‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 109 sur 170 · LIVRE m, CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXV

positum \ ny encores gueres celles qui sont à suffisance, et regardent Tusage modère et la condition d^un chascun, admanum est quod sat est ^. « Si nous voulons vivre selon nature et raison , son désir et sa reîgle, nous trouverons tousjours ce qu'il nous faut : si nons voulons vivre selon l'opinion, nous ne le trouverons jamais : si ad naturam vives, nuTiquotn eris pauper; si ad opinionem , nunquam dives : exiguum natura desiderat , opinio immensum. £t puis un homme qui a un art ou science , voire à qui seulement les bras demeurent de reste , doibt-il craindre ou se plaindre de cette povretë »?

L'autre *^ est faulte des choses qui sont outre la suffisance requise à la pompe , volupté , délicatesse. C'est une médiocrité et frugalité; et c'est à vray dire, celle que nous craignons, perdre nos riches meubles, n'avoir pas un lict mollet, la viande bien apprestée, estre privé de ses commodités ; en un mot c'est délicatesse qui nous tient, c'est nostre vraye maladie. Or

' « Tout ce dont nous avons naturellement besoin , est toujours prêt , toujours à notre disposition » • — Senec. Episi. IV.

«- Nous ayons sous la main tout ce qui doit nous suffire». Id. ibîd» înfine.

^ La traduction précède la citation. — La pensée est d'Epicure , au rapport de Sénèque , EpisU xvi.

** Sous-entendez , Pauvreté,

igo DE LA SAGESSE,

cette plaîncle est injuste ; car telle povreté est plus à souhaiter qu^à craindre; aussi estoit-elle demandée par le sage, mendicitatem nec diçitias, sed necessaria ^. Elle est bien plus juste, plus riche, plus douce, paisible et asseurée, que Tabondance que Ton désire tant. « Plus juste; Thomnie vient nud, nemo nasci/ùr diçes % et s'en retourne nud de ce monde : peut-il dire quelque chose vrayement sienne de ce qu'il n'apporte ny n'emporte avec soy ? Les biens de ce monde sont comme les meubles d'une hostellerie : nous ne nous en debvons soucier que tant que nous y sommes et en avons besoing ». Plus riche *^; c'est un royaume, une ample seigneurie, magnae divitiae lege naiurae cornposita paupertas ^. — Magnus tjuaestus pietds cum sufficientia ^. Plus paisible et asseurée; elle ne crainct rien ; se peut defFendre soy-mesme contre tous ses

^ il Ni rindigence , ni les richesses , mais seulement ce qui est nécessaire à la vie ». Proverbes , chap. XXX , f. 8.

^ « Personne ne naît riche ». Senec. EpîsL xx, subjinem.

*7 C'est-à-dire : « La pauvreté ( telle qu'il l'a décrite précédemment ) est plus riche.

* « C'est une grande richesse qu'une pauvreté où l'on jouit de tout ce que réclament les besoins de la nature •» • — Senec. EpisU IV.

9 a C'est une grande richesse que d'avoir de la piété , et de savoir se contenter de ce que l'on a ». . — AcU Apostoi. EpisU 1. ad Timofh, cap. VI, f. 6.

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