‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 106 sur 170 · LIVRE 111, CHAPITRE XXIV. i · texte numérisé non relu

LIVRE 111, CHAPITRE XXIV. i

îl n'y a aucun mal : par- tout tout est de mesme, ce qui est comprins en deux mots , nature et vertu : Duo (juae pulchenima suni^ quocumque nos moçerimus^ se- (juentur, natura comjnunis etpropria virius *.

Par-tout se trouve la mesure nature commune, mesme ciel, mesmes elemens. Par-tout le ciel et les estoilles nous paroissent en mesme grandeur, estendue, et c'est cela qui est principalement à considérer, et non ce qui est dessoubs et foulons aux pieds. Aussi ne pouvons-nous voir de terre que dix ou douze lieues d'une vue : angustus animus qtiem terrena délectant'^. « Mais la face de ce grand ciel azuré, paré et contrepoincté de tant de beaux et reluisans diamans, se monstre tousjours à nous; et affin que le puissions tout voir, il tourne continuellement autour de nous^ ». Il se monstre tout à tous et en tous endroicts en un jour, en une nuict. La terre qui avec les mers et tout ce qu'elle embrasse n'est pas la cent soixantiesme partie de la grandeur du soleil , ne se montre a nous

* « En quelque lieu que nous nous transportions , deux choses , et deux très-belles choses , nous suivront toujours , la nature et notre vertu ». Senec. Consolât, ad Helç. c. viii. — C'est dans cette source que Charron , ou plutôt Duvair ( car Charron n'écrit ici que d'après cet auteur ) , a tiré presque tout ce petit chapitre.

3 « Les objets purement terrestres ne plaisent qu'aux petits

esprits ».

^ Duvair , Philos, moral* des Sio'îq» p. 898.

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qu^à Tendroict où nous Thabltons ; mais encores ce changement du plancher de dessoubs n'est rien. c< Qu'importe estre nay en un Heu et vivre en un autre? Nostre mère se pouvoît accoucher ailleurs; c'est rencontre que nous naissions çà ou là. Dadvantage toute terre porte, produict et nourrit des hommes, fournit tout ce qui est nécessaire. Toute terre porte des parens; la nature nous a tous conjoincts de sang et de chante. Toute terre porte des amys ; il n'y a qu'à en faire , et se les concilier par vertu et sagesse. Toute terre est pays k l'homme sage ^, ou plustost nulle terre ne luy est pays. C'est se faire tort , c'est foiblesse et bassesse de cueur de se porter ou penser estranger en quelque lieu ».* Il faut user de son droict, et par-tout vivre comme chez soy et sur le sien, omnés terras tançuarn suas videre, et suas tanquam omnium \

£t puis quel changement ou incommodité nous apporte la diversité du lieu? ne portons-nous pas tousjours nostre mesme esprit et vertu? Qui peut empescher, disoit Brutus, que le banny n'emporte

^ C'est ce que dît Ovide.

Omne solumforti patria est

Fastor. Lib. I. v. l^^,

^ Duvair , loco ciiato , p. 8q4*

7 « Regarder comme siennes les terres des autres , et comme aux autres ses propres terres ». — Senec. de Viia heatUy cap, XX.

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