité de notre ame , qui n'aient leurs revers , faisant autant pour l'immortalité de l'ame des brutes, ou qui ne soient balancées par d'autres raisons aussi

puissantes» . (Dialogue de l'ignorance louable, page 1 1 3 de l'édit. de Francfort ). . . « Il en restera toujours assez pour embarrasser tout esprit qui ne consultera que la philosophie pour se résoudre sur ce point » (Id. ibid.). Joseph François Boni prétend que l'ame des bêtes est une production , ou plutôt une émanation de la substance des mauvais anges, et que c'est pour cela qu'elle est mortelle ; voilà le système du père Bougeant. — Vita del cavagliere Borri 3 page 354 et seqq

Chap. vin, page 67. — Voyons d'où elle (l'ame) vient et comment elle entre au corps. — L'Astronome Hipparque attribuait aux âmes une origine céleste ; écoutons Pline : Hipparchus 3 nunquam satis laudatus 3 ut quo nemomagis approb averti cognationem cum homme siderum 3 animasque nostras partem esse cceli. Hist. Nat. Liv. II /chap. XXVI.

Même chapitre , page 68. — C'est une chose secrette et incognue aux hommes 3 de laquelle (opinion) ont été sainct ^Augustin , Grégoire , etc. — Saint Augustin dit ( de Gen. ad liter. Liv. VII 3 chap. xxiv ), qu'il est vraisemblable que Dieu créa, au commencement, toutes les âmes. Ruffin attribue ce sentiment à Saint Jérôme. Philastre, cap. 99, condamne comme des hérétiques , ceux qui nient que les âmes ont été créées avant les corps. Il est vrai que Saint Augustin a varié là dessus ( Voy. Retract. Lib. I , cap. 10). Au reste, voyez le livre de Sandius de origine animœ : il prouve: par une infinité d'autorités que "les pères latins ont cru la préexistence des âmes.

Même chapitre , page 71. — L'ame donc est toute

AJOUTEES. 44.7

en tout le corps , je ji ad joute pomt quelle est toute en chasque partie du corps } car cela implique contradiction .

— Toto in toto , et toto in singulis partibus. C'est ce que disent les scholastiques de la présence de l'ame dans le corps humain. Au reste, Charron a très-bien senti l'absurdité de cette assertion ; car on n'a aucune idée d'une substance incorporelle qui soit toute dans son espace, et toute dans chaque partie de son espace.

Même chapitre, page ^3. — Toutes fois , les Sa-> duceens... n'en faisaient point la petite bouche à la nier (l'immortalité de l'ame). — Joseph l'assure. Voyez de Bello judaico , L. II , cap. xii. Voyez aussi slntiq. judaic. L. XVIII , cap. Il, — Il y en a eu bien d'autres qui ont nié l'immortalité de l'ame ; citons d'abord Arnobe. Ce docteur enseigne que l'ame humaine est mortelle de sa nature 5 qu'elle périra totalement dans les enfers par l'activité des tourmens , et qu'elle ne durera toujours dansle paradis que par une pure grâce de Dieu. Il soutient qu'une nature immortelle et non composée est incapable de sentir de la douleur. ( Arnobius adversus gentes 3 L. II ). Clément d'Alexandrie dit en propres termes : corruptibilis igitur est anima * quœ cum corpore simul profunditur 3 ut quidam putant; ( Adumbrat. in I epist. Petr. ) Ces derniers mots ? ut quidam putant^ sont certainement une addition , dit Beausobre, note XI in lib. VI, cap. ix, Hist. dogm. Manich. — etc.

Même chapitre , page ^5. — Au dessous... est ce qui n'en a pomt ( d'ame ) comme les pierres. — Les Manichéens soutiennent que tout est animé dans la

nature , même les pierres ( Voyez Tite de Bostros , col. 923 ). Ajoutons, que si nous en croyons Saint Augustin , de morib. Manichœ. L. XII , cap. XVII, les Manichéens prenaient les plantes pour des animaux raisonnables 5 de sorte que ceuillir une fleur bu un fruit , c'était selon eux , commettre presque un ho micide.

Même chapitre, page 78. — La Mètempsy chose a

esté aucunement embrassée par les académiciens } etc . — Origène a cru que les âmes animent divers corps successivement , et que ces transmigrations sont réglées à raison de leurs mérites ou de leurs démérites. Voyez les Origeniana de M1. Huet , L. II, Quœst. vi, n°. 17. Les cabalistes gardent encore cette ancienne erreur. Voyez Sandius de origin. animar. add. ad pag. 108. Il cite le rabbin Elias , inlib. Thisbi. In voce Gril gale.

Même chapitre, même page. — Aucuns ont dit que les âmes des méchants estaient au bout de quelque long temps réduites en rien. — Jean de Damas , dans un dialogue contre les Manichéens , soutient que le feu de l'enfer n'est pas feu corporel , et que Dieu ne punit les démons et les médians qu'en leur laissant leurs passions , et en leur ôtant les objets qui pourraient les satisfaire. Voyez ce dialogue dans l'édition du père Lequien , Tom. I, pag. 428.

Chapitre X, page 82. — La couleur qui est une qualité inhérente au corps. — Charron qui , en beaucoup de choses , a certainement secoué le joug d'une infinité de préjugés scholastiques , en a néanmoins con-

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serve quelques-uns qui paraissent être plutôt ceux de son siècle que les sien. Tel est, par exemple, ce qu'il dit ici de la couleur : l'opinion qu'il suit est celle d'Aristote, qui regardait la couleur comme une qualité résidente dans les corps colorés ; ce qui est une erreur : la couleur n'est qu'une sensation de l'ame , une modification , elle n'existe que dans nous et non dans les

corps Charron se trompe encore sur le nombre et

la qualité des couleurs primitives. Il y en a sept, selon Newton, etc.

Même chapitre , page 84- — Il y a au dedans le sens commun. — C'est ce qu'on appelle le sensorium commune 3 ou le siège de la sensation. <.

Chapitre xi , page 84- — Toute cognoissance s'acliemine à nous par les sens :... mais n'est pas du tout (c'est-à-dire entièrement) vrai. — Dans l'édition de Bordeaux , on ne trouve point cette restriction : j'ignore pourquoi Charron l'a mise 5 puisqu'il pensait comme Montaigne sur l'origine de nos connaisances , il aurait dû le dire aussi librement. C'est avoir encore des préjugés que de craindre de choquer ceux des autres. Ceux qui ont lu Locke, savent avec quelle force il a combattu la chimère des idées innées ; son sentiment serait généralement reçu , si , comme l'a dit M. de Montesquieu, on ne renonçait pas à ses erreurs le plus tard que l'on pouvait.

Chapitre xn , page g5. — Lafoy est la créance des choses qui ne se voyent. — ■ L'hérésiarque Basilide définissait la foi un consentement de l'ame à des' vérités qui ne sont pas sensibles, parce qu'elles sont obscures y 1. 29

45o iMOTES

apud Clément. A.lexand. Strom. L. II, page 3^i :

ce qui revient fort Lien à la définition de Charron.

Chap. XIV, page 102. — Le cerveau qui est beaucoup plus grand en l'homme 3 etc. — Cumberland le reconnaît aussi. Voyez son traité des lois naturelles , chap. 11, page 160 de la version française. Bartholin a observé c[ue d'ordinaire un homme a le double de cervelle de plus qu'un bœuf; (Bartholin, Anatom. L. III, chap. ni). M. Littre dit que plus le cerveau d'un homme est grand , plus les fonctions de son ame sont parfaites , et plus il est capable d'en faire. Voyez les Mémoires de l'Académie royale des sciences, année 1701.

Charron dit , en ce même endroit , que le siège de l'ame est le cerveau et non pas le cœur, comme, avant Platon et Hippocrate } Von avait communément pensé. Quoiqu'en dise Charron , Lucrèce , bien postérieur à Platon et à Hippocrate , était encore dans cette opinion si commune parmi les anciens, que le cœur était le siège de l'ame 5 voici comme il s'exprime à ce sujet :

. . . Quod nos animum , mentemque vocamus , Idque situm média regione in pectoris hœret ; etc.

De Rer. kat. L. III, v. 141.

Selon Arétée , le cœur est le siège de l'ame ; selon Descartes, c'est la glande pinéale ; M. Vieussens le met dans le centre oval; et MM. Lancisi et de la Peyronie, le mettent dans le corps caleux.

Même chapitre, page io4- — Aussi l'esprit selon la diversité des dispositions organiques — raisonne mieux ou moins. — - « Vous n'ignorez pas, dit Platon, que •eux qui ont de la facilité à apprendre et à retenir ,

AJOUTÉES. 45i

qui sont d'un esprit vif et pénétrant , n'ont pas communément cette noblesse de sentimens , cette grandeur dame qui les engage à vivre d'une manière-sage , paisible etsolide ; mais que, se laissant aller où la vivacité les emporte, ils n'ont en eux rien de stable, ni d'assuré ; qu'au contraire , les hommes d'un caractère solide , incapables de changement , sur la foi desquels on peut compter , et qui à la guerre méprisent les plus grands dangers , n'ont pas d'ordinaire beaucoup de dispositions pour les sciences ; qu'ils ont l'esprit pesant, peu souple , engourdi, pour ainsi dire; qu'ils bâillent et s'endorment dès qu'ils veulent s'appliquer à quelques études sérieuses ». Plat, de Republ. L.VI. Chapitre xv , page 118. — Je consens que l'on l'appelle (l'esprit humain)., . . . une fluxion de la Divinité. — ]N'entendez pas ceci dans le sens que Dieu ait produit l'ame de l'homme par voie d'émanation ; car alors ce serait une modalité de Dieu , ce qui est une impiété manifeste, et le Spinosisme pur. Voyez, à ce sujet, une de mes notes sur le chapitre m. Montaigne aime trop ces expressions , fluxion de la divinité 3 etc. Même chapitre, page 123. — C'est le soulier de Theramenes , bon à tous-pieds. — Voyez Erasme sur le proverbe, Theramenis Cothurmis , auquel Charron fait allusion ; au reste, Plutarque en explique l'origine. Ce Théramène était fils d'Agnon 5 et, parce qu'il n'était pas ferme dans un parti , et que , dans le gouvernement , il penchait tantôt d'un côté , tantôt de l'autre , il fut appelé Cothurne „ espèce de brodequin ' dont se servent les acteurs dans les tragédies, et qui

452 ÏSOTES

convient à l'un conime à l'autre pied. Voyez Plutarque

in vitaNiciœ.

Chapitre XXI, page 106. — Nature... se rue à la grandeur et à la gloire. — « Le désir de la gloire, dit admirablement Montesquieu , n'est pas différent de cet instinct que toutes les créatures ont pour leur conservation. Il semble que nous augmentons notre être , lorsque nous pouvons le porter dans la mémoire des autres : c'est une nouvelle vie que nous acquérons , et qui nous devient aussi précieuse que celle que nous avons reçue du ciel ». Lettres Persanes , page 179 , édit. in-4°.

Même chapitre, page i5j. — Quelqu'un l'appelle (l'ambition) la chemise de l'ame. — Ce quelqu'un est Simplicius, dans son Commentaire sur Épictète; voy. article XVI , page 99 , de la traduction de Dacier • voyez encore page 267. — Il n'y a dit Thucydide , que l'ambition seule qui ne vieillisse point en l'homme. Plutarque , dans son traité , Si l'homme d'âge doit se mêler d'affaires d'état > n'approuve point cette pensée ; et pourtant il dit la même chose que Thucydide , dans la J^ie de Sylla.

Même chapitre , page 16Î. — Nous ne sommes pas nais pour nous } mais pour le public. — C'est le sentiment que Lucain donne à Caton.

. . . Patrice impendere vitam , Nec sibi, sed toti genitum se credere mundo.

LuCAN. Pharsal. L. Il , v. 382.

Chapitre xxin , page 168. — Elle (la passion de l'amour) abestit et abrutit toute la sagesse. — « Beaucoup

ont estimé, dît la Mothe le Vayer , que le premier soupir d'amour était souvent le dernier de la sagesse » . (Dial. du mariage). Cette pensée est aussi spirituelle que juste. — Voyez aussi sur les dangers de l'amour , un beau discours de Socrate , dans Xénophon ,- Choses mémorables , L. I.

Chapitre XXX , page 186. — Elle (la passion de la vengeance) est bien plus injuste encore...., laquelle souvent se faict par trahisons et vilains artifices. — Aussi Métastase a-t-il dit en quatre beaux vers :

Chi tradisce un traditore Non punisce i falli sui , Ma giustifica altrui Con la propria infcdeltà.

In Adriano , atto I , se. 10.

Chapitre xxxi , page 188. — La cruauté est fille de couardise. — - Cela revient à ce que dit Philippe de Connûmes , que « jamais homme cruel ne fut hardi ; et ainsi, ajoute-t-il , se voit par toutes histoires » . Phil. de Comm. Mémoires , L. VI , chap. xi.

Chapitre xxxii , page 191. — Quant aux tristesses cérémonieuses et deuils publics 3 quelle plus grande imposture! — Je ne crois pas qu'aucun philosophe ait jamais mieux décomposé le cœur de l'homme , que Sénèque l'a fait en parlant de la vanité que les hommes mettent jusque dans leurs pleurs. «Veux-tu savoir dit- -il à Lucilîus , d'où procèdent ces pleurs et ces plaintes démesurées ? Nous voulons prouver par ces larmes , combien nous regrettons ceux qui en sont l'objet : nous ne sommes pas véritablement affectés d'une sen-

sation de douleur ; mais nous voulons le paraîlre. Personne n'est triste par soi-même ; 6 malheureuse folie ! on a trouvé l'art de mettre de la vanité jusque dans la douleur même » . Qaœris unde sint lamentationes, etc. Senec. epist. 63.

Même chapitre, page 195. — Les lois romaines... defendoient ces efféminées lamentations . — Voici une loi des XII Tables : Mulieres gênas ne radunto , neve lessumfuneris ergo habento. « Que les femmes ne s'égratignent point les joues, et qu'elles ne se lamentent point aux enterremens » . Les B.omains avaient pris cette loi de Solon ; il défendit aux femmes, dit Plutarque , de s'égratigner et de se meurtrir le visage aux funérailles 5 Plut, in Solone. Il ajoute : la plupart de ces choses sont encore aujourd'hui défendues par nos lois, lesquelles portent de plus que les hommes mêmes qui y contreviendront , seront condamnés à l'amende par les officiers établis pour réformer les mœurs des femmes , comme des lâches et des efféminés qui se sont abandonnés à un deuil immodéré , et ont montré toutes les faiblesses qu'il inspire aux femmes les plus débiles. Id. ibid.

Chapitre xxxv , page 2o5. — Parlons d'abord des choses qui leur sont communes (aux bêtes et à l'homme). -t— Presque tout ce chapitre est pris de Montaigne , Liv. II, chap. xil; et le long passage qui commence par ces mots : Et ce sera contre ceux qui se plaignent 3 etc. avait été puisé par Montaigne dans Pline, Nat. ffist. Chap. vil j, in Proœm. Je m'étonne que Coste n'en ait. pas déterré la source.

Même chapitre page 207. — Qu est-ce autre chose que parler 3 cette faculté que nous leur voyons (aux bêtes) de se plaindre 3 se rejouir 3 etc. — JN 'oublions pas que Montaigne a remarqué que Lactance attribue aux bêtes non seulement le parler, mais encore le rire. Voici le passage de cet auteur : Quum enim suas voces propriis inter se discemunt atque dignoscunt, colloqui videntur : ridendique ratio ad par et in lus aliqua , etc. Instit. Div. L. III, cap. x.

Chapitre XXXVI , page 227. A <vray dire; la plus grande partie d'icelle (de la vie)., estant divertie et employée aillleurs 3 il ne reste quasi rien pour elle. — Il y a là dessus un beau passage de Platon • « Peut-on appeler grand, dit-il , ce qui s'écoule en un petit espace de tems ? En effet, l'intervalle qui sépare notre enfance de la vieillesse, est bien peu de chose en comparaison de l'éternité. Glauc. Ce n'est même rien. Socr. Mais quoi , pensez-vous qu une substance immortelle doive borner ses soins et ses vues à un tems si court, et non pas plutôt envisager l'éternité entière » ? Plat, de Hepublic. L. X.

Chapitre xxxvm, page 240. — Désirer comme bien une chose qui ne nous touchera point 3 et dont nous ne sentirons rien 3 c'est pure vanité. — Voyez là dessus un passage admirable de Boè'ce; on ne peut rien dire, à mon avis , déplus philosophique 5 en voici un morceau : Quid est quod ad prœcipuos etiam inros 3 qui virtute qloriam petuntd efama, post resolutum morte suprema coiyus , allineat? ]Sam si 3 quod nostrœ rationes credi vêtant j totimoriuntur 3 nulla est omnino gloria 3 quum

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