LIVRE I, CHAPITRE VIII
sieurs choses inanime'es meuvent, comme la pierre d'aymant meut le fer; l'ambre, la paille; les médicaments , les racines des arbres coupées et sèches tirent
pointa produire ce qu'elle sçait, et bien exercer ses fonctions comme il faut, si elle n'est empeschée, et moyennant que ses instrumens soient bien disposés : dont a esté bien et vrayement dict par les sages que nature est sage , sçavante , industrieuse , et rend habile à toutes choses, ce qui est aisé à monstrer par induction. L'ame végétative de soy sans instruction forme le corps en la matrice tant excellemment (h) , puis le nourrit et le faict croistre , attirant la viande , la retenant et cuysant , et rejettant les excremens; elle r'engendre et refaict les parties qui défaillent : ce sont choses qui se voyent aux plantes , bestes , et en l'homme. La sensitive de soy sans instruction , faict aux bestes et en l'homme remuer les pieds , les mains , et autres membres, les gratter, frotter, secouer, tetter, démener les lèvres, pleurer, rire. La raisonnable de mesme , non selon l'opinion de Platon , par réminiscence de ce qu'elle sçavoit avant entrer au corps , comme si elle estoit plus aagée que le corps; ny selon Aristote, par réception et acquisition venant de dehors par les sens , estant de soy une carte blanche
nécessaire ; ce qui est contraire à l'étymologie , puisque l'un et l'autre viennent du laùnjallit. Cette double orthographe d'un même mot aura sans doute e'té imagine'e par le besoin d'en distinguer les deux significations. Mais cette distinction orthographique n'a point lieu dans la première édition; et je m'y suis conformé dans celle-ci.
(Â) Excellemment. Eastien écrit ce mot excellement ; mais il n'a pas fait attention qu'il était écrit excellemment dans la première édition , et qu'on n'a jamais pu l'écrire autrement que par deux m, puisqu'il vient à? excellentement , du latin excellente mente, d'un esprit excellent.
et meuvent). N'y l'acte ou vie ou énergie ou perfection (car ce mot d'En tel echie x est diversement tourne et interprète') du corps vivant : car tout cela est l'ef-
et vuide : mais de soy et sans instruction, imagine, entend, retient , raisonne et discourt. Et pource que cette proposition semble plus difficile à croire de la raisonnable que des autres , elle se prouve premièrement par le dire des plus grands pbilosophes , qui tous ont dict que les semences des grandes vertus et sciences estoient esparses naturellement en l'ame ; puis par raison tirée de l'expérience , les bestes raisonnent , discourent , font plusieurs choses de prudence et d'entendement , comme il a esté bieu prouvé ey-dessus. Ce qu'advouant raesme Aristote, a rendu la nature des bestes plus excellente que l'humaine , laquelle il faict vuide et ignorante du tout : mais les ignorans appellent cela instinct naturel , qui ne sont que des mots en l'air ; car après ils ne sçavent vdeclarer qu'est-ce qu'instinct naturel. Les hommes melancholiques , maniaques , phrenetiques et atteints de certaines maladies qu'Hippocrates appelle divines , sans l'avoir apprins , parlent latin , font des vers , discourent prudemment et hautement , devinent les choses secrettes et à venir (lesquelles choses les sots ignorans attribueront au diable ou esprit familier) bien qu'ils fussent auparavant idiots et rustiques , et qui depuis sont retournés tels après la guarison. Item y a des enfans qui bientost après estre nays , ont parlé , comme ceux qui sont venus de parens vieils : d'où ont-ils apprins et tiré tout cela , tant les bestes que les hommes?
Si toute science venoit, comme veust Aristote, des sens, il s'ensuivroit que ceux qui ont les sens plus entiers et plus
! E.vrùé^sta signifie, en effet, perfection, acte parfait.