‹ De la sagesse: trois livres (volume 2)Chapitre 21 sur 170 · LIVRE III, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE X

vre au naturel ; et vaut mieux estre moins estimé, et vivre ouvertement,, que d'avoir tant de peine à se contrefaire et tenir couvert : la franchise est chose si belle et si noble !

Mais c'est un povre mestier de ces gens : car la dissimulation ne se porte gueres loing : elle est tost descouverte, selon le dire, que les choses feintes et violentes ne durent gueres '' : et le salaire à telles gens est que Ton ne se fie point en eux , ny ne lés croit-on quand ils disent vérité : Ton tient pour apocryphe , voire pour pipperie , tout ce qui vient d'eux.

Or il y a icy lieu de prudence et de médiocrité : car si le naturel est difforme, vicieux et offensif à autruy, il le faut contraindre, ou pour mieux dire corriger, 11 y a différence entre vivre franchement, et vivre nonchalamment. Item il ne faut tousjours dire tout, c'est sottise : mais ce que l'on dict, faut qu'il soit tel que l'on pense.

Il y a deux sortes de gens ausquels la feintise est excusable, voire aucunement requise, mais pour diverses raisons ; sçavoir le prince , pour l'utilité publique , pour le bien et repos sien et de Testât, comme a esté dict cy-dessus ; et les femmes pour la bienséance, car la liberté trop franche et hardie leur est messeante et gauchit k l'impudence. Les petits deguisemens , faire la petite bouche , les figures et feîn-

■9 NuUum yiolentum durahUe. C'est un aiiome de Téçole.

tildes, qui sentent k la pudeur et modestie, ne trotii-* pent personne que les sots, et leur sient fort bien^ sont là au siège d'honneur. Mais c'est chose qu'il ne faut point estre en peine de leur apprendre : car l'hypocrisie est comme naturelle en elles. Elles y sont toutes formées , et s'en servent par tout et trop , visage, vestemens, paroles, contenances, rire, plourer, et l'exercent non seulement envers leurs maris vîvans, mais encores après leur mort. Elles feignent un grand deuil, et souvent au dedans rient. Jactantiùs mœrent qiUJB minus dolent ^^.

^0 <c Celles qui mettent le plus de jactance , d^apparat dans leur douleur, sont celles qui en ressentent le moins. » — C'est une imitation de ce mot de Tacite (^ Annal» L. II , ch. LXXYil) ^ Nulli jactantiùs mœrent quam qui maxime lœtantur.

Du bîenfaict, obûgation et reet^noissance.

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